Le Lotus Bleu

Un des articles du Lotus Bleu de l'été 2004


Radha BURNIER
Présidente de la Société Théosophique

Le journal Le Lotus Bleu est en vente par abonnement aux Éditions Adyar :
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Le chemin de la Soi-connaissance

       
 

Pour atteindre Nirvana, on doit atteindre la Soi-connaissance, et c’est d’actes aimables que la Soi-connaissance est fille. (1)

 
 
     

Madame Blavatsky, en l’honneur de qui cette conférence fut organisée, était, selon ses instructeurs, « une femme d’un talent merveilleux et exceptionnel ». Elle était douée non seulement de ce qui apparaît comme un talent aux yeux du monde, ce qui est, avec des capacités et le génie intellectuel, d’une nature extraordinaire, mais aussi d’une perception pénétrante, lui permettant de voir à travers les vérités cachées de la nature et de la vie. En hommage et par gratitude envers elle, nous allons chercher ici à comprendre le problème de l’enchaînement de l’homme et de sa libération, un problème sur lequel elle a versé beaucoup de lumière, mais que chaque individu doit comprendre et aplanir par son propre effort, bien qu’il soit aidé par des guides plus éclairés.
H.P.B. déclare sans hésitation, que bien que la Théosophie ne soit pas une religion, elle est la Religion elle-même. Elle est la Religion-Sagesse, la source dans laquelle se trouve l’origine de toutes les religions véritables enseignées dans le monde. C’est la “Sagesse Divine telle celle que possèdent les Dieux” (2). C’est un dévoilement des anciennes, très anciennes vérités. Bien qu’elle soit propagée sous diverses formes, elle demeure cependant la sagesse secrète ou la doctrine secrète connue dans l’Inde antique sous le nom de Gupta Vidya, car son essence est incommunicable, puisqu’elle est une soi-révélation, un rayonnement continu des énergies qui, jusque-là, étaient latentes. “L’illumination doit venir de l’intérieur” (3).
Selon les termes d’H.P.B., “une religion dans le sens véritable et correct, est un lien qui unit tous les hommes et non pas un ensemble particulier de dogmes et de croyances. La religion, per se, dans son sens le plus large est ce qui lie non seulement les hommes, mais également tous les êtres et toutes les choses dans l’Univers entier en un seul grand tout”(4). C’est un lien d’unité embrassant tout, si universel que personne, ni aucun grain de poussière - depuis les dieux, les mortels jusqu’aux animaux, aux brins d’herbe et aux atomes - ne peut être en dehors de sa lumière. Sur la vérité d’une telle Religion-Sagesse, connue autrement comme la Théosophie, est fondé le premier but de la Société Théosophique qui cherche à promouvoir une fraternité universelle sans aucune exception. La fraternité universelle visée par la Société Théosophique ne peut être une fraternité sans vigueur, un rassemblement de personnes à un niveau externe, ni un désir d’apporter une meilleure relation sociale. Elle doit être enracinée plus profondément et doit conduire tous ceux qui acceptent les buts de la Société vers une réalisation toujours plus ferme de cet Être Unique qui est le principe donnant la vie à tous, étant le lien d’unité entre eux. La fraternité universelle devrait avoir une qualité et un pouvoir “générateurs pratiques”, si elle est d’une valeur réelle.

