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Dans
son ouvrage, La Philosophie Éternelle, Aldous Huxley déclare
que « le bon est la conformité du soi séparé au
Fondement Divin qui lui donne l’être, et finalement son annihilation
en lui ; le mal est l’intensification de la séparativité,
le refus de savoir qu’existe le Fondement ». La bonté est
donc ce qui reflète, ou tend à refléter, la divinité profondément
enchâssée en nous. Cette divinité n’est ni la
vôtre ni la mienne, elle pénètre tout ce qui vit ou
existe et est par conséquent non séparable – un tout
indivis. Ainsi, la bonté ne peut pas exister quand nous nous considérons
et ressentons comme des individus séparés, des êtres
ayant une identité personnelle, un intérêt personnel
et des désirs égoïstes qui lui sont propres. Nous devenons
alors limités, souillés, et nous éprouvons des souffrances
venant de désirs insatisfaits d’argent, de renommée,
de position sociale, de reconnaissance de notre prétendue importance.
En outre, en essayant de réaliser nos désirs égoïstes
mesquins, nous blessons les autres de différentes façons – physiques, émotionnelles
et mentales, et nous souffrons alors à notre tour – tôt
ou tard. Ceci n’est pas une vie de bonté. Un
exemple élémentaire de bonté, que l’on
entend dans l’enfance, se réfère à l’histoire
d’un chien qui avait l’habitude de se coucher au milieu d’un
chemin menant à une école de garçons. Quand on demandait
au chien pourquoi il se mettait là, il répondait que c’était
pour faire la distinction entre les bons et les mauvais garçons.
Questionné là-dessus, il répliquait qu’un
bon garçon, en s’approchant, faisait un pas à droite
ou à gauche et passait ; le mauvais garçon lui donnait
un coup de pied et s’éloignait cyniquement. La
bonté ne juge pas une personne sur son aspect extérieur.
Dans une des Lettres des Mahatmas à A.P.Sinnett, le Mahatma écrit
: « Vous voyez seulement que Bennet n’a pas les mains lavées,
a les ongles sales et utilise un langage grossier… Il y a, mon
ami, une odeur morale comme il y a une odeur physique. La pulpe suave
de l’orange est sous la peau ». La
bonté se reflète dans la vie de nombreuses manières,
et même dans de nombreuses qualités. Le Cardinal Newman,
dans son essai Definition of a Gentleman, se réfère à quelques
unes de ces qualités ou attitudes dans la vie :
Quand il rend un service, il le fait légèrement, et semble
en recevoir alors qu’il en accorde. Il ne parle jamais de lui excepté quand
il y est contraint… il n’a pas d’oreille pour la calomnie
ou les commérages, est scrupuleux quand il attribue des motivations à ceux
qui abusent de lui, et interprète toute chose pour le mieux… Il
a trop de bon sens pour être outragé par les insultes, il
est aussi trop occupé pour se souvenir de ce qui l’a blessé et
trop indolent pour vouloir du mal. Dans
le verset ci-dessous, la Bhagavad-Gita fait allusion à un
aspect très profond de la bonté dans la vie :
Celui
qui, parvenu à l’Unité, M’adore,
Moi qui demeure dans toutes les créatures,
Ce Yogi vit en Moi, quel que soit son mode de vie.
