Le Lotus Bleu

Un des articles du Lotus Bleu de Novembre 2004

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La nature de la bonté dans la vie

       
 

Dans son ouvrage, La Philosophie Éternelle, Aldous Huxley déclare que « le bon est la conformité du soi séparé au Fondement Divin qui lui donne l’être, et finalement son annihilation en lui ; le mal est l’intensification de la séparativité, le refus de savoir qu’existe le Fondement ». La bonté est donc ce qui reflète, ou tend à refléter, la divinité profondément enchâssée en nous. Cette divinité n’est ni la vôtre ni la mienne, elle pénètre tout ce qui vit ou existe et est par conséquent non séparable – un tout indivis. Ainsi, la bonté ne peut pas exister quand nous nous considérons et ressentons comme des individus séparés, des êtres ayant une identité personnelle, un intérêt personnel et des désirs égoïstes qui lui sont propres. Nous devenons alors limités, souillés, et nous éprouvons des souffrances venant de désirs insatisfaits d’argent, de renommée, de position sociale, de reconnaissance de notre prétendue importance. En outre, en essayant de réaliser nos désirs égoïstes mesquins, nous blessons les autres de différentes façons – physiques, émotionnelles et mentales, et nous souffrons alors à notre tour – tôt ou tard. Ceci n’est pas une vie de bonté.

Un exemple élémentaire de bonté, que l’on entend dans l’enfance, se réfère à l’histoire d’un chien qui avait l’habitude de se coucher au milieu d’un chemin menant à une école de garçons. Quand on demandait au chien pourquoi il se mettait là, il répondait que c’était pour faire la distinction entre les bons et les mauvais garçons. Questionné là-dessus, il répliquait qu’un bon garçon, en s’approchant, faisait un pas à droite ou à gauche et passait ; le mauvais garçon lui donnait un coup de pied et s’éloignait cyniquement.

La bonté ne juge pas une personne sur son aspect extérieur. Dans une des Lettres des Mahatmas à A.P.Sinnett, le Mahatma écrit : « Vous voyez seulement que Bennet n’a pas les mains lavées, a les ongles sales et utilise un langage grossier… Il y a, mon ami, une odeur morale comme il y a une odeur physique. La pulpe suave de l’orange est sous la peau ».

La bonté se reflète dans la vie de nombreuses manières, et même dans de nombreuses qualités. Le Cardinal Newman, dans son essai Definition of a Gentleman, se réfère à quelques unes de ces qualités ou attitudes dans la vie :
Quand il rend un service, il le fait légèrement, et semble en recevoir alors qu’il en accorde. Il ne parle jamais de lui excepté quand il y est contraint… il n’a pas d’oreille pour la calomnie ou les commérages, est scrupuleux quand il attribue des motivations à ceux qui abusent de lui, et interprète toute chose pour le mieux… Il a trop de bon sens pour être outragé par les insultes, il est aussi trop occupé pour se souvenir de ce qui l’a blessé et trop indolent pour vouloir du mal.

Dans le verset ci-dessous, la Bhagavad-Gita fait allusion à un aspect très profond de la bonté dans la vie :

Celui qui, parvenu à l’Unité, M’adore,
Moi qui demeure dans toutes les créatures,
Ce Yogi vit en Moi, quel que soit son mode de vie.
(VI-31)

Une relation correcte avec tout et tous est une qualité fondamentale de la bonté dans la vie – relation avec la terre, l’eau, l’air, les arbres, les animaux e les êtres humains. Cela vient d’un sentiment constant d’harmonie et de respect pour tout – car tout ce qui vit est sacré.

En voyageant par route ou par rail, on remarque souvent des collines qui autrefois étaient belles avec une croissance luxuriante d’arbres et de plantes, et maintenant paraissent pelées, nues et impitoyablement endommagées, en raison de l’égoïsme des humains et de leur avidité pour les minéraux, les pierres, le bois, les eaux de ruissellement, etc. Les fleuves ont été pollués par les eaux usées et autres déchets – même les fleuves qui sont considérés comme sacrés par ceux qui les polluent ! L’air que nous respirons est empoisonné par les dégagements de gaz des véhicules et des usines. Nous bafouons de façon très irrespectueuse la terre dont nous vivons, et nous exploitons sa générosité à nos fins égoïstes. Tout ceci n’est ni de l’harmonie ni du respect de la Nature.

