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Le
Gui,
une lumière au cœur de l’hiver
Chacun
de nous a pu apercevoir au début de l’hiver ces petites touffes
de boules blanches qui ornent les arbres. Le Gui est présent toute
l’année mais c’est l’hiver qui le révèle,
qui lui donne sa puissance et sa beauté.
Bien peu de gens le connaissent réellement. Pour beaucoup il évoque
quelque chose d’un peu mystérieux, de lointain. C’est
vrai qu’il se développe loin de nous dans l’espace
(il est souvent très haut dans les arbres) mais loin aussi de notre
compréhension, c’est une plante qui pousse totalement en
dehors de l’intervention humaine.
Plante parasite pour les uns. Plante sacrée, symbole des traditions
druidiques, pour les autres. C’est encore elle qui accompagne les
fêtes de fin d’année, c’est sous son éclat
que l’on s’embrassera à l’aube du nouvel an.
A travers l’étude de ces différents éléments,
nous allons essayer de rentrer dans la compréhension de sa nature
profonde, de son essence. Quel message nous délivre t-il…
Le
Gui, plante symbolique de l’hiver
C’est
en hiver que le Gui prend toute sa signification. Alors que dans la nature
toute vie semble avoir disparu, c’est aux environs du Solstice d’hiver
(22 décembre) que les petites baies sphériques du Gui arrivent
à maturité.
L’Hiver dans les rythmes de la nature appartient à Saturne,
période sombre où la lumière extérieure manque.
Bien que les plantes aient disparu de la surface du sol et que les arbres
ne portent plus de feuilles, la vie est toujours là mais elle a
pris un chemin intérieur, souterrain. L’Energie vitale se
prolonge au sein des racines ou des graines dans l’attente du renouveau
printanier.
La saison hivernale est un moment d’intériorisation que l’on
peut observer dans la nature mais aussi en nous-même. Notre état
de conscience change, Saturne nous invite à nous rapprocher de
notre Etre profond, à nous plonger au fond de nous-mêmes.
A la différence de l’été où la vie se
manifeste avec exubérance, l’hiver nous ramène à
l’essentiel.
C’est donc à ce moment très particulier du solstice
d’hiver que le Gui manifeste toute sa vitalité, contraste
étrange dans ce sommeil hivernal.
La
Nature Cosmique du Gui
Pour
les Anciens Celtes, le Gui était considéré comme
étant de nature Cosmique et il est vrai que cette plante ne se
comporte en rien comme les autres.
Une des particularités de cette curieuse plante est de n’être
pas issue de la terre puisque le « sol » dans
lequel elle plonge ses racines est la partie vascularisée donc
vivante des arbres. D’autres végétaux poussent sur
les arbres, ainsi certaines orchidées tropicales dites épiphytes
mais dans ce cas, le végétal se développe sur l’arbre
sans qu’il y ait le moindre échange entre eux.
On ne peut pas non plus voir le Gui comme un simple parasite (contrairement
aux idées largement répandues) car, contrairement aux vraies
plantes parasites qui ne sont pas capables d’élaborer leur
photosynthèse de manière autonome, le Gui possède
son propre système pour synthétiser la chlorophylle, à
tel point que toutes se parties sont vertes.
La
raison pour laquelle le Gui pousse sur les arbres est donc tout autre.
Il n’a aucune affinité avec la nature minérale du
sol. La substance minérale représente le dernier stade de
la matière où la vie s’exprime et évolue mais
sous une forme très dense. Limite de la vie et de la mort, il suffirait
de peu de chose pour que la vie s’immobilise totalement et que plus
rien ne circule dans une contraction fatale.
Le Gui a besoin d’un milieu plus vivant, plus fluide pour se développer.
La « terre » dans laquelle il s’enracine sont
les tissus vivants des branches de l’arbre, là où
circule la sève brute. La terre ne peut enfanter le Gui, l’arbre
en revanche représente un sol vivant, un substrat de nature différente
de la terre minérale.