(VI-31)
Une
relation correcte avec tout et tous est une qualité fondamentale
de la bonté dans la vie – relation avec la terre, l’eau,
l’air, les arbres, les animaux e les êtres humains. Cela
vient d’un sentiment constant d’harmonie et de respect pour
tout – car tout ce qui vit est sacré. En
voyageant par route ou par rail, on remarque souvent des collines qui
autrefois étaient belles avec une croissance luxuriante d’arbres
et de plantes, et maintenant paraissent pelées, nues et impitoyablement
endommagées, en raison de l’égoïsme des humains
et de leur avidité pour les minéraux, les pierres, le bois,
les eaux de ruissellement, etc. Les fleuves ont été pollués
par les eaux usées et autres déchets – même
les fleuves qui sont considérés comme sacrés par
ceux qui les polluent ! L’air que nous respirons est empoisonné par
les dégagements de gaz des véhicules et des usines. Nous
bafouons de façon très irrespectueuse la terre dont nous
vivons, et nous exploitons sa générosité à nos
fins égoïstes. Tout ceci n’est ni de l’harmonie
ni du respect de la Nature. Quant à nos relations avec les êtres humains, au lieu de
remarquer, d’apprécier et d’encourager les bonnes
qualités chez les autres, nos avons plutôt tendance à leur
trouver des défauts, à critiquer leurs insuffisances et
leurs erreurs et à désapprouver leurs méthodes de
travail et leurs points de vue, comme si nous étions nous-mêmes
des modèles de perfection. Dans ce processus, nous salissons leur
mental avec nos vilaines pensées et nous faisons aussi du mal à notre
propre mental, puisque c’est en lui que prennent naissance ces
odieuses pensées. On rappelle ici une affirmation profonde de
la Clef de la Théosophie qui dit que pour chaque fleur d’amour
et de charité que nous plantons dans le jardin de notre voisin,
une mauvaise graine disparaîtra du nôtre, car la bonté purifie
tout. Dans
une de ses dernières causeries, Krishnamurti fait allusion à la
bonté dans les termes suivants :
Il
y a un seul mouvement – les étoiles,
les cieux, la lune, le soleil, une énergie extraordinaire. Notre énergie
est très limitée. Pouvons-nous nous libérer de cette
limitation et faire partie de cet extraordinaire mouvement de la vie
?… C’est cela que j’appelle la bonté.
Un
scientifique connu écrivait il y a environ soixante dix ans
qu’il avait perçu une unité tellement frappante dans
tout l’univers, et un si haut degré de précision
dans le travail de la matière aussi bien non vivante que vivante,
qu’il était obligé de décrire l’univers
comme le résultat d’un dessein intelligent. Ce dessein,
si on peut ajouter quelque chose, est, dans notre contexte, l’évolution
spirituelle de l’humanité ou pour l’exprimer différemment,
la floraison de la bonté dans le genre humain. Les Sages ont mentionné de
nombreuses qualités constituant la bonté dans la vie, mais
il a aussi été ajouté qu’elles n’ont
pas besoin d’être cultivées individuellement, car
elles commencent toutes à se développer ou à croître
naturellement en celui qui essaie de comprendre sa propre nature, laquelle
est divine et par conséquent dépourvue de dualité.
On donne comme exemple un arbre avec de nombreuses branches jaillissant
d’un tronc unique, ou de nombreuses fleurs s’épanouissant
sur la tige d’une seule plante, avec une unique racine. La
compréhension de notre nature profonde vient de l’observation
de soi et de la vigilance. J.Krishnamurti a dit une fois : « Dans
l’art de voir réside le miracle de la transformation ».
Ramana Maharshi donnait un simple conseil – méditez sur « qui
suis-je ? ». Et la vigilance est importante car un petit écart
peut quelquefois ruiner la sadhana de toute une vie. D’où l’exhortation – restez éveillé,
restez toujours bien éveillé. Ajoutons
que la patience est aussi requise. « Le monde n’a
pas été fait entre deux moussons, mon bon ami », écrivait
le Mahatma quand Sinnett montrait de l’impatience à propos
de son progrès spirituel. On
peut finir par un conseil donné par le Bouddha, qui dépeint
admirablement la nature d’une vie que l’on voudrait mener
dans la bonté :
Je ne prononcerai aucun mot malfaisant
Je serai compatissant au bien-être des autres,
Avec un cœur bienveillant, sans ressentiment. Si
nous adoptons ce point de vue, nous répandrons sur le monde
des pensées aimantes, d’une grande portée, se propageant
largement, sans limites, dépourvues de haine, dépourvues
de mauvaise volonté, qui ainsi perdureront. C’est de cette
façon que nous devons nous entraîner.
Surendra
NARAYAN
The Theosophist - Juin 2004
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