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Phan
Chon Tôn Lectures
dans l'Apocalypse (2)
Pour
compléter cette étude, il est peut-être
utile de rappeler qui sont les deux Jean, le Baptiste et l’Évangéliste.
Des quatre Évangiles, seul celui de Luc relate la naissance de
Jean (le premier, le baptiste). Les trois autres ne font qu’indiquer
qu’ « en ces jours-là paraît Jean le
Baptiste qui prêche dans le désert de Judée ... » (Mathieu,
II, 3), « Voici quel fut le témoignage de Jean,
... » (Jean,
I, 18) ; seul Marc a cru bon d’ajouter une annonce (I, 1)
: « Ainsi qu’il est écrit dans le prophète
Isaïe :
« Voici que j’envoie mon messager en avant de toi pour préparer
la route.
Une voix crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur, aplanissez ses sentiers, Jean
le Baptiste parut dans le désert, proclamant un baptême
pour se repentir et pour la rémission des péchés… » Rappelons
en quelques mots l’histoire de Jean, telle que racontée
par Luc :
« 5 Il y eut, aux jours d’Hérode, roi de Judée,
un prêtre du nom de Zacharie, de la classe d’Abia, et il avait
pour femme une descendante d’Aaron, dont le nom était Elisabeth.
6 Tous deux étaient justes devant Dieu, et ils suivaient, irréprochables,
tous les commandements et observances du Seigneur.
7 Mais ils n’avaient pas d’enfant, parce que Elisabeth était
stérile et que tous deux étaient avancés en âge.
8 Or, tandis qu’autour de sa classe Zacharie remplissait devant
Dieu ses fonctions sacerdotales,
9 il fut, suivant l’usage liturgique, désigné par
le sort pour entrer dans le sanctuaire du Seigneur et y brûler
l’encens.
10 Et toute l’assemblée du peuple se tenait dehors en prière, à l’heure
de l’encens.
11 Alors lui apparut l’Ange du Seigneur, debout à droite
de l’autel de l’encens.
12 A sa vue, Zacharie fut troublé et la crainte fondit en lui.
13 Mais l’ange lui dit : « Rassure-toi, Zacharie ;
ta supplication a été exaucée ; ta femme Élisabeth
t’enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean.
14 Tu en auras joie et allégresse, et beaucoup se réjouiront
de sa naissance.
15 Car il sera grand aux yeux du Seigneur; il ne boira ni vin ni liqueur
fermentée ; il sera rempli du Saint Esprit dès le
sein de sa mère et
16 ramènera de nombreux fils d’Israël au Seigneur,
leur Dieu.
17 Lui-même le précédera avec l’esprit et la
puissance d’Élie, pour ramener le cœur des pères
vers leurs enfants et les rebelles à la sagesse des justes, préparant
au Seigneur un peuple bien disposé. »
18 Mais Zacharie dit à l’ange : « Qu’est-ce
qui m’en assurera ? »
19 L’ange lui répondit : « Je suis Gabriel,
qui me tiens devant Dieu, et j’ai été envoyé pour
te parler et t’apporter cette bonne nouvelle.
20 Eh bien ! tu vas être réduit au silence et sans pouvoir
parler jusqu’au jour où ces choses arriveront, pour n’avoir
pas cru à mes paroles, lesquelles s’accompliront en leur
temps. »
21 Le peuple cependant attendait Zacharie et s’étonnait
qu’il s’attarde dans le sanctuaire.
22 Mais quand il sortit, il ne pouvait leur parler, et ils comprirent
qu’il avait eu quelque vision dans le sanctuaire. Quant à lui,
il leur faisait des signes et demeurait muet.
23 Son temps de service achevé, il s’en retourna chez lui.
24 Quelque temps après, sa femme Élisabeth conçut,
et elle se tint cachée cinq mois durant.
25 Voilà donc, se disait-elle, ce qu’a fait pour moi le
Seigneur, au temps où il lui a plu d’enlever ce qui causait
ma honte parmi les hommes ! »
Ce qui est intéressant, c’est que presque en même
temps (je cite) :
« 26 Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par
Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,
25 à une vierge fiancée à un homme du nom de Joseph,
de la maison de David ; et le nom de la Vierge était
Marie... L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très
Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi
l’enfant sera saint et sera appelé Fils de Dieu.