Pour les Anciens, cette plante qui se développait en dehors des
énergies terrestres et de l’intervention humaine n’était
pas d’origine terrestre mais cosmique.
Le
Gui et l’Ancienne Lune
Rudolf Steiner, médecin et chercheur infatigable, fondateur du
mouvement anthroposophique, s’est longuement penché sur l’étude
du Gui. Ses recherches menées avec érudition mais aussi
clairvoyance ont fait apparaître des conclusions qui accréditeraient
les croyances des anciennes traditions celtes et germaniques.
Selon Rudolf Steiner, le Gui perpétuerait les traits fondamentaux
d’une forme d’existence archaïque antérieure au
stade terrestre. Sa patrie d’origine était ce que R. Steiner
appelle l’Ancienne Lune ainsi nommée parce que la lune actuelle
en serait la scorie. La Science spirituelle la décrit comme étant
la phase de manifestation précédant notre Terre actuelle.
Sur cette planète la densité matérielle n’était
parvenue qu’au stade de l’élément liquide, la
solidification minérale n’existait pas. La vie tout en fluidité
s’écoulait en un flot vital sans limite de forme et
de durée. Ainsi les règnes végétal et animal
n’étaient pas différenciés comme aujourd’hui
et notre Viscum album serait un « Animal-plante »
de l’Ancienne Lune, transplanté dans les conditions de vie
de la terre sans avoir été fondamentalement remanié.
Ce qui expliquerait son fonctionnement très particulier et des
caractères spécifiques à sa patrie d’origine.
De sa nature très ancienne, le Gui a gardé une énergie
et des informations certainement déterminantes dans sa fonction
thérapeutique.
Un
comportement d’extra-terrestre
Pour
étayer ce concept qui pourrait paraître insolite à
plus d’un botaniste, nous allons nous pencher un peu sur les comportements
de cet étrange végétal qui ne fait rien comme les
autres.
Tout d’abord nous pouvons observer que le Gui fonctionne totalement
à contre rythme. A l’inverse de la plupart des plantes, les
forces de l’été n’ont pas de pouvoir sur ses
fruits, c’est le gel de l’hiver qui va nourrir sa fructification
(baies à maturité au moment du solstice) et sa floraison
(février). La famille du Gui est répandue sur toute la terre.
On trouve dans l’hémisphère sud, en Australie et en
Nouvelle Zélande, le Viscum Rorthalsella. L’Afrique du Sud,
l’Amérique du Sud accueillent aussi d’autres petits
cousins et chose curieuse, tous fleurissent et fructifient au même
moment. La différence est que pour les uns, c’est l’été
et pour les autres, c’est l’hiver. Subissant l’action
de forces différentes ils semblent tous unis par une mémoire
ancestrale. Par contre l’efficacité thérapeutique
du Viscum album ne se retrouvera pas chez les Guis de l’hémisphère
sud.
Autre fait singulier chez le Gui, il ne change pas d’apparence.
Mis à part la formation des fleurs et des baies, le Gui ne jaunit
pas, ne flétrit pas, ne fane pas. Tout au long de l’année
il verdoie dans toutes ses parties, de ce vert doré qui lui est
propre. Le temps parait glisser sur lui, il reste étranger au rythme
des saisons. Il perd bien ses feuilles tous les deux ans mais encore,
feuille par feuille, si bien que cela ne se voit même pas…
Les processus morbides ne semblent pas avoir d’effet sur lui. N’oublions
pas que dans l’Ancienne Lune, la vie se développait de façon
entièrement fluide, donc plus vivante. La mort et la substance
morte n’apparaissent qu’avec la densification terrestre. En
se matérialisant la vie s’est incorporée des forces
de mort. Le Gui a si peu d’affinité avec les processus de
densification qu’il ne parvient pas, même à un âge
avancé, à se lignifier. On observera tout juste un épaississement
de ses tissus à la base, là où il «s’enracine ».
