Le Lotus Bleu

Un des articles du Lotus Bleu de Mai 2005

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Phan Chon Tôn

Lectures dans l'Apocalypse (1)

Préambule :

Je ne suis pas né chrétien, ni n’ai pas beaucoup étudié le christianisme.
Mais, un jour, je suis tombé sur « l’Apocalypse de Jean » et j’en fus subjugué. Je tente de l’étudier peu à peu. Mais il y a tant de choses dans ce traité qu’il est impossible de le comprendre en entier, ni n’en parler dans sa totalité.
C’est pourquoi j’ai choisi ce titre : Lectures dans l’Apocalypse. Ce que je ferai aujourd’hui c’est d’ouvrir le livre à différentes pages et d’essayer d’en comprendre quelques éléments.
Lisons donc quelques passages de ce merveilleux traité.

Apocalypse
Chapitre II

1. Écris à l’ange de l’Eglise d’Ephèse : Voici ce que dit celui qui tient les sept étoiles dans sa main droite, qui marche au milieu des sept chandeliers d’or :
2. Je sais quels sont vos œuvres, votre travail et votre patience ; que vous ne pouvez souffrir les méchants, et qu’ayant éprouvé ceux qui se disent apôtres et ne le sont point, vous les avez trouvés menteurs ;
3. Que vous êtes patients ; que vous avez souffert pour mon nom, et que vous ne vous êtes point découragés.
4. Mais j’ai un reproche à vous faire, qui est que vous vous êtes relâché de votre première charité. »

La première partie étonne, car
I. 10 « Un dimanche, je fus ravi en esprit et j’entendis derrière moi une voix forte et éclatante comme une trompette,
11. Qui disait : Ecris dans un livre ce que tu vois et envoies-le aux sept Eglises qui sont dans l’Asie, à Ephèse, à Smyrne, à Pergame, à Thyatire, à Sardes, à Philadelphie et à Laodicée. »

L’ordre était donné d’ « envoyer aux sept églises ». A présent, il se précise, et il dit : « Écris à l’ange de l’église d’Éphèse … » Autrement dit, ce qui est envoyé n’est pas destiné à l’Église elle-même - qui est la communauté d’êtres humains - mais à l’ange de l’Église.
Ce mot est une énigme. Certains l’interprètent comme « évêque », car ce sont ces évèques qui ont reçu de Dieu l’idée de fonder une Église.
Mais ce mot « ange » vient du grec aggelos qui veut dire « messager », celui qui transmet un message. C’est curieux que Jean doive écrire à chaque église une lettre – et elles sont toutes différentes – mais adressée à l’ange de l’église. Pourquoi n’envoie-t-il pas le message directement par voie angélique ? L’ange destinataire n’est donc pas un messager. Au premier abord, quelque chose n’est pas clair.
On pourrait penser que chaque Église a été créée sous l’inspiration d’une idée, idée qui a plané par-dessus cette communauté humaine. Et l’évêque – en grec episkopos, le surveillant veille « par-dessus » cette communauté et est supposé « avoir des oreilles pour entendre la parole divine ». A-t-il ces oreilles ? Voilà la question. C’est pourquoi je me demande si les gens de l’Église ont jamais reçu le message qui leur était destiné. La suite de l’histoire semble malheureusement confirmer mon soupçon.

