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Psychisme
contre Spirituel Boris de Zirkoff
Aujourd'hui, alors
qu'une grande variété de pouvoirs psychiques,
et les conditions psychomentales associées, sont discutées
et pratiquées sur une échelle qui grandit sans cesse, un
examen attentif et intuitif de la situation s'impose à tous les étudiants
de la Sagesse Antique.
De temps en temps se manifeste, tant dans les discussions que par écrit,
ce qui semble une particulière confusion de pensée. Certains
se figurent à tort que l'intérêt pour les questions
psychiques de la part de la nouvelle génération, est, d'une
façon ou d'une autre, le signe d'une spiritualité croissante,
et que les diverses pratiques psychomentales, souvent couvertes du terme
de yoga, sont une marque certaine que ceux qui s'y adonnent ont déserté le
matérialisme et font leurs premiers pas dans la voie de la spiritualité.
C'est une illusion fâcheuse et une dangereuse confusion d'idées. Les pratiques psychiques quelles qu'elles soient s'occupent de la partie
kamapranique. Ce champ d'opération peut, dans certaines circonstances,
devenir plus matériel que ce qu'on appelle ordinairement la matière
ou la substance physique, et l'intérêt qu'on lui porte peut,
et souvent le fait, rendre la conscience humaine plus grossière,
plus personnelle et égoïste qu'auparavant.
Les questions psychiques n'ont rien à voir avec les questions spirituelles,
et l'homme psychique est au pôle opposé de l'homme spirituel,
bien qu'il nous faille ici nous servir de termes inappropriés faute
de meilleurs mots.
Le mot grec psyché dérive de la racine psychô, qui
signifie être glacé ou froid. Les Stoïques de Grèce
et de Rome indiquaient dans l'une des premières doctrines enseignées
dans les mystères grecs, que l'âme humaine, la psyché, était
ainsi appelée parce que par ses méfaits, en suivant de basses
attractions et en s'y asservissant, la partie inférieure de l'âme
humaine tombait dans les profondeurs de la matière froide et perdait
ainsi son feu (ou sa ferveur) spirituel, intrinsèque et inhérent.
Elle était gelée et son errance dans les domaines inférieurs
de la matière l'éloignait de plus en plus du Feu Central,
et de l'étincelle divine qui est le noyau de la partie spirituelle
de l'homme. Pourtant, dans la mesure où nous réussissons à entrer
en nous et à passer derrière ce voile psychologique intermédiaire
de conscience, nous devenons plus nobles et plus grands, et nous remontons
vers la chaleur de la flamme intérieure qui est notre véritable
demeure. La croissance spirituelle consiste en un changement graduel de la conscience
de l'homme vers l'universalité, elle est fondée sur une compréhension
toujours plus haute de l'éthique, et de sa pratique toujours plus
grande ; elle est intimement reliée à une sympathie à l'échelle
du monde, la bienveillance, un contrôle de soi rigide, l'aptitude à oublier
sa mesquine personnalité et à consacrer sa vie à quelque
fin noble, impersonnelle et universelle, l'élargissement des horizons
mentaux, et à la régénération de toute la nature
morale de l'homme à la lumière de la vraie philosophie, qui
est l'amour de la sagesse.
Ce sont cet état de conscience et ces objectifs spirituels qui étaient
connus dans les systèmes de pensée grecs comme noétiques,
terme dérivé de nous, qui, avec le mot voisin de pneuma,
désignait la partie bouddhimanasique de la constitution septénaire
de l'homme. Malheureusement ces termes ont cessé ultérieurement
de faire partie intégrante de nos modernes langages et se sont perdus
en même temps que les idées qu'ils recouvraient.
Les questions psychiques et l'intérêt qu'on leur porte sont naturellement,
en soi, un champ de recherches naturelles, et constituent une occupation parfaitement
légitime pour un savant à l'esprit large. De plus, si on considère
l'évolution naturelle de l'humanité actuelle, c'est un domaine
qui exigera d'être étudié de près, parce que des
personnes ayant des aptitudes psychiques naissent de plus en plus nombreuses
parmi nous. Mais il faut comprendre clairement que l'intérêt qu'on
porte à ces questions n'offre de sécurité que s'il a pour
arrière fond une doctrine profondément spirituelle (ou noétique),
telle que celle que fournit la Philosophie Esotérique. Sans celle-ci,
il risque de dégénérer très vite dans un grossier
matérialisme de caractère psychique conduisant souvent ceux qui
s'y adonnent à la folie ou au suicide.
Il est donc d'une importance primordiale, pour nous, étudiants de la
Sagesse Antique, de faire une différence claire entre le psychique et
le spirituel, et de le proclamer, dans notre action pour le bien des autres.
Pour le faire de manière convenable, il nous faut atteindre une compréhension
totale de la constitution septuple de l'homme, ce qui ne consiste sûrement
pas seulement à se familiariser avec les divers termes techniques -
sanscrits en général - adoptés dans la phraséologie
théosophique. Il est essentiel que nous saisissions bien la véritable
nature des divers niveaux de conscience et de substance dont nous sommes composés.
En termes de recherche scientifique moderne, on pourrait très bien en
parler comme fréquences d'énergie. Il faudrait bien marquer que
ces niveaux d'énergie s'interpénètrent - ce qui est une
importante clef dans le processus de compréhension de leur nature. Alors
qu'il est correct de parler de l'être humain comme d'une entité triple,
se manifestant sur les niveaux physique, psychique et spirituel, il ne faudrait
pas négliger le fait que chacun de ces niveaux est composite et qu'il
est aussi représenté à chacun des niveaux en série.
Beaucoup des énergies prétendues psychiques se manifestent parfois
au moyen d'organes physiques, et certaines des énergies spirituelles
peuvent se centrer aux niveaux supérieurs, plus éthérés,
de la nature psychique. C'est cette qualité complexe des divers niveaux
et leur interpénétration qui fait naître tant de confusion
et conduit à des résultats trompeurs.
Nous ne pourrons jamais trop insister sur le caractère composite de
l'homme, chez qui un certain nombre de centres de conscience, distincts mais
en relation mutuelle, sont à l'œuvre en même temps. C'est
ce fait qui explique mieux que toute autre chose, la fréquente dualité des êtres
humains, les motifs et les impulsions diamétralement opposés
qu'ils manifestent souvent, et les complexités déroutantes de
leur caractère. C'est l'unification ultime de toutes ces énergies
en un puissant courant de conscience qui fait de l'homme un être d'un
ordre tout à fait supérieur, dont les Adeptes et les Initiés
sont les vivants représentants.
Theosophia, automne 1971 Désire le pouvoir avec ardeur
... (mais) ce pouvoir que le disciple doit convoiter est celui qui
le fera paraître comme rien aux yeux des hommes.
La Lumière sur le Sentier |
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