36 Et voici qu’Élisabeth, ta parente, vient, elle aussi,
de concevoir un fils en sa vieillesse, et elle en est à son sixième
mois, elle qu’on appelait la stérile ;
37 car rien n’est impossible à Dieu. » ... Selon
son origine, Jean est né dans une société « civilisée ».
Donc, il convient de penser que « quelque chose » l’a
incité à choisir la solitude, et même à adopter,
non seulement une sorte d’ascétisme, mais surtout un retour à la
nature. Toujours est-il qu’il arriva au désert, nu, enveloppé seulement
de peaux de bête, se nourrissant d’aliments naturels. N’est-ce
pas comme un « don de Dieu » ? N’est-ce pas le premier « écologiste »,
celui qui s’est replongé dans sa « maison » (oikos) originelle ? Je
fais ici un parallèle avec le premier mot du Prologue de Saint
Jean : « Au début ». N’est-il pas retourné à l’origine
de l’humain ? (Je fais un autre parallèle avec une tradition
orientale exposée dans ce mystérieux mais merveilleux livre
La Fleur d’Or du Suprême Un , dans lequel il est toujours
question du « chemin rétrograde » ;
non le fait de rebrousser chemin, mais de retrouver le point de départ
de ce chemin.)
Jean a donc quitté l’environnement social dans lequel il était
né, et, surtout, il s’est dépouillé du conditionnement
de cette société, pour se retrouver tout nu, couvert seulement
de peaux de bête. Et c’est là qu’il accomplit
la prédiction d’Isaïe :
Une voix crie dans le désert :
Préparez le chemin du Seigneur,
Aplanissez ses sentiers.
Je voudrais citer ici une interprétation faite par Georges Lethé,
dans son livre Jean-Baptiste dans la collection « Grandes Figures
Bibliques » (Editions Golias). L’intervention du Baptiste
se résume à un seul point fort : son témoignage
de la Parole, comme le dit la première ligne du premier verset
de cet Évangile : « Au commencement, le Verbe – en
grec LOGOS - était… », dans ce même
commencement qui débute la Torah : beréshit, qui
se traduit littéralement dans la tête : « Dans la
tête, il y avait la Parole. ». Et l’auteur fait le
rapprochement avec le fait que la tête de Jean fût séparée
du corps… « tête présentée à Hérodiade,
prototype d’humanité qui n’est pas encore capable
d’appréhender autre chose que l’aspect grossier, matériel
et immédiat de la «chose»…Il s’en déduit
que la décapitation de Jean apparaît nécessaire – pour
garder « secrète » la révélation de
Jean le Baptiste, - afin que la quintessence de son message puisse être
transfusée et donnée à un être nouveau, régénéré. »
C’est justement là où intervient le deuxième
Jean, l’Évangéliste. C’est à lui qu’on
doit à la fois un Evangile et l’Apocalypse. Je me permettrai
de vous rappeler la signification de ces deux mots. Évangile – du
grec euappelion – veut dire « la bonne nouvelle » ;
et Apocalypse – du grec apocaluptikos – « ce qui doit
arriver ». Le mot « apocaplyse » est aussi traduit
par « qui révèle ».
C’est ici qu’il est bon de rappeler ce qu’est le secret.
On croit habituellement qu’un secret est quelque chose de caché.
Oui, certes, mais la cachotterie ne réside pas dans le fait de
ne pas le montrer.
Le mot secret vient du mot latin, secretus, participe passé du
verbe secernere, qui veut dire « trier », « mettre à part », « séparer ».
Et ce verbe dérive lui même du verbe cernere, qui signifie « passer
au crible », « tamiser », et,
au figuré, « reconnaître ». (Ce
mot fait penser au verbe français « discerner »,
qui a le même sens.)
Donc, le secret n’est pas en soi quelque chose de caché.
C’est de propos délibéré que, lorsqu’une
personne veut dire quelque chose à une autre personne sans que
cela soit compris par le premier venu, elle « sépare » ce
qu’elle dit, et écarte de la phrase audible quelque chose
que l’autre est supposé connaître ou deviner. Ou bien,
elle lui donne un autre élément qui, apparemment, n’a
rien à voir avec le premier, mais qui, une fois réuni (sum) avec le premier, donne la force (bolon) au tout.