D’un autre point de vue, on peut dire qu’à l’intérieur de chacun de nous, il y a un « ange » qui veille. Je ne parle pas seulement de la croyance chrétienne ; prenez cela sur un plan tout à fait ordinaire. Qui qu’il soit, quoi qu’il soit, une « voix » parle de temps en temps en notre cœur. Et je crois que c’est à cet ange-là que le message s’adresse.
Car, comme je l’ai dit, les sept messages sont différents.
A l’évêque d‘Ephèse : Je sais tes œuvres, et ton travail, et ta patience… Mais, j’ai à te reprocher que tu sois déchu de ta première charité.
A l’évêque de Pergame : Tu as conservé mon nom et tu n’as point renoncé à ma foi… Mais tu souffres qu’on enseigne la doctrine de Balaam.
A l’évêque de Thyatire : Je sais tes œuvres, ta foi, ta charité, le soin que tu prends des pauvres… Mais tu permets à Jézabel, cette femme qui se dit prophétesse, d’enseigner et de séduire mes serviteurs.
Ce qui est intéressant, c’est qu’une de ces lettres est « positive » ; c’est celle adressée à l’ange de l’Église de Philadelphie (en grec : l’amour du semblable) : J’ai ouvert une porte devant toi, que personne ne peut fermer parce que tu as peu de force et, toutefois, tu as gardé ma parole et tu n’as point renoncé à mon nom… et moi, je te garderai de l’heure de la tentation qui doit venir dans tout l’univers éprouver ceux qui habitent sur la terre.
Et la lettre se termine par : « Que celui qui a des oreilles écoute ce que l’Esprit dit aux Eglises. »
Je crois que cette phrase explique bien le fait que les messages sont adressés à l’ange et non à l’Église
Dans mon interprétation de l’Apocalypse – que je place sur le plan de la conscience personnelle – ces messages seraient ceux de la voix de la conscience. Je sais – consciemment ou inconsciemment – que je peux faire bien certaines choses, mais j’ai des faiblesses par ailleurs ; la conscience me parle, le centre de ma conscience l’entend, mais le message ne se transmet pas facilement, à cause de la coque de l’égocentrisme dans laquelle je me plais à m’enfermer.

Avant d’aller plus loin, éclaircissons tout de suite les choses par cette phrase : « Voici le mystère des sept étoiles que tu as vues dans la main droite et des sept chandeliers d’or. Les sept étoiles sont les sept anges des sept Eglises ; et les sept chandeliers sont les sept Eglises. »
Nous avons donc vu logiquement que l’Apocalypse, « ce qui est et ce qui doit arriver », s’adresse aux anges qui sont derrière les sept Églises, et non aux hommes, même à leurs dirigeants.
Nous avons vu que les anges sont les étoiles, qui sont dans le ciel, qui ne font que projeter leur lumière sur la terre ; et qu’ici, sur terre, ils sont représentés par les sept chandeliers, qui sont les Églises, des communautés humaines. Il y a donc, en principe, une « influence » des étoiles sur les chandeliers, mais ceux-ci doivent découvrir le message venant des étoiles. C’est ici qu’on peut saisir que notre mental puisse essayer de réunir et de combiner les messages qu’il reçoit des étoiles, afin de les comprendre, sans jamais y arriver complètement. C’est à cause de ce manque de compréhension que les catastrophes se produiront quand sonneront ces sept trompettes.

Avançons un peu plus. Voici quelques autres phrases de l’Apocalypse :
Chap VI
1. Après cela, je vis l’agneau qui avait ouvert l’un des sept sceaux, et j’entendis l’un des quatre animaux qui dit, avec une voix semblable au tonnerre : Venez et voyez.
2. En même temps, je vis paraître tout à coup un cheval blanc. Celui qui était monté dessus avait un arc ; on lui donna une couronne, et il partit en vainqueur pour continuer ses victoires.
3.Lorsqu’il eut ouvert le second sceau, j’entendis le second animal qui dit : Venez et voyez.
4. Apparu aussitôt un autre cheval qui était roux, et le pouvoir fut donné à celui qui était dessus d’enlever la paix de sur la terre, et de faire que les hommes s’entretuent, et on lui donna une grande épée.
5. Quand il eut ouvert le troisième sceau, j’entendis le troisième animal qui dit : Venez et voyez. Et je vis paraître soudain un cheval noir, et celui qui était dessus avait en sa main une balance.
6. Et j’entendis une voix au milieu des quatre animaux, qui dit : Le litron de blé vaudra une drachme ; et trois litrons d’orge, une drachme ; mais ne gâtez ni le vin ni l’huile.
7. Lorsqu’il eut ouvert le quatrième sceau, j’entendis la voix du quatrième animal, qui dit : Venez et voyez.
8. En même temps, je vis paraître un cheval pâle, et celui qui était monté dessus s’appelait la Mort, et l’enfer le suivait ; et le pouvoir lui fut donné sur la quatrième partie de la terre, pour y faire mourir les hommes par l’épée, par la famine, par la maladie et par les bêtes sauvages.

