Le Lotus Bleu

Un des articles du Lotus Bleu de Septembre 2004

Le journal Le Lotus Bleu est en vente par abonnement aux Éditions Adyar :
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VIVRE AU BÉNÉFICE DE L’HUMANITÉ
C’est pour aider l’humanité que la Société théosophique a été fondée, donc un membre de la Société théosophique est ipso facto quelqu’un qui aspire à aider l’humanité, à travailler pour son bien.
Pour préciser quel est ce « bien », voilà quelques courts passages extraits des Messages adressés par H.P.B. aux membres de la section américaine, qui sont de véritables pierres de fondation :
Dans l’introduction à ces Messages, il est dit que le Mouvement théosophique « était voué au service de la plus noble des Causes - l’éveil de l’humanité à sa propre grandeur et la création d’un noyau de Fraternité Universelle. »
Quelle est cette grandeur ? :
Parlant des mouvements qui visent à l’amélioration des conditions de vie de l’humanité, dont les théosophes sont amis, et auxquels ils peuvent se joindre individuellement, H.P.B. précise que « comme théosophes nous avons une tache plus vaste, plus importante et beaucoup plus difficile à accomplir : la fonction des théosophes est d’ouvrir le cœur et l’entendement des hommes à la charité, à la justice et à la générosité, attributs qui appartiennent spécifi-quement au règne humain ... La Théosophie apprend à l’homme animal à devenir un homme humain ».
Et en allant encore plus loin, H .P.B nous dit que “L’essence de la théosophie consiste dans l’harmonisation parfaite du divin et de l’humain dans l’homme”.
En résumé, il s’agit de participer et de coopérer à l’évolution qui doit mener de l’homme animal à l’homme humain, puis à l’union de l’humain et du divin.
H.P.B. précise cette tâche : « La ST avait été destinée, dit-elle, à servir d’instrument pour œuvrer au salut de l’humanité, non seulement par l’exemple, l’abnégation et l’esprit d’entreprise de ses membres, mais aussi, dans une grande mesure, par la force des vérités propagées, dont tous les hommes avaient besoin pour guider leur vie et changer leur univers. »
Et elle nous interpelle :
« Combien d’entre vous ont aidé l’humanité à porter le moindre de ses fardeaux pour que vous puissiez vous considérer comme des théosophes ? Oh! vous, hommes de l’Occident, qui voudriez jouer aux Sauveurs de l’Humanité, avant d’être capables d’épargner même la vie d’un moustique dont le dard vous menace! Voulez-vous participer à la Sagesse Divine et être de vrais théosophes ? Alors faites ce que font les Dieux lorsqu’ils sont incarnés. Réalisez en vous-mêmes que vous êtes le véhicule de l’humanité toute entière, considérez le genre humain comme une partie de vous-mêmes, et agissez en conséquence.”
Agissez en conséquence. Cette dernière injonction pourrait résumer tout notre programme de travail.
Nous pourrions considérer ces conseils d’H.P.B. comme nos idées de « référence » : toujours les avoir en soi, et y revenir dès que l’on s’égare. Comme l’étoile du berger qui guide le nomade dans le désert ou le navigateur perdu dans l’océan. Avoir comme seul repère : la vie est une et ma vie n’est pas séparée de celle de tous les autres.
Agir en conséquence, c’est concrétiser nos aspirations.
Tout d’abord, essayer de se rendre capable d’agir, par tout le travail sur la personnalité, travail qui devrait nous permettre de passer de l’homme animal à l’homme humain. Le corps physique doit être débarrassé des habitudes qui lui nuisent, le corps émotionnel purifié des émotions perturbatrices, et le mental clarifié et structuré. Pour cela, il est nécessaire de voir ses insuffisances, et de les réduire dans la mesure du possible, de reconnaître ses erreurs, et d’accepter de se changer.
Toutes les qualifications, pour agir correctement, sont développées dans Aux Pieds du Maître, et la motivation pour aider – ou tout au moins ne pas nuire – est soutenue par le fait de savoir que tout ce que l’on fait, ressent et pense “est un et propriété commune de toute l’Humanité », comme nous le dit encore H.P.B.
Rien ne nous appartient – tout est mis en commun dans l’océan sans fin.
Si la goutte d’eau s’éveille à sa responsabilité, de là peut venir un sentiment de compassion, un intérêt plus profond pour les autres, un désir de les mieux comprendre, ces autres…qui sont soi-même.
