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Salomon
LANCRI
Réflexions
sur les Élémentals
S'il est souvent
question des élémentals
dans la littérature théosophique, peu de précisions
y sont données à leur propos. C'est cependant un sujet
qui nous intéresse au premier chef, car nous venons constamment
en contact avec ces êtres. Nous
savons qu'ils sont sur l'arc descendant de l'évolution et
qu'ils se répartissent en trois règnes, S'éloignant
graduellement du pôle spirituel de l'univers, ils descendent dans
des milieux de plus en plus matériels. Après avoir passé des âges à parcourir
cet arc involutif, ils atteignent le point tournant en entrant dans le
règne minéral où leur faible conscience, étouffée
par la pesante matière physique, s'endort provisoirement dans
une profonde léthargie. Puis, quittant ce règne où l'aspect
spirituel de leur nature est éclipsé par l'aspect matériel,
ils s'engagent sur l'arc ascendant de l'évolution proprement dite
en pénétrant successivement, au cours de cycles immenses
s'étendant sur des millions d'années, dans les règnes
végétal, animal et humain. Les élémentals sont donc des êtres
embryonnaires. Ils n'ont même pas atteint le stade des minéraux.
Ce serait par conséquent une erreur de les considérer comme
doués
d'une conscience semblable à la nôtre ou même à celle
d'un animal. En réalité, bien que chacun d'eux soit pourvu
d'une monade éternelle, ils ne sont que des centres de forces.
Par eux-mêmes ils sont, selon les termes de Mme Blavatsky, « sans
intelligence, sans caractère moral et sans tendances ». Leur vie n'est pas suffisamment différenciée pour qu'ils
aient de telles propriétés ou dispositions. Comme le déclarait
Mme Blavatsky dans ses Conversations sur l'Occultisme, un élémental
est seulement susceptible « d'être dirigé, dans ses
mouvements, par les pensées humaines qui peuvent, consciemment
ou non, lui donner une forme quelconque etjusqu'à un certain point
de l'intelligence ».
Nous
baignons dans un océan d'élémentals. Leur
monde et le nôtre s'interpénètrent et « par
conséquent, le monde élémental est éternellement
présent dans le système humain », comme disait Mme
Blavatsky. Les élémentals se meuvent avec la vitesse de
la pensée, ajoutait-elle. Par notre activité mentale, nous
en attirons constamment dans nos corps subtils, en nombre d'autant plus
grand que notre pensée est plus forte. Notre
aura prend une couleur correspondant à la nature de nos états
d'âme. En pénétrant en nous, les élémentals
prennent immédiatement cette couleur. Leur conscience, éveillée
et galvanisée pour ainsi dire par notre pensée, reflète
celle-ci et tend à intensifier sa puissance. Si, dans la conscience
d'un être humain, il y a, habituellement, divers centres d'intérêt,
son aura a autant de couleurs qu'il y a en lui d'activités mentales
différentes. Chaque élémental est en affinité avec
des pensées d'une certaine nature. Lorsqu'un homme a de telles
pensées, il peut être attiré vers cet homme. Il pénètre
alors dans la partie de son aura dont la couleur correspond à ces
pensées et prend aussitôt cette couleur. Si un être
humain a habituellement des pensées de même nature, son
aura a la couleur qui lui correspond. Elle contient, dit Mme Blavatsky, « une
masse d'élémentals vibrant ou électrifiés
semblablement et dans ce sens on peut l'appeler un élémental
exactement de même que nous connaissons un homme sous le nom de
Jones, quoique pendant des années il ait rejeté des atomes
de matières grossières et en ait assimile de nouveaux ». Cette
incessante irruption en nous d'êtres rudimentaires, dont
la conscience est dynamisée par la nôtre, entraîne
pour nous d'énormes conséquences. C'est par l'intermédiaire
des élémentaIs que se forge principalement le Karma de
la race humaine en général et de chaque homme en particulier.