Il y a donc quatre chevaux, un blanc, un roux, un noir, et un pâle. Et les quatre annoncent successivement des catastrophes à la terre : l’orgueil de la bataille, la lutte mutuelle entre les humains, l’apât du gain, et enfin la mort.

Citons en parallèle ces quelques lignes des Stances de Dzyan : « Les premières grandes eaux vinrent. Elles avalèrent les sept grandes îles. Tous les saints sauvés, les non-saints détruits. Avec eux la plupart des énormes animaux, produits de la sueur de la terre.
« Peu restèrent. Quelques jaunes, quelques bruns et noirs, et quelques rouges restèrent. Ceux de couleur-de-lune furent partis pour toujours. La cinquième, produite à partir du troupeau saint, resta ; elle fut gouvernée par les premiers rois divins. »

Remarquons que les gestes correspondant aux sept sceaux se font sur un heptagone, ce qui voudrait dire que les sept actes, quels qu’ils soient, sont d’une valeur égale, bien que les quatre premiers soient du domaine humain, et les trois suivants d’ordre universel sinon cosmique.
Et les sept trompettes annoncent les résultats des sept actes.
Si l’on se réfère à la tradition orientale, on peut dire que les actes sont les causes, et les trompettes annoncent les effets : la Loi du Karma qui régit le monde manifesté et qui le transforme en Samsara ; la roue des naissances et des morts, de la souffrance née des actes effectués dans l’ignorance.
C’est pourquoi, je ne prends pas ces catastrophes successives comme des choses « négatives », mais comme l’équilibre normal qui régit l’univers, du moins celui des humains. Et il appartient aux humains de comprendre les causes de ces catastrophes afin d’empêcher qu’elles ne se produisent.
Je crois que ceci est dit lorsque l’agneau ouvre le cinquième sceau : VI.9. « Lorsqu’il eut ouvert le cinquième sceau, je vis sous l’autel les âmes de ceux qui avaient souffert la mort pour la parole de Dieu, et pour la confession de son nom, dans laquelle ils étaient demeurés fermes jusqu’à la fin ». Et on leur donna une robe blanche. Ils sont demeurés fermes jusqu’à la fin, parce qu’ils ont compris la Loi divine, et qu’ils ont donné leur vie pour qu’elle soit appliquée.

Continuons avec les sceaux :
12. Je vis aussi que lorsqu’il eût ouvert le sixième sceau, il se produisit tout à coup un grand tremblement de terre ; le soleil devint noir comme un sac de toile, la lune devint comme du sang ;
13. Et les étoiles du ciel tombèrent sur la terre comme lorsque le figuier, étant agité par un grand vent, laisse tomber ses figues vertes….

VIII
1. Lorsque l’agneau eût ouvert le septième sceau, il se fit un silence dans le ciel, d’environ une demi-heure.
2. Et je vis sept anges qui sont devant la face de Dieu, et on leur donna sept trompettes….

Voyons maintenant les sept anges qui sonnèrent de la trompette :
7. Le premier ange sonna de la trompette, et il se forma une grêle et un feu mêlé de sang sur la terre, et le tiers de la terre et des arbres fut brûlé, et le feu consuma toute l’herbe verte.
8. Le second ange sonna de la trompette, et il parut comme une grande montagne tout en feu, qui fut jetée dans la mer ; et le tiers de la mer fut changé en sang.
10. Le troisième ange sonna de la trompette, et une grande étoile, ardente comme un flambeau, tomba du ciel sur le tiers des fleuves, et sur lse sources des eaux.
12. Le quatrième ange sonna de la trompette, et le soleil, la lune et les étoiles ayant été frappés de ténèbres dans leur tiers, le tiers du soleil, de la lune et des étoiles fut obscurci, et le jour fut privé du tiers de sa lumière, et la nuit de même.

IX
1. Le cinquième ange sonna de la trompette, et je vis une étoile qui était tombée du ciel sur la terre, et la clef du puits de l’abîme lui fut donnée.
2. Elle ouvrit le puits de l’abîme, et il s’éleva du puits une fumée semblable à celle d’une grande fournaise ; et le soleil et l’air furent obscurcis par la fumée de ce puits.
3. Ensuite il sortit de la fumée du puits des sauterelles qui se répandirent sur la terre, et la même puissance qu’ont les scorpions de la terre leur fut donnée.