Dire que rien ne nous appartient évoque La Loi du sacrifice. C’est la loi du Don, menant de l’humain au Divin
Le sens initial du mot sacrifice, c’est le Sacrifice Suprême du Non-Manifesté qui se donne en manifestation, pour que, grâce à cette effusion du principe spirituel, les individus puissent revenir se fondre dans la nature même de la Divinité, qui est Amour, Joie, Félicité. C.W.Leadbeater dit que « La Force Divine qui agit dans les limitations (de la manifestation) est un don sacrificiel pour que les formes qui sont pénétrées de cette énergie puissent par elle et à travers elle croître en des modes plus parfaits de Divine Expression ».
Sur le plan divin : le sacrifice, c’est pure joie, sur le plan inférieur, le plan humain, on associe le sacrifice à une renonciation liée à la tristesse. C’est une mécompréhension qui vient du fait que le moi a toujours fonctionné jusque là sur le mode de l’acquisition.
Jinarajadasa nous explique que : «Le sacrifice de soi n’est pas une question de quelque vertu que nous aurions à développer, car la loi existe, c’est la loi de la manifestation, et tôt ou tard, nous avons à nous y conformer. Là est le problème pour nous ».
Où et le problème ?
Par notre aspiration à vivre au bénéfice de l’humanité, nous sommes arrivés à ce moment de nous conformer à la loi du don de soi. Si nous voulons participer à ce sacrifice originel, et, à notre infiniment petite mesure, déverser la force spirituelle – que ce soit dans la joie. Comment faire ? Nous avons certainement expérimenté le fait qu’on est heureux de donner à qui on aime. Pourrait-on aimer suffisamment l’humanité pour que notre don, notre sacrifice s’adresse à tous ?
C’est par le don de soi que se fera la dissolution du soi, qui est nécessaire pour que l’on puisse être de plus en plus sensible à la souffrance du monde - sans avoir ses réponses émotionnelles qui n’apportent pas de l’aide mais de la confusion.
Bien que le don de soi ne soit pas entièrement réalisé, nous nous sommes résolument engagés.
S’engager théosophiquement, est-ce que cela veut dire : une vie où nos désirs, mêmes naturels, perdent la première place, où nos attachements, même naturels, perdent la première place ?
S’engager à vivre au service de l’humanité, c’est admettre que le serviteur c’est soi-même, le maître, ce sont les besoins de l’humanité. C’est au maître de commander, ce n’est plus le moi qui décide du programme de ma vie…Il faudrait devenir souple, «comme une plume dans la main du Maïtre ». Et que se fasse ce glissement - de ma volonté personnelle à une autre volonté. Si nous comprenions vraiment que ceux qui nous guident savent mieux que nous ce qui est bon pour nous, ces guides qui ne vivent que pour le bénéfice de l’humanité, si nous avions suffisamment confiance, nous pourrions arriver à un complet abandon : que ta volonté soit faite Seigneur et non la mienne.
Au lieu de cela, nous observons encore des réactions de peur, de refus, de résistance, de découragement, et même un désir d’une impossible fuite… Rappelons-nous Arjuna, le héros de la Baghavad Gita, dont le cœur est étreint de tristesse à l’idée de combattre ses parents, ses amis, ceux qu’il aime, ses attachements…
Nous avons quelque peu expérimenté que le don de soi libère notre force spirituelle, laquelle bénéficie à tous. C’est quand on progresse dans la soumission de l’humain au Divin, que l’on peut commencer à parler de tranquillité intérieure. Le bonheur se trouve là, et nulle part ailleurs. Comme chacun sait, ces états de paix, de bonheur sont communicatifs par eux-mêmes. On donne tout autant par ce qu’on est que par ce qu’on dit. Ce qu’on est ne trompe pas. Nous avons les exemples de ceux et celles qui ont fondé la ST et lui ont assuré sa continuité : ils ont témoigné d’un dévouement sans faille, au milieu des innombrables difficultés qu’ils ont rencontrées. Au-delà de leurs souffrances, des échecs, des calomnies, d’un travail incessant, ils avaient la paix de l’âme, un rayonnement qu’ils nous communiquent encore aujourd’hui parce que ce qu’ils ont dit était authentiquement vécu.

Nano LEGUAY - École d’été des pays latins - Naarden Août 2003