Je viens de citer le mot « symbole ». Selon
le Dictionnaire des Symboles, « le symbole est un objet
coupé en deux, fragments de céramique, de bois ou de métal.
Deux personnes en gardent chacune une partie. En rapprochant les deux
parties, elles reconnaissent leurs liens... » Étymologiquement,
le mot sumbolon est composé de sum, ensemble, et bolon, force
ou activité, autrement dit une chose unique mais composée
de deux parties, chacune d’elle n’ayant aucune signification
ou pouvoir, mais dont la ré-union en révèle le sens
ou la puissance. Donc, pour reprendre l’ouvrage cité, « le
symbole sépare et met ensemble, il comporte les deux idées
de séparation et de réunion... Tout symbole comporte une
part de signe brisé ; le sens du symbole se découvre
dans ce qui est à la fois brisure et lien de ses termes séparés.» (Exemple
de Tran-Trinh)
Précisons que les deux parties du secret ne sont pas égales.
A l’un des tenants, on révèle généralement
ce que j’appellerais la « substance » du
secret. Mais il lui manque quelque chose pour qu’il puisse comprendre
ce secret. C’est l’autre qui lui donne « la
clé » ; alors tout devient clair. Il est dit,
dans les textes sacrés, qu’il y a sept niveaux pour chaque
phrase. Et c’est la « clé » qui
permet d’accéder à ces niveaux. Bien entendu, il
faut au moins sept clés ; c’est ce qui justifie les
différents degrés.
Et tant qu’une clé n’est pas donnée, la substance
demeure lettre morte. C’est pourquoi le secret ne peut jamais être
révélé, ne peut jamais être communiqué aux
profanes, ceux qui n’ont pas reçu la clé. Il y a
beaucoup de livres qui traitent des choses « secrètes »,
mais les lecteurs ne les comprennent pas s’ils n’ont reçu
la ou les clés correspondant à leur niveau d’éveil.
Pour en revenir au deuxième Jean, son Apocalypse présente
aux lecteurs – initialement aux disciples – les secrets que
Jean le Baptiste a annoncés au monde, mais ces secrets ne sont
pas révélés pour autant. C’est au lecteur
initié – du moins préparé – que l’Apocalypse
révèle « ce qui doit arriver » ; pour les croyants,
c’est le plan de Dieu. Je
terminerai en citant ces quelques phrases de la fin de l’Apocalypse
:
« … heureux celui qui garde les paroles de la prophétie
de ce livre !
C’est moi, Jean, qui ai entendu et qui ai vu toutes ces choses.
Et après les avoir entendues et les avoir vues, je me jetai aux
pieds de l’ange qui me les montrait, pour l’adorer.
Mais il me dit : Gardez-vous bien de le faire ; car je suis serviteur
de Dieu comme vous, et comme vos frères les prophètes,
et comme ceux qui garderont les paroles de la prophétie de ce
livre. Adorez Dieu. »
Ces paroles sont d’une grande sagesse. Généralement,
lorsqu’on a reçu quelque chose de quelqu’un, on peut
le remercier et l’adorer. L’ange dit : Nous sommes tous serviteurs
de Dieu. Quel que soit notre degré d’avancement et quel
que soit le service qu’on puisse rendre à une frère
ou à une sœur moins avancé, ce n’est pas nous
qui faisons la chose, ni à lui ou elle qu’on l’a faite,
c’est notre devoir de solidarité dans le chemin initiatique,
et il ne faut en tirer aucune fierté. Solidarité, égale
humilité, non-égocentrisme.