13. Le sixième ange sonna de la trompette, et j’entendis une voix qui sortait des quatre coins de l’autel d’or, qui est devant Dieu ;
14. Et il dit au sixième ange qui avait la trompette : Déliez les quatre anges qui sont liés sur le grand fleuve de l’Euphrate…

XI
15. Alors le septième ange sonna de la trompette, et on entendit de grandes voix dans le ciel, qui disaient : Le règne de ce monde a passé à notre Seigneur et à son Christ, et il régnera dans les siècles des siècles. Amen.
16. En même temps les vingt-quatre vieillards, qui sont assis sur leurs trônes devant Dieu, tombèrent face contre terre, et adorèrent Dieu en disant : …

Il est à noter qu’entre la sixième et la septième sonnerie, il y eut des événements qu’on peut étudier succinctement.

Chap X
1. Alors je vis un ange fort et puissant qui descendait du ciel, revêtu d’une nuée et ayant un arc-en-ciel sur la tête. Son visage était comme le soleil, et ses pieds comme des colonnes de feu.
2. Il avait à la main un petit livre ouvert, et il mit son pied droit sur la mer, et son pied gauche sur la terre.
3. Et il cria d’une voix forte, comme un lion qui rugit. Et après qu’il eût crié, sept tonnerres firent éclater leurs voix.
4. Et les sept tonnerres ayant fait retentir leur voix, j’allais écrire ; mais j’entendis une voix du ciel qui me dit : Scelle les paroles des sept tonnerres, et ne les écris point.
5. Et l’ange que j’avais vu, qui se tenait debout sur la mer et sur la terre, leva la main au ciel,
6. Et jura par celui qui vit dans les siècles des siècles, qui a créé le ciel et tout ce qui est dans le ciel, la terre et tout ce qui est dans la terre, la mer et tout ce qui est dans la mer, qu’il n’y aurait plus de temps ;
7.Mais qu’au jour où le septième ange ferait entendre sa voix et sonnerait de la trompette, le mystère de Dieu s’accomplirait, ainsi qu’il a été annoncé par les prophètes, ses serviteurs.
8. Et cette voix que j’avais ouïe dans le ciel s’adressa encore à moi, et me dit : Va prendre le petit livre qui est ouvert dans la main de l’ange qui se tient debout sur la mer et sur la terre.
9. Je m’en allai donc trouver l’ange, et je lui dis : Donne-moi le livre. Et il me dit : Prends ce livre et le dévore : il te causera de l’amertume dans le ventre ; mais dans ta bouche il sera doux comme du miel.
10. Je pris donc le livre de la main de l’ange et le dévorai, et il était dans ma bouche doux comme du miel ; mais après que je l’eûs avalé, il me causa de l’amertume dans le ventre.
11. Alors il me dit : Il faut que tu prophétises encore devant les nations, devant les hommes de diverses langues, et devant plusieurs rois.

[Parallèlement au verset 1, on peut lire, dans la Bhagavd Gita, ces phrases (Onzième dialogue)
7. Vois aujourd’hui tout l’univers, mobile et immuable, et tout ce que tu désires voir dans Mon seul corps.
8. Mais, en vérité, tu ne peux pas Me voir avec tes yeux humains. Je te fais don de l’œil divin. Contemple Mon yoga tout puissant.
« Sanjaya dit :
9. Ayant proféré ces paroles, ô Roi, le grand maître du Yoga, Hari, révéla à Pârtha sa forme suprême et souveraine.
10. Pourvu de bouches et d’yeux sans nombre, sous mille aspects merveilleux, paré de joyaux divins, tenant levées beaucoup d’armes divines.
11. Portant des guirlandes et vêtements divins, oint de parfums célestes, le Dieu des miracles ; le Dieu infini, se manifesta la face tournée de toutes parts.
12. Si la splendeur de mille soleils éclatait à la fois dans les cieux, cela serait comparable au rayonnement de ce grand Être.
13. Les fils de Pându virent tout l’univers divisé en mille parties et réuni là dans le corps du Dieu des Dieux. »