On remarquera également que pour se distinguer des autres végétaux,
le Gui échappe totalement à la pesanteur terrestre qui règne
sur le monde végétal. Pour le Gui, excentrique au possible,
ces notions de haut et de bas n’ont aucun sens. Hors la loi des
énergies terrestres, il peut pousser à l’horizontal
si la graine s’est fixée sur le côté de l’arbre
ou bien alors la tête en bas si la graine a germé au-dessous
de la branche.
De sa nature « extra-terrestre » il faudra également
retenir sa physionomie de plantule, comme arrêtée à
un stade immature. Chez les plantes ordinaires, la plantule est le point
de départ du végétal proprement dit. Embryon formé
de deux feuilles indifférenciées appelées cotylédons,
il dépend encore pour sa survie des éléments nutritifs
contenus dans la graine. Ensuite le végétal quitte cet état
de plantule une fois qu’il s’est lié aux substances
minérales terrestres. A partir de ce moment il devient une plante
à part entière, autonome, adulte manifestant ses caractères
spécifiques, reflets des forces terrestres et cosmiques. Chez le
Gui cette insertion dans le terrestre n’a jamais lieu aussi la forme
de plantule se répète t-elle à l’infini. D’une
certaine façon, le Gui demeure sa vie durant un embryon.
Mythe
de Balder
Cette idée illustrée par le Mythe de Balder, est extrait
de L’Edda, recueil de récits de la Mythologie nordique. Collectés
et rédigés par un Islandais Snorri STURLSON, à la
fin du 12ème s., les poèmes qui le composent remonteraient
à des âges fort reculés.
L’histoire nous conte la mort de Balder, fils d’Odin et dieu
de la Lumière et de la Beauté. Aucun dieu ne l’égale
en sagesse et en pureté. Et d’ailleurs, tous aiment Balder.
Tous sauf un. Loki n’est pas un dieu mais le fils d’un Géant.
Jaloux de Balder et de ce qu’il représente, il décide
un jour de le supprimer. La nuit, Balder fait de sombres rêves qui
lui annoncent sa mort. Alertés et inquiets, les dieux tiennent
conseil sur les décisions à prendre. Frigga, la mère
de Balder, a une idée, elle décide d’entreprendre
un voyage à travers toute la terre afin de demander à toutes
les créatures terrestres de prêter serment de ne jamais nuire
à Balder. Tous les minéraux, les végétaux,
les animaux engagent leur promesse. Rassurés, les dieux s’amusent
à frapper Balder avec toutes sortes de projectiles, le sachant
désormais invulnérable. Et effectivement toutes les armes
tombent avant d’atteindre Balder.
Intrigué Loki se rend chez Frigga, déguisé en vieille
femme et lui demande ce que font les dieux. Frigga lui raconte le voyage
entrepris pour assurer la sécurité de Balder et comment
tout ce qui vit sur terre avait juré de ne jamais lui faire de
mal. Mais elle ajoute : « Tous, sauf un petit arbrisseau
qui s’appelle Gui. Celui-là m’a paru trop jeune, trop
insignifiant pour que j’en exige un serment ». Frigga
partie, Loki part à la recherche du Gui, l’arrache, en fabrique
une flèche et l’apporte à l’endroit où
les dieux se distrayaient. Hoder, le frère de Balder qui est aveugle,
se tient assis à l’écart des jeux. Loki lui propose
de l’aider à participer aux amusements des dieux et pour
ce faire il lui tend la ramille de Gui, lui recommande de tirer de toutes
ses forces et lui ,Loki, sera là pour diriger son tir. Hoder accepte
avec joie et jette le Gui avec force en suivant les indications de Loki.
Le rameau transperce le cœur de Balder qui tombe raide mort.
La symbolique de ce récit illustre parfaitement l’idée
que le Gui ne fait pas partie des êtres terrestres. Balder incarne
la force solaire de la terre. De ce fait, toute vie née de la terre
lui est liée et ne peut lui nuire. A l’exception du Gui qui
est étranger à cette matrice terrestre puisqu’il est
le vestige attardé d’un autre monde. Frigg décrit
le Gui comme un être « trop jeune », comme
n’ayant pas atteint la maturité des plantes terrestres. Il
est resté une sorte « d’animal-plante »,
un embryon de plante terrestre.