CONNAÎTRE PAR L’EXPÉRIENCE
PERSONNELLE

Des étudiants sérieux de la Théosophie doivent souhaiter faire plus que d’étudier théoriquement les vérités qui sont enseignées dans la littérature théosophique. Ils doivent s’efforcer de connaître la vérité par leur propre expérience personnelle concernant l’acquisition de la sagesse et de l’énergie nécessaire afin d’aider les autres de manière efficace et judicieuse, au lieu de le faire aveuglément et au hasard (5). C’est seulement dans la mesure où la vérité fondamentale de l’Existence Unique Invisible est graduellement réalisée par l’étude de ce que nous appelons Théosophie, qu’elle est réellement la Théosophie. La spéculation purement intellectuelle, la simple argumentation sur les sujets cosmologiques et anthropologiques, ainsi que la compréhension uniquement conceptuelle des divers détails contenus dans l’importante littérature théosophique mise à notre dispo-sition n’est pas connaître la Théosophie. “La reconnaissance des étapes les plus élevées de l’homme sur cette planète n’est pas atteinte par la simple acquisition du savoir. Des volumes d’informations parfaitement construites ne peuvent révéler à l’homme la vie dans des régions supérieures. Nous devons avoir une connaissance des faits spirituels par l’expérience personnelle” (6). Le mot “supérieur” signifie spirituellement plus parfait, comme l’auteur du passage l’a montré ailleurs.
Comme il est dit dans la brochure intitulée “Comment étudier la Théosophie selon Madame Blavatsky” : “Il est plus qu’inutile d’aller vers ceux que nous imaginons être des étudiants avancés et de leur demander de nous donner une interprétation de la Doctrine Secrète. Ils ne peuvent le faire. S’ils essaient de le faire, tout ce qu’ils donnent ne sont que versions exotériques découpées et desséchées qui ne ressemblent pas à la Vérité, même de manière lointaine. Accepter une telle interprétation signifie nous ancrer dans des idées fixes, alors que la Vérité s’étend au-delà de toutes idées que nous puissions formuler ou exprimer”. Les interprétations exotériques peuvent être utiles si elles sont considérées comme de simples indications et rien de plus. “Si quelqu’un s’imagine avoir une image satisfai-sante de la constitution de l’Univers dans La Doctrine Secrète, il aura seulement de la confusion en l’étudiant. Elle n’est pas destinée à donner un sens définitif quel qu’il soit à l’existence, mais à nous conduire vers la Vérité”.
H.P.B. indique qu’en étudiant La Doctrine Secrète - on pourrait aussi bien dire en étudiant la Théosophie - l’esprit doit être fermement attaché à certaines vérités fondamentales dont la première, selon elle, est l’Unité fondamentale de l’Existence en tant que Tout. En s’attachant à cette vérité, à quelque niveau que ce soit, pendant l’étude, pendant la vie et pendant l’action, une attention religieuse apparaît, attention qui doit être le commencement de la véritable connaissance théosophique. “L’Esprit ou la Vie est indivisible”(7). “Chaque molécule est une partie de la vie universelle” (8). L’orientation vers l’Invisible Un et l’aperçu intuitif sur la vérité de l’Un, sont l’attention religieuse. La Théosophie elle-même n’étant autre que la Religion dans le sens le plus vrai du mot, son étude doit amener à une telle attention religieuse. Nous pouvons rappeler ici cette déclaration pleine de sens et d’une grande portée, que le premier pas est le dernier pas (9). Il se peut que ceci soit interprété comme signifiant, entre autres, que si l’on voulait avancer dans une certaine direction, même le premier pas devrait être fait dans cette direction et non pas dans la direction opposée. La direction opposée ne pourrait conduire que vers la contre- vérité. Par conséquent, si la Religion-Sagesse est ce que nous cherchons à réaliser, dès le commencement de nos études, notre vie et nos actions doivent être d’une nature telle que, venant d’elles, s’élève le sens de quelque chose de religieux qui nous emporte dans la bonne direction.
H.P.B. explique la vérité de l’unité comme suit “Cette unité est une chose totalement différente de la notion habituelle de l’unité - comme lorsque nous disons qu’une nation, ou une armée, est unie... - l’existence est Une, non pas une collection de choses liées ensemble. Fondamentalement, il y a l’Être Unique, l’Être Absolu, il n’y a rien d’autre en dehors de Lui. Il est Tout-Êtreté. II est indivisible, sinon Il ne serait pas absolu. Si une partie pouvait se séparer, ce qui demeurerait ne pourrait être absolu, parce que s’élèverait immédiatement la question de comparaison entre cela et la partie séparée. La comparaison est incompatible avec toute idée de l’absolu (10)”.

LA SOUFFRANCE ET LE MAL

La Katha Upanishad, une œuvre ancienne, affirme que celui qui ne voit que diversité ici (c’est à dire dans la création) va de la mort à la mort. Il est absolument nécessaire de dire que c’est en voyant la diversité que l’homme engendre pour lui-même la souffrance. En séparant le “moi” du “toi” et des autres, il passe sa vie en compétitions, en conflits, en tentatives infructueuses de devenir plus - plus puissant, plus important, plus reconnu, ainsi de suite. Parce que les yeux de l’homme n’ont pas encore été illuminés par la perception religieuse, la nature humaine et la vie humaine sont restées les mêmes pendant des millions d’années. Montrant ceci, un sage écrit : ”C’est la même chose maintenant qu’il y a un million d’années. Des préjugés fondés sur l’égoïsme, une absence totale de la volonté d’abandonner l’ordre établi des choses pour de nouveaux modes de vie et de pensée... L’orgueil et la résistance obstinée vis-à-vis de la Vérité parce que cette dernière ne fait que bouleverser leurs précédentes notions des choses. Telles sont les caractéristiques de votre époque. (11)” Toutes les sociétés humaines, structurées comme elles le sont par la pensée, incitent et soutiennent ces émotions, ces pensées, ces théories et ces actions qui conduisent à la séparation toujours croissante et en conséquence à de plus en plus de souffrance. La souffrance et le mal sont les produits jumeaux de la contre-vérité de l’esprit divisé et diviseur de l’homme.
La souffrance et le mal n’existent tous deux que dans la sphère d’existence humaine. Bien que les animaux souffrent - et malheureusement ils souffrent d’atroces tortures provenant de la cruauté humaine - ils n’ont pas à endurer la souffrance, qui est le lot des humains uniquement, car la souffrance vient du mental. La souffrance est une partie de l’assujettissement du mental au passé. Elle est le souvenir des expériences passées et la projection d’événements futurs et elle est la soi-conscience de ses propres conditions. Le mal non plus n’existe pas en dehors de la sphère humaine. La Nature ne contient pas le mal. Un tigre se jetant sur un cerf agit selon sa nature, inconsciemment et innocem-ment, libre du mal. Mais doté du mental et de la capacité de penser au sujet du bien et du mal, l’être humain invente le mal, s’étant écarté de sa propre nature et ayant perdu son innocence et sa spontanéité. Tout ce que nous considérons comme le mal est uniquement le résultat de l’action humaine. “Le véritable mal provient de l’intelligence humaine et son origine demeure entièrement dans l’homme raisonnant qui se dissocie lui-même de la Nature. Ainsi l’humanité seule est la véritable source du mal (12)”.