Par contre, il est écrit plus loin, dans l’Apocalypse :
XXII.
8. C’est moi, Jean, qui ai entendu et qui ai vu toutes ces choses. Et après les avoir entendues et les avoir vues, je me jetai aux pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer.
8. Mais il me dit : Garde-toi bien de le faire ; car je suis serviteur de Dieu comme toi, et comme tes frères les prophètes, et comme ceux qui garderont les paroles de la prophétie de ce livre. Adore Dieu.
10.Après cela il me dit : Ne scelle point les paroles de la prophétie de ce livre ; car le temps est proche.
11. Que celui qui fait l’injustice, la fasse encore ; que celui qui est souillé, se souille encore ; que celui qui est juste, se justifie encore ; que celui qui est saint, se sanctifie encore.
12. Je m’en vais venir bientôt, et j’ai ma récompense avec moi pour rendre à chacun selon ses œuvres.

Citons toujours l’Apocalypse :
IV. 2. … je vis au même instant un trône dressé dans le ciel, et quelqu’un assis sur ce trône.
3. Celui qui était assis paraissait semblable à une pierre de jaspe et de sardoine ; et il y avait autour de ce trône un arc-en-ciel qui paraissait semblable à une émeraude.
4. Autour de ce même trône, il y en avait vingt-quatre autres, sur lesquels étaient assis vingt-quatre vieillards vêtus de robes blanches, avec des couronnes d’or sur la tête.
5. Il sortait du trône des éclairs, des tonnerres, et des voix, et il y avait devant le trône sept lampes allumées, qui sont les sept Esprits de Dieu.
6 Vis-à-vis du trône, il y avait une mer transparente comme le verre, et semblable à du cristal ; et au bas du trône et à l’entour, il y avait quatre animaux pleins d’yeux devant et derrière.
7. Le premier animal était semblable à un lion, le second était semblable à un veau, le troisième avait le visage d’un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole.
8. Ces quatre animaux avaient chacun six ailes ; ils étaient pleins d’yeux à l’entour et au-dedans ; …

Tout d’abord, les « vieillards ».
Isaïe en a déjà parlé. En effet, dans Apocalypse, on peut lire (24, 23) : « La lune rougira, le soleil aura honte, car Yahvé Sabaot deviendra roi sur la montagne de Sion, à Jérusalem, et sa gloire resplendira devant ses vieillards. »
Et dans l’Exode – Conclusion de l’alliance (24, 9) : « Moïse monta, accompagné d’Aaron, de Nadab, d’Abihu et de soixante-dix des anciens d’Israël. Ils contemplèrent le Dieu d’Israël ; sous ses pieds s’étendait comme un pavement de saphir semblable, par sa pureté, au ciel lui-même. Il ne porta pas la main sur les notables des enfants d’Israël, et ils purent contempler Dieu. Ils mangèrent et ils burent.
« Yahvé dit à Moïse : « Monte vers moi sur la montagne et demeures-y, que je te remette les tables de pierre – la loi et les commandements – que j’ai écrites pour leur instruction. Moïse se leva ainsi que Josué, son serviteur, et ils gravirent la montagne de Dieu. Il avait dit aux anciens : « Attendez-nous ici jusqu’à notre retour. Vous avez avec vous Aaron et Hur. Que celui qui a un différend à régler s’adresse à eux. Puis Moïse gravit la montagne.
« La nuée couvrit la montagne, et la gloire de Yahvé s’établit sur le mont Sinaï que, pendant six jours, la nuée recouvrit. Le septième jour, Yahvé appela Moïse du milieu de la nuée. Cette gloire de Yahvé revêtait, aux yeux des enfants d’Israël, l’aspect d’une flamme dévorante couronnant la montagne. Moïse pénétra dans la nuée. Il gravit la montagne, sur laquelle il demeura quarante jours et quarante nuits… »

J’ai fait cette citation un peu longue, mais c’est pour situer en même temps le moment où Moïse reçut les tables de la Loi. Il est à remarquer que ces vieillards sont les ‘anciens’ des hommes ; ils représenteraient l’époque d’avant, qui se termine, tandis que les tables de la Loi définissent les règles du nouveau cycle.