Et l’ange lui dit en conclusion : « Ne scellez point les
paroles de la prophétie de ce livre ; car le temps est proche. »
En commentaire à cette phrase, je fais tout d’abord remarquer
que Jean a bien obéi à l’ange, en rédigeant
l’Apocalypse. Mais même si – sur le plan de l’écriture – il
n’a pas « scellé les paroles de la prophétie »,
comme je l’ai dit plus haut, lorsqu’on lit ce texte, il nous
faut « l’autre partie » pour comprendre
le secret apparemment dévoilé. C’est la meilleure
façon d’occulter le sens de ces paroles. Et ces paroles
ont toujours été interprétées comme une suite
de catastrophes. Mais si on les lit avec ce que j’appellerais une « ampliation
interne », le côté interne de soi-même, on se
rend compte que ce sont les choses qui se passent en nous, les mauvaises
pensées qui deviennent des mauvaises augures, le dragon - qui
dérive du serpent, et qui n’est autre que notre tendance
intérieure vers ce qu’on appelle le mal, … et enfin
les quatre gardiens des points cardinaux, qui aideront notre esprit à s’ordonner
et se « rectifier » pour arriver à la paix
finale. Pour
résumer, le premier Jean a révélé la
suite de son propre acte de baptême : lui, baptise par l’eau,
celui qui vient après lui baptise par le feu… Il est à remarquer
que le baptême se fait toujours par l’eau, ce qui est compréhensible,
car même les prêtres sont des humains et ne peuvent que rappeler à l’être
humain son origine ; le baptême par le feu ne peut se faire que
par l’initiateur intérieur… Le deuxième Jean
a vu des révélations et, suivant les conseils de l’ange,
les a consignées dans un livre, l’Apocalypse, mais seuls
ceux qui ont la vision du deuxième horizon – pour prendre
l’exemple d’Horus dont l’œil Oudja a deux horizons – peuvent
comprendre ce qui, apparemment, a été révélé par
l’écriture de l’Apocalypse. C’est donc une « publication » qui,
en réalité, est une « occultation ». En effet,
on peut lire
(10.8 ) : « Puis la voix du ciel, que j’avais entendue,
me parla de nouveau : «Va prendre le petit livre ouvert dans la
main de l’Ange debout sur la mer et sur la terre. » Je m’en
fus alors prier l’Ange de me donner le petit livre ; et lui me
dit : « Tiens, mange-le ; il te remplira les entrailles d’amertume,
mais en ta bouche il aura la douceur du miel. » Je pris le petit
livre de la main de l’Ange et l’avalai ; dans ma bouche,
il avait la douceur du miel, mais quand je l’eus mangé,
il remplit mes entrailles d’amertume. » Le message a été « donné »,
mais il est tout de suite « avalé ». Rappelons
seulement ce que j’ai cité au début :
il y a quatre animaux (dont il est dit de chacun qu’il est « semblable » à un
lion, un veau, un aigle, « au visage d’un homme » gardant
les quatre points cardinaux de notre conscience ; vingt-quatre vieillards
; sept anges qui déversent sur le monde – sur notre monde
intérieur surtout - sept coupes provoquant chacune une catastrophe.
La description est détaillée, mais, en réalité,
elle occulte des choses que notre conscience actuelle ne comprend pas
.
Il n’est pas question, pour l’ignorant et l’incroyant
que je suis, de commenter davantage ce texte merveilleux et énigmatique.
Je crois qu’on peut dire que l’ensemble des Evangiles annonce
le début d’une ère nouvelle de l’humanité,
et que l’Apocalypse est l’ « exposé » de
ce qui arrivera pour cette nouvelle humanité. Seuls ceux qui ont
des oreilles peuvent entendre ce message. Terminons
quand-même
par ces bonnes paroles
(22.1) : « Puis l’Ange me montra le fleuve de Vie, limpide
comme du cristal, qui jaillissait du trône de Dieu et de l’Agneau… Le
trône de Dieu et de l’Agneau sera dressé dans la ville,
et les serviteurs de Dieu l’adoreront ; ils verront sa face et
son nom sera sur leurs fronts. De nuit, il n’y en aura plus ; ils
se passeront de lampe ou de soleil pour s’éclairer, car
le Seigneur Dieu répandra sur eux sa lumière, et ils régneront
pour les siècles des siècles. »
Notons cette réponse de l’Ange à l’adoration
de Jean.
« C’est moi, Jean, qui voyais et entendais tout cela ; une
fois les paroles et les visions achevées, je tombai aux pieds de
l’Ange qui m’avait tout montré pour l’adorer.
Mais lui me dit : « Non, attention, je suis un serviteur comme toi
et tes frères les prophètes et ceux qui gardent les paroles
de ce livre. C’est Dieu qu’il faut adorer. » 
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