Quant à nos relations avec les êtres humains, au lieu de remarquer, d’apprécier et d’encourager les bonnes qualités chez les autres, nos avons plutôt tendance à leur trouver des défauts, à critiquer leurs insuffisances et leurs erreurs et à désapprouver leurs méthodes de travail et leurs points de vue, comme si nous étions nous-mêmes des modèles de perfection. Dans ce processus, nous salissons leur mental avec nos vilaines pensées et nous faisons aussi du mal à notre propre mental, puisque c’est en lui que prennent naissance ces odieuses pensées. On rappelle ici une affirmation profonde de la Clef de la Théosophie qui dit que pour chaque fleur d’amour et de charité que nous plantons dans le jardin de notre voisin, une mauvaise graine disparaîtra du nôtre, car la bonté purifie tout.

Dans une de ses dernières causeries, Krishnamurti fait allusion à la bonté dans les termes suivants :

Il y a un seul mouvement – les étoiles, les cieux, la lune, le soleil, une énergie extraordinaire. Notre énergie est très limitée. Pouvons-nous nous libérer de cette limitation et faire partie de cet extraordinaire mouvement de la vie ?… C’est cela que j’appelle la bonté.

Un scientifique connu écrivait il y a environ soixante dix ans qu’il avait perçu une unité tellement frappante dans tout l’univers, et un si haut degré de précision dans le travail de la matière aussi bien non vivante que vivante, qu’il était obligé de décrire l’univers comme le résultat d’un dessein intelligent. Ce dessein, si on peut ajouter quelque chose, est, dans notre contexte, l’évolution spirituelle de l’humanité ou pour l’exprimer différemment, la floraison de la bonté dans le genre humain. Les Sages ont mentionné de nombreuses qualités constituant la bonté dans la vie, mais il a aussi été ajouté qu’elles n’ont pas besoin d’être cultivées individuellement, car elles commencent toutes à se développer ou à croître naturellement en celui qui essaie de comprendre sa propre nature, laquelle est divine et par conséquent dépourvue de dualité. On donne comme exemple un arbre avec de nombreuses branches jaillissant d’un tronc unique, ou de nombreuses fleurs s’épanouissant sur la tige d’une seule plante, avec une unique racine.

La compréhension de notre nature profonde vient de l’observation de soi et de la vigilance. J.Krishnamurti a dit une fois : « Dans l’art de voir réside le miracle de la transformation ». Ramana Maharshi donnait un simple conseil – méditez sur « qui suis-je ? ». Et la vigilance est importante car un petit écart peut quelquefois ruiner la sadhana de toute une vie. D’où l’exhortation – restez éveillé, restez toujours bien éveillé.

Ajoutons que la patience est aussi requise. « Le monde n’a pas été fait entre deux moussons, mon bon ami », écrivait le Mahatma quand Sinnett montrait de l’impatience à propos de son progrès spirituel.

On peut finir par un conseil donné par le Bouddha, qui dépeint admirablement la nature d’une vie que l’on voudrait mener dans la bonté :
Je ne prononcerai aucun mot malfaisant
Je serai compatissant au bien-être des autres,
Avec un cœur bienveillant, sans ressentiment.

Si nous adoptons ce point de vue, nous répandrons sur le monde des pensées aimantes, d’une grande portée, se propageant largement, sans limites, dépourvues de haine, dépourvues de mauvaise volonté, qui ainsi perdureront. C’est de cette façon que nous devons nous entraîner.


Surendra NARAYAN
The Theosophist - Juin 2004

             
     

La justesse de la vie n’est pas tant une question de buts, de règles, de discipline, que le fait de devenir vigilant, au moins dans une certaine mesure, de la nature même de l’existence. C’est peut-être la raison pour laquelle l’un des Frères Aînés disait que la Théosophie est l’étude de la relation entre le mortel et l’immortel, le fini et l’infini, le transitoire et l’éternel.
On nous dit qu’il existe une paix qui dépasse toute compréhension et qui réside dans le cœur de ceux qui vivent dans l’Éternel… Ceux qui vivent dans l’Éternel agissent ainsi car ils sont conscients, sans interruption, de la réalité sous-jacente et vivent dans cette conscience. Dans la mesure où chacun de nous devient conscient de manière semblable, dans la mesure où il y a le « pressentiment de l’immortalité », il y a la paix du cœur… Un sens de paix, de tranquillité… est la base de la rectitude et de la vertu.

Radha Burnier
Vérité, Beauté, Bonté