Ensuite, les Quatre animaux.
Concernant les quatre animaux, dans l’Apocalypse, on peut lire ceci (IV, 6) : « Vis-à-vis du trône, il y avait une mer transparente comme le verre, et semblable à du cristal ; et au bas du trône et à l’entour, il y avait quatre animaux pleins d’yeux devant et derrière. 7. Le premier animal était semblable à un lion, le second était semblable à un veau, le troisième avait le visage comme celui d’un homme, et le quatrième était semblable à un aigle qui vole. »

Et la citation suivante les décrit encore mieux.
Dans Ezéchiel - Introduction
« 1. La trentième année, au quatrième mois, le cinq du mois, alors que je me trouvais parmi les déportés, au bord du fleuve Kebar, le ciel s’ouvrit et je fus témoin de visions divines. Le cinq du mois - c’était la cinquième année d’exil du roi Joiakin - la parole de Yahvé fut adressée au prêtre Ezéchiel fils de Buzi, au pays des Chaldéens, au bord du fleuve Kebar.
« C’est là que la main de Yahvé fut sur moi. Je regardai : c’était un vent de tempête, soufflant du nord, un gros nuage environné d’une lueur, un feu d’où jaillissaient des éclairs, et au centre comme l’éclat du vermeil, au milieu du feu. Au centre, je discernai quelque chose comme quatre animaux dont voici l’aspect : ils avaient une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces, et chacun quatre ailes. Leurs jambes étaient droites et leurs sabots ressemblaient à des sabots de bœuf, étincelants comme de l’airain poli. Des mains humaines apparaissaient sous leurs ailes ; leurs faces, à tous les quatre, étaient tournées vers les quatre directions. Leurs ailes étaient jointes l’une à l’autre ; ils ne se tournaient pas en marchant ; ils allaient chacun devant soi. Quant à leur aspect, ils avaient une face d’homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d’aigle. Leurs ailes étaient déployées vers le haut ; chacun avait deux ailes se touchant et deux ailes lui couvrant le corps ; et ils allaient chacun devant soi ; ils allaient là ou l’esprit les poussait ; ils ne se tournaient pas en marchant.

« … Je regardai les animaux ; il y avait une roue à terre, à côté d’eux, de tous les quatre…. Et lorsque les animaux avançaient, les roues avançaient près d’eux, et lorsque les animaux s’élevaient de terre, les roues s’élevaient… Car l’esprit de l’animal était dans les roues. »

Je vous répète la phrase qui dit : Quant à leur aspect, ils avaient une face d’homme, et tous les quatre avaient une face de lion à droite, et tous les quatre avaient une face de taureau à gauche, et tous les quatre avaient une face d’aigle.
Je résume mes observations au sujet de ces animaux :
D’abord, il s’agit bien d’animaux ; du moins ce qui est semblable à des animaux, et, parmi ceux-ci, celui qui a le visage d’homme. Par la suite, on parlera toujours des quatre animaux : celui qui a le visage d’homme n’est donc pas un être humain, mais un animal.
Ensuite, les quatre animaux ne sont pas différents, car tous les quatre :
1. ont une forme humaine 
2. ont quatre faces, lion à droite, veau à gauche, aigle sans précision d’orientation (le visage d’homme et le visage d’aigle n’ont pas d’orientation précisée ; on peut supposer que l’un regarde devant et l’autre derrière. [temple d’Angkor) ;
3. pleins d’yeux devant et derrière [Janus].
Il y a aussi le fait qu’à côté de chacun des animaux, il y a une roue , qui bouge en même temps que l’animal, car l’esprit de l’animal est dans la roue.