Le monde élémental se mêle en effet étroitement à notre
vie mentale et émotionnelle. En réagissant sur nous, il
nous influence constamment, nous rendant exactement ce que nous lui avons
donné et que nous avons imprimé en lui avec ou sans la
connaissance de ce processus. Nous sommes ainsi responsables de l'état
de ce milieu vivant dans lequel nous nous mouvons. Suivant les termes
de Mme Blavatsky, « à notre époque, le monde élémental
a l'aspect et le comportement qui sont le résultat exact de toutes
les actions, de toutes les pensées et de tous les désirs
des hommes, depuis les temps les plus reculés ». Aussi
longtemps que l'humanité n'aura pas une attitude plus fraternelle,
tant que la majorité des hommes sera animée de sentiments égoïstes
et malveillants, tant qu'ils auront tendance à fermer leur coeur à la
sympathie, à l'amitié et à la bienveillance, les élémentals
resteront une force hostile dans l'ensemble à la race humaine,
Cependant, quand certains hommes cultivent des sentiments de fraternité et
d'amour pour tous les êtres, les élémentals prennent
vis-à-vis d'eux une attitude favorable, leur retournant les vagues
de bienveillance qu'ils répandent autour deux. On
nous a maintes fois mis en garde contre le défaut beaucoup
trop fréquent qui consiste à critiquer les autres avec
plaisir, à s'appesantir trop volontiers et sans aucune nécessité sur
leurs défauts ou leurs défaillances. Un tel travers est
nuisible aussi bien à celui qui critique qu'à celui qui
est critiqué. Mme Blavatsky a indiqué comment interviennent à ce
propos les élémentaIs. Chaque fois, disait-elle, que vous
dénoncez sans pitié les fautes d'une personne, vous attirez
immanquablement vers vous « une certaine quantité des élémen
taIs de cette personne. Ils s'attachent à vous et s'efforcent
de trouver en vous un état, une tache ou une faute similaire à celui
ou celle qu'ils ont quitté dans l'autre personne. C'est comme
s'ils l'avaient laissée pour vous servir, pour ainsi dire, moyennant
de plus hauts salaires ». Autrement dit, ces élémentals,
attirés par notre malveillance, susciteront ou intensifieront
en nous les défauts que nous avons critiqués chez autrui.
Il est donc littéralement vrai que faire du tort à autrui
c'est se faire du tort à soi-même. Nous
voyons ainsi que chacune de nos pensées, chacune de nos émotions
est un appel à des élémentals. Nos désirs
les convoquent, nos
pensées construisent des formes de matière fluidique où ils
pénètrent et où ils habitent pendant un temps proportionné à l'intensité et à la
persistance de cette activité mentale et émotionnelle.
En fait ces élémentals ont été emprisonnés
magnétiquement dans ces formes-pensées par notre désir
qui n'est pas autre chose qu'une forme de notre volonté. Les éléments
attirés par nos mauvaises pensées sont autant de liens
qui nous attachent à nos tendances inférieures. L'évolution
consiste à se débarrasser de tels liens et, pour s'en libérer,
la dévotion que l'on peut éprouver pour un être spirituel
constitue une aide particulièrement efficace. Comme
le disait Annie Besant, une telle dévotion ne peut être
artificiellement créée en nous, par un effort de la volonté.
Elle doit naître naturellement et cela ne servirait à rien
de tenter de la ressentir si elle n'est pas née spontanément.
Tout ce que nous pouvons faire c'est d'encourager ce sentiment dès
que nous le sentons poindre en nous. Les intenses vibrations qu'il appelle
en retour, vers nous, proviennent évidemment du Sage à qui
cette dévotion s'adresse. Ces vibrations ne manquent pas de nous
inonder si le sentiment que nous éprouvons pour ce grand Etre
est sincère, ardent et pur de tout égoïsme. Elles
sont si puissantes qu'elles mettent en miettes les formes pensées
de nature inférieure qui peuvent se trouver dans notre ambiance,
libérant les élémentals qui y étaient retenus
prisonniers. En dehors des
formes pensées où ils logent parfois, les élémentals
ont bien entendu, une enveloppe matérielle qui leur est propre,
car aucune entité ne saurait exister sans être pourvue d'un
corps. Il n'y a pas dans l'univers de pur esprit, c'est-à-dire
d'être constitué de conscience seulement. Pour décrire
un élémental qu'elle utilisait parfois pour produire des
phénomènes occultes, Mme Blavatsky le comparait à une
masse d'air tournant sur elle-même. Les élémentaIs,
déclarait-elle, n'ont pas de forme propre « et, pour essayer
de décrire ce qu'ils sont, il est préférable de
dire qu'ils sont des centres de forces ayant des désirs instinctifs,
mais pas de conscience telle que nous la comprenons. D'où il suit
que leurs actes peuvent âtre indifféremment bons ou mauvais ». Collected Writings, VI, 197.
Ainsi, par le fonctionnement
de la loi de Karma, nous assumons, que nous le sachions ou non, la
responsabilité non seulement de nos
actes physiques, mais aussi de nos émotions et de nos pensées.