Rama
et la plante sacrée des druides
Tous
les grands récits mythologiques s’enracinent dans une vraie
connaissance de la nature essentielle du monde. Les bribes qui nous sont
encore accessibles demeurent des clés précieuses. C’est
ainsi que nous trouvons dans l’Epopée de Ram, l’origine
du Gui comme plante sacrée des druides.
Ram
ou Rama dans les récits hindous, est un initié, un conquérant
et le législateur qui va créer au cœur de l’Asie,
de l’Iran jusqu’en Inde, un centre rayonnant, une impulsion
spirituelle d’où vont partir plusieurs traditions.
C’est dans l’Antique Scythie qui va de l’Océan
Atlantique aux mers polaires, que Rama voit le jour. A cette époque,
les fils des hyperboréens dressent de gigantesques pierres dans
la nature et les druidesses visionnaires prophétisent sous les
arbres. C’est au cœur de la forêt, à l’ombre
des chênes millénaires que l’antique race blanche a
reconnu l’expression du Divin.
Les druidesses d’abord noblement inspirées sont devenues
cruelles et ambitieuses. Les dieux réclament des sacrifices humains
et le peuple s’enferme dans les superstitions.
Rama est alors un jeune prêtre plein de douceur et de sagesse qui
aspire à la Science du Divin. Il connaît les secrets des
plantes et le pouvoir des astres. Il voit aussi le devenir des choses,
les druides l’appellent « Celui qui sait ».
Rama s’insurge et s’inquiète de ces cultes fanatiques,
quand un autre fléau s’abat sur la population. Les hommes
meurent par milliers, atteints par la peste. Le jeune druide y voit le
signe du châtiment céleste et tremble pour l’avenir
de sa race.
Un soir, après avoir longuement médité sur les malheurs
de son peuple, il s’endort sous un chêne, dans une clairière.
Il entend dans son sommeil une voix forte l’appeler par son nom.
En ouvrant les yeux il aperçoit devant lui un homme vêtu
comme lui de la robe blanche des druides et qui tient à la main
une baguette autour de laquelle s’entrelace un serpent. L’inconnu
sans un mot le prend par la main, le fait lever et lui montre dans l’arbre
sous lequel il était couché une très belle branche
de Gui, et le lui désigne comme le remède recherché.
Avant de disparaître il lui confie les différentes façons
de préparer le Gui. A son réveil, Rama s’empresse
de cueillir et de préparer le Gui suivant les indications de l’inconnu.
Mêlé à une liqueur fermentée il fit boire ce
nouveau breuvage à un malade qui guérit, puis à un
deuxième, un troisième et il obtient ainsi des centaines
de guérisons qui le rendirent célèbre dans toute
la Scythie.
Rama confia sa découverte aux druide de sa peuplade en ajoutant
qu’elle devait rester le secret de la caste sacerdotale. Cet événement
fut l’origine d’un culte nouveau : le Gui devint une
plante sacrée. Par la suite Rama partit à la conquête
de l’Inde, entraînant avec lui l’élite de sa
race. Il sera le fondateur d’un nouvel ordre social et spirituel.
De ce centre rayonnant différentes colonies partiront essaimer
à travers l’Asie et l’Europe. Seuls les Celtes d’Europe
conservèrent le Gui de Chêne comme plante sacrée.
La
Symbolique Celtique
A
travers les différents noms utilisés par les druides pour
désigner le Gui, on devine la haute considération dont il
était l’objet ainsi que son rôle initiatique dans les
anciennes traditions Celtes. On le nomme « Celui qui guérit
tout », « Remède universel » ou
bien encore « Herbe de Science ». Le terme druide
nous éclaire déjà sur la fonction et le rôle
sacerdotale du Gui dans les rituels druidiques.