Voyons d’abord le fait que les quatre animaux ne sont pas différents, et pourtant Jean les présente comme différents. Dans l‘univers comme dans l’homme, il y a un assemblage de différents courants de force, de pensée, de sentiment. Aussi bien dans l’expression universelle que dans le caractère humain, chaque courant se manifeste de façon dynamique tout en restant concurrent des autres courants qui demeurent à l’état potentiel. Il faut remarquer que chaque animal est placé à un point cardinal : chacun, investi des quatre courants, manifeste, dans l’orientation où il est placé, le courant qui lui est le plus spécial : le lion à droite, le veau à gauche, l’homme devant et l’aigle derrière. [Je m’abstiens de commenter ces quatre apparences, car, d’une part, c’est assez expressif, et d’autre part, chacun de nous a sa propre idée là-dessus.]
Sur le plan personnel, même si quelqu’un est « fort », énergique, sa façon d’agir, et même d’être, reflète nécessairement les autres aspects de sa personnalité. Cela diffère forcément de celle d’un autre qui a, lui aussi, la volonté comme caractéristique. Tous les rois ne sont pas semblables, tous les instructeurs non plus, tous les ingénieurs, tous les artisans, tous les maçons, personne n’agit et ne se comporte de façon identique à celui qui a la même caractéristique principale.
J’aimerais, dans ce contexte, citer ce passage de la Bhagavad Gita : “Des Brahmanes et des Kshatriyas et des Vaisyas, et aussi des Sudras, O Parantapa, les devoirs sont partagés selon les qualités inhérentes dans la nature.”
Il est intéressant de lire les commentaires qu’en a fait Shankarâchârya. “La source de la nature (svabhava) du Brahmane est le guna de sattva; les sources de la nature du Kshatriya sont rajas et sattva, le dernier étant subordonné au premier; celles de la nature du Vaisya sont rajas et tamas, le dernier étant subordonné au premier; et celles de la nature du Sudra sont tamas et rajas, le dernier étant subordonné au premier. Car, ainsi qu’on peut le constater, les traits caractéristiques de leurs natures respectives sont la sérénité, la majesté, l’activité, et la lenteur d’esprit.”
Il s’agit là des castes, et je crois qu’il serait intéressant de savoir que le mot caste, en sanscrit, se dit varna, couleur. Donc, lorsque l’on rencontre le mot « couleur » dans les textes sacrés, surtout en Orient, il ne s’agit pas de la couleur de la peau, donc des races comme on a l’habitude de le penser, mais de la « couleur » intérieure de chacun de nous.

Sur le plan universel, j’aimerais communiquer une image : l’Orient est nécessairement teinté d’Occident, du Nord et du Sud, peut-être même du Zénith et du Nadir. Le soleil qui se lève à l’Est s’est couché à l’Ouest, et a parcouru le Nord et le Sud de la Terre (le « solstice » est le moment où le parcours vers le Nord s’arrête et où le soleil va vers le Sud). Le soleil qui se lève à l’Est n’est donc pas le même pour un Oriental de l’hémisphère septentrional, que pour un Occidental de l’hémisphère méridional. J’ai bien dit « donc », car c’est la conséquence logique de cette influence concurrente des quatre points cardinaux.
Le fait que les quatre animaux cités soient pleins d’yeux devant et derrière est un autre point important.
Mais je rappelle que, selon Ezéchiel, les quatre « animaux » avaient une forme humaine. Ils avaient chacun quatre faces, et chacun quatre ailes. Leurs jambes étaient droites et leurs sabots ressemblaient à des sabots de bœuf. J’ose à peine dire ce que je pense. Mais, les jambes droites n’indiquent-elles pas le redressement de l’animal à la stature humaine, le passage à l’état d’homo erectus, avec encore un « souvenir » du règne animal, comme le montrent les sabots de bœuf ?
Si on y réfléchit bien, la Bible, et par conséquent les Evangiles et l’Apocalypse, s’adressent à la nouvelle humanité annoncée et baptisée par le premier Jean, vêtu de peau de bête, qui vivait dans le désert, qui baptise dans l’eau et qui annonce que « quelqu’un vient, qui vous baptisera de feu et d’esprit saint » ; cet esprit saint est représenté par le H qui s’est ajouté aux noms d’Abraham et de Sarah, lorsqu’ils conçurent leur fils après une longue période d’infertilité.

Rappelons qu’à la sonnerie de la septième trompette, les vingt-quatre vieillards tombent de leur siège – devant le trône de Dieu - et leur visage fut à terre…
Cela n’indiquerait-il pas la fin d’un cycle – où les représentants actifs étaient bien « devant le trône de Dieu », c’est-à-dire accrédités dans leur fonction – et la venue d’un nouveau cycle, où les vingt-quatre sont remplacés par un Dieu unique et son représentant, le Christ ?
Ce serait l’avènement d’une nouvelle humanité – comme nous venons de le voir avec Abram qui devint AbraHam et Sarai qui devint SaraH, et dont le fils, Isaac, fut comblé de tous les biens de la terre par son père.

à suivre...