Car, comme l'a écrit le Maître Kout-Houmi, « chaque
pensée émise par l'homme passe dans le monde intérieur
et devient une entité active en s'associant, en adhérant,
pourrionsnous dire, ô un élémental, c'est-ô-dire à l'unedeces
forces semi-intelligentes des domaines invisibles. Elle survit comme
une intelligence active, créature engendrée par l'esprit,
pendant une période plus ou moins longue, proportionnée ô l'intensité première
de l'action cérébrale qui l'a éveillée. Ainsi,
une bonne pensée est perpétuée comme un pouvoir
bienveillant et actif ; une mauvaise comme un malfaisant démon.
Et de la sorte, l'homme peuple continuellement son courant dans l'espace
d'un monde ô lui, où se pressent les rejetons de ses rêveries,
de ses désirs, de ses impulsions et de sa passion; un courant
qui réagit sur toute organisation sensitive ou nerveuse qui se
trouve en contact avec lui, ô proportion de son intensité dynamique.
Les Bouddhistes appellent cela son Skandha, les Hindous le nomment Karma.
L'Adepte évolue consciemment ces formes, les autres hommes les
rejettent inconsciemment ». (Cité par Sinnett, Le
Monde Occulte, 118). C'est en tenant
compte de cette loi occulte que nous pouvons donner une orientation
spirituelle à notre vie et que nous nous qualifierons
de plus en plus pour aider de plus grands Êtres que nous à "soulever
un peu du lourd Karma du monde". Une grande patience est nécessaire
pour obtenir une parfaite maîtrise de ses désirs et de ses
pensées. Prenons exemple sur Annie Besant. Celle-ci, pour donner
une idée de sa ténacité dans son entraînement
occulte, racontait avoir lu, dans un ouvrage de Darwin, que des nerfs
et muscles, maintenant atrophiés dans l'être humain, sont
actifs dans certains animaux et leur servent à remuer les oreilles.
Désireuse de s'en assurer par elle-même, elle résolut
de vérifier la vérité de cette thèse en essayant
de mettre en activité ces nerfs et ces muscles dans son propre
corps. Elle s'exerça donc, devant son miroir, jour après
jour, semaine après semaine, avec une patience inlassable, faisant
tout son possible pour faire mouvoir ses oreilles. Au début, en
dépit de tous ses efforts, celles-ci de-
meurèrent absolument immobiles. Elle s'aperçut enfin qu'elles
commençaient à bouger. Elle redoubla d'efforts et finalement
réussit à merveille à les remuer, à volonté,
parvenant à les pointer dans telle ou telle direction, comme le
font par exemple les chats et les chevaux. Nous
nous rendons bien compte, après quelques mois d'exercices,
que l'entraînement occulte est particulièrement difficile.
Considérons par exemple la concentration du mental et la faculté de
visualiser clairement. Elles exigent une grande puissance d'attention
et sont indispensables à l'occultiste. Mme Blavatsky déclarait
que l'attention de ce dernier doit être « de cette sorte
qui peut se fixer sur la pointe d'une aiguille pendant un laps de temps
indéfini ». Il se peut que notre attention soit d'une sorte
bien inférieure. Mais cela ne devrait pas nous décourager.
Soyons persuadés que plus nous serons patients et tenaces dans
notre entraînement, plus vite notre attention se renforcera.
Tout est en changement perpétuel ici-bas. C'est particulièrement
vrai de celui qui aspire à la vie spirituelle. En lui s'éveille
progressivement le sentiment que ses sens, ses émotions et même
son mental ne sont que des instruments nécessaires pour son travail
et pour son évolution. Et la conviction s'installe rapidement
en lui qu'il doit en être le maitre et non l'esclave. De plus en
plus devient claire en lui l'idée qu'il n'est pas sur terre pour
dominer, mais pour aider et qu'il doit utiliser son énergie non
pour opprimer mais pour servir. La certitude grandit en lui qu'il est
bien davantage que l'instinct bestial poussant à des satisfactions
dégradantes, bien plus que les émotions qui, non contrôlées,
déchaînent dans son âme des cyclones dévastateurs
et plus même que l'intellect obscurci par l'illusion de se croire
séparé des autres. En explorant les profondeurs de son être,
il s'apercevra que sa conscience ne connaît que des limites provisoires
destinées à disparaître les unes après les
autres, au cours de son ascension spirituelle. C'est ainsi que, nous
disent les Sages, l'Humanité, s'élèvera progressivement
et goûtera toujours davantage la Paix de la Sagesse, le sentiment
exaltant de la puissance et de la douceur de l'Amour.
(Le Lotus Bleu, Mai 1971) |
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