LA SAGESSE EST “PRATIQUE”

La pureté est reconquise quand l’action naît d’une attention religieuse dans laquelle il n’y a pas de séparation entre le “moi” et les autres. La sagesse consiste en une telle action. La sagesse est dans tous ses aspects, différente du savoir. Le savoir, dans le sens ordinaire du mot, est la connaissance des faits. C’est une accumulation d’informations. II n’exige pas que l’action s’accorde aux faits ou aux informations connus. La sagesse est d’un caractère tout à fait différent, car elle ne peut exister sans se traduire en qualité de relation et d’action. Par conséquent, la sagesse est toujours “pratique”. S’il y a divergence, que ce soit entre la pensée et l’action ou entre la théorie et la pratique, la sagesse est absente. Une telle divergence est un déni à la vérité. La Théosophie, étant la Religion-Sagesse, exige qu’il y ait une progression continue dans la suppression de l’abîme qui existe entre la pensée, la théorie d’une part et l’action et la relation d’autre part. L’étude théosophique n’est valable que si elle comble vraiment cet abîme.
L’étude théosophique implique que les contacts et les relations avec le monde à tous les niveaux doivent nous conduire plus près de la réalisation de l’indivisibilité de l’être. La manifestation dans la création d’innom-brables formes d’une incompréhensible diversité a un but et elle est une partie du plan. La diversité emprisonne l’esprit humain dans l’illusion, la souffrance, le mal, quand elle conduit à la compétition et à la lutte. Mais quand elle est vue avec une vision éclairée, elle peut élever l’esprit vers le silence et la réflexion. Par l’observation de l’incroyable diversité, l’attention naît de l’unité sous-jacente, de l’unicité de l’énergie qui vit et se meut dans les formes, plus fortement que cela n’était possible pour la conscience primordiale qui ne s’était jamais déplacée parmi la multitude. Les formes naissent et se dissolvent jour après jour, heure après heure, dans le flux ininterrompu du changement. Celui que l’on appelle le “premier entre les hommes”, le seigneur Bouddha, enseigne que tout objet composé doit être décomposé. Il n’y a pas d’exception à ceci. Toutes les formes, si belles et si nobles soient-elles, doivent changer. Tous les systèmes, toutes les civilisations, tous les objets extérieurs doivent périr et apparaîtront de nouveau. “Qu’est-ce que la vie objective elle-même sinon un panorama d’irréalités évidentes ! (13)”. L’étudiant doit observer cela, y réfléchir et, par l’observation con-templative du monde phénoménal des objets, être conscient de l’énergie trans-phénoménale de la vie, “qui ne peut être vue ni entendue, ni sentie, mais qui est perçue par l’homme qui désire la perception. “Les scien-tifiques savent que si la matière est destructible et change de formes, l’énergie, elle, demeure. Les théoso-phes apprennent que toutes les formes sont muables et composées, mais qu’il y a dans le domaine invisible, quoique perceptible, l’immuable et le non-composé. La vie quotidienne qui se passe sans observation calme, sans longue réflexion sur tout ce qui se déroule dans le monde, observation qui révèle les signes de l’existence une et immortelle sous-jacente, est un état de cécité, ce que les Upanishads appellent l’état de mort. L’immortalité est seulement, pour celui qui n’est aveuglé ni par la fluctuation des phénomènes ni par la diversité des formes, mais qui se laisse devenir de plus en plus sensible à l’essence intérieure.

PRESSENTIR L’UNITÉ DANS LA NATURE

La compréhension de la Théosophie exige aussi que l’on observe non seulement les formes et les phénomènes du monde concret et grossier, mais aussi les mouvements et les activités dans le monde psychologique par lequel l’homme est lié et conditionné. La Lumière sur le Sentier enseigne ceci : ”Observe avec attention toute la vie qui t’environne. Apprends à lire avec intelligence dans le cœur des hommes. Observe avec une attention suprême ton propre cœur”. A ces mots sont ajoutés ces