DRUIDE
Dru = racine grecque qui désigne le Chêne comme l’archétype
de tous les arbres.
Deru = racine Celte qui veut dire Chêne et aussi force.
Vid
= racine latine signifiant le Gui
Wissen = en Allemand désigne le savoir.
Widu = racine Celtique qui désigne le bois
(Pour les Celtes c’est dans la forêt que se trouve la Connaissance)
L’Association
du Chêne et du Gui est donc la représentation végétale
du druide, qui incarne comme elle Force et Connaissance. Le Chêne,
arbre cosmique des Celtes mais aussi image de l’incarnation terrestre
de l’homme, porte le Gui, plante céleste, symbole de l’intuition
spirituelle. Le druide est l’homme qui porte la Connaissance divine,
il est le médiateur du Ciel et de la Terre.
L’auteur latin PLINE nous rapporte : - « Les druides
Celtes n’ont rien de plus sacré que le Gui et l’arbre
qui le porte, surtout si c’est un chêne rouvre, arbre cosmique
des Celtes ».
Les rites sacrés sont indissociables du Chêne et du Gui.
On retrouve la vision du Gui comme plante cosmique dans le cérémonial
de cueillette où il doit être récolté avec
une faucille d’or dans un drap blanc et ne surtout pas toucher terre
sous peine de perdre ses pouvoirs magiques.
Dans les récits populaires on le disait venu du ciel, apporté
par la foudre, mais ne contient-il pas le germe de la lumière?
Et la Grive, animal céleste par excellence n’assure t-elle
pas sa dissémination ?
Le
Gui et la Lune
Nous
avons vu plus haut l’affinité du Gui pour le milieu aqueux,
sa consistance toute en plasticité et l’impérieuse
nécessité pour lui de pousser dans un substrat liquide et
vivant. La Lune règne sur les éléments aquatiques,
c’est elle qui règle les marées et les menstruations
des femmes. Le Gui porte sa signature. On peut voir en plein hiver ces
petites baies blanches de formes sphériques, tout à fait
lunaires, remplies d’une substance limpide, translucide et lumineuse.
Non seulement ses fruits sont sphériques mais il se développe
de façon sphérique. Ce n’est pas par hasard si l’on
dit une « boule de Gui ». Au bout de quelques années,
il forme un parfait « globe » dans lequel on ne
peut plus discerner ni haut, ni bas, ni commencement, ni fin et qui flotte
dans l’espace, refermé sur lui-même, constituant un
espace de vie qui lui est propre. Inséré dans l’espace
terrestre et en même temps isolé de cet espace, il accomplit
ce qu’il doit faire.
Sa cueillette s’effectuait en fonction des phases lunaires. Toujours
selon PLINE : -« La cueillette du Gui avait lieu le 6ème
jour de la Lune, jour choisi parce que la Lune est déjà
dans toute sa force sans être à mi-cours ». La
récolte du Gui se faisait donc la 7 ème nuit à compter
de la Nouvelle Lune la plus proche du Solstice d’hiver ( moment
où le Gui arrive à pleine maturité et acquiert toute
sa force et ses qualités).
Il faut rappeler que les Celtes comptaient le temps en nuits et non en
jours, mettant l’accent sur les forces en devenir, sur les énergies
de croissance et non sur celles arrivant à terme, qui de ce fait
amorçaient déjà leur déclin. Pour les Celtes
c’est la nuit qui donne naissance au jour, la lumière est
contenue dans les ténèbres, comme l’Être est
issu du non-Être. De plus la nuit favorise l’éclosion
du monde intérieur, c’est le royaume du rêve et de
la Lune.
Maîtresse du temps, la Lune enseigne que la vie est rythme, qu’après
le plus vient le moins, mais qu’il n’y a pas d’anéantissement.
Par
sa faculté de résister au déroulement normal des
saisons, d’ignorer les processus morbides, de manifester la vie,
le Gui incarne la force vitale qui subsiste au-delà des apparences.
Symbole de l’âme immortelle qui traverse la mort, comme le
Gui, l’hiver. Cette capacité d’agir à contre
rythme, de s’opposer à certains rythmes, fait du Gui une
plante de haute valeur thérapeutique dans les pathologies cancéreuses.
Dans la tradition druidique le Gui est en même temps remède
et plante initiatique
Le
Rameau d’or
C’est
dans le poème épique de VIRGILE, Le Rameau d’or, tiré
de l’Enéide, que nous trouvons l’idée du Gui
comme plante de vie, capable de lutter contre la mort.
Dans la Mythologie grecque, Enée est un prince Troyen, seul chef
survivant de la Guerre de Troie. Fils d’Aphrodite, il est promis
à un brillant destin mais comme tous les héros, il devra
affronter de terribles épreuves. Enée, afin de poursuivre
sa destinée, doit retrouver son père Anchise, mort quelques
temps auparavant, qui a d’importantes révélations
à lui faire. Enée doit descendre dans le Hadès, les
mondes souterrains. Mais ce n’est pas un voyage que l’on entreprend
à la légère, il n’est pas donné aux
communs des mortels d’avoir accès à ce que seule la
mort autorise. Il va donc trouver la Sybille de Cumes, femme de grande
sagesse qui le conseillera. La Sybille accepte de le guider jusqu’aux
Mondes souterrains, tout en le mettant en garde, la difficulté
n’étant pas d’y entrer mais d’en ressortir. Pour
réussir dans son entreprise il lui faudra trouver le rameau d’or
qui pousse sur un arbre de la forêt. Seul le rameau d’or lui
permettra d’entrer dans le Hadès, de le traverser et de revenir
sur ses pas.
Dans la forêt, Enée trouve le rameau que lui désigne
deux colombes. La traversée s’annonce terrible. Sous ses
yeux se déroulent tous les maux de l’humanité :
famines, guerres, maladies, tout ce qui sème la mort et la détresse.
Epouvanté, Enée veut fuir mais la Sybille lui dit qu’il
n’a rien à craindre à condition de ne pas quitter
des yeux le rameau d’or. Après bien des épreuves,
Enée retrouvera son père et pourra quitter le Hadès
grâce au rameau d’or.
Dans
le Mythe d’Enée, le rameau d’or est bien sûr
notre Viscum album qui apparaît ici comme un gage d’immortalité
et de victoire sur la mort. C’est la plante magique qui permet d’ouvrir
les mondes souterrains et protège de la mort.
Le Gui protège Enée et le guide dans les ténèbres,
c’est la lumière qui permet de triompher des ténèbres
du domaine de Pluton et d’en ressurgir, donc d’en ressusciter.
C’est le symbole de la lumière initiatique, il permet l’accès
à ce qui n’est habituellement pas accessible au commun des
mortel, c’est la plante qui porte la Connaissance. N’oublions
pas que dans le terme rameau d’or , il y a l’or, métal
solaire lié à la vitalité, incorruptible et destiné
aux rites sacrés. Les druides fabriquaient un Elixir à partir
du Gui appelé « Breuvage de la Connaissance »
qui accompagnait certains rituels initiatiques.
Le
Gui, Plante de Lumière
De
très vieilles croyances populaires attestent de la relation qu’établit
le Gui avec la lumière, on disait que le Gui contenait la semence
du feu déposée par la foudre (il porte en lui le germe de
la Connaissance). Cette lumière, le Gui l’intériorise
physiquement avec force, il possède une capacité à
absorber la lumière qui est extraordinaire. On peut le remarquer
en observant la substance translucide des baies en hiver que le soleil
traverse. Le fait également que toutes les parties de la plante
soient vertes, indique sa forte teneur en chlorophylle. La chlorophylle
est le résultat de la photosynthèse, processus spécifique
du monde végétal par lequel la plante absorbe du gaz carbonique
et l’énergie lumineuse du soleil. Et chez le Gui tout est
vert, les baies le restent environ 6 mois avant maturité, les fleurs
sont d’un vert jaunâtre, même l’embryon est vert.
Mais c’est un vert doré, lumineux qui habite le Gui, c’est
le rameau d’or. Une fois sec, le Gui se transforme en bouquet doré.
Le Gui absorbe la lumière avec beaucoup d’intensité
dans ce monde sombre qu’est l’hiver et cela dans des habitats
où il ne reçoit presque pas de lumière extérieure.
Et comme décidément c’est un original, alors que les
graines des autres végétaux ont besoin de l’ombre
pour germer ( il leur faut la pénombre de la terre) la graine de
Gui ne germe que si elle est exposée en plein jour, privée
de lumière elle perd tout pouvoir germinatif.
Les
relations du Gui et de l’arbre
On
l’a vu, le Gui porte un message de vie, de protection. Il serait
donc incompréhensible qu’il ne fasse pas profiter son hôte
de ses bienfaits. On a longtemps cru et dit que le Gui parasitait l’arbre,
l’épuisait jusqu’à le faire mourir. En réalité
le Gui ne prend à l’arbre que de la sève brute (eau
et sels minéraux puisés par les racines de l’arbre
et aspirés vers le sommet ). En échange le Gui va lui transmettre
des sèves élaborées, riches en substances nutritives
et des anti-corps sous forme d’enzymes. Pour les Anciens, le Gui
était vu comme le cœur vivant de l’arbre endormi. Si
l’on devait abattre un arbre, il était nécessaire
avant tout de couper le Gui sinon l’arbre resterait invulnérable…
Dans la nature le Gui a une fonction importante puisqu’il ne s’installe
que sur des arbres fragilisés, en état de faiblesse, pour
leur permettre de se maintenir en vie. On le trouve aussi sur des arbres
dont les conditions de vie sont défavorables (certaines énergies
telluriques). Une expérience a été menée pendant
six ans en Normandie, sur des pommiers portant du Gui. Durant toute cette
période, à chaque printemps on a défolié tous
les arbres, ils n’étaient donc plus en état d’élaborer
leur photosynthèse, ne possédant plus aucune feuille. Les
arbres ont survécu…
Le Gui aide et soutient l’arbre. Il a le pouvoir de reconnaître
des structures de cellules non physiologiques, de repérer des dysfonctionnements
cellulaires et d’agir en conséquence, grâce notamment
aux lectines, substances dont la fonction est de freiner la division cellulaire,
la formation de tumeurs et de recréer des connexions quand s’installent
des fonctionnements trop autonomes ( ex. pathologies cancéreuses).
Pour l’arbre comme pour le corps humain, le Gui crée un espace
de vie qui ne serait pas possible sans lui. Selon l’arbre sur lequel
il pousse, le Gui va développer des qualités différentes.
Noël,
Fête de la Lumière.
Accompagné
du Houx et de l’Epicéa, le Gui apporte son message de vie
qui prend tout son sens au moment de Noël et des fêtes de fin
d’année. Noël ancienne fête païenne du solstice
d’hiver représente le moment le plus sombre de l’année
et en même temps celui où le soleil va bientôt remonter
dans le ciel. Passage obligé où l’homme doit traverser
ses propres ténèbres pour retrouver la lumière. Alors
que la Fête de la Saint Jean célèbre la manifestation
de la force solaire dans toute sa plénitude, Noël nous invite
à nous relier à notre lumière intérieure.
C’est le tison conservé du feu rituel du solstice d’été
qui allumera la bûche de Noël dans la cheminée. Geste
par lequel se rejoignent la lumière cosmique et la lumière
de notre conscience divine.
La coutume de suspendre du Gui dans les maisons pour les des fêtes
de fin d’année parle du désir au plus sombre de l’hiver
de nous souvenir de notre nature spirituelle. C’est à ce
moment que le Gui incarne vraiment la promesse que de l’obscurité
la plus sombre naît toujours la lumière.
Claire
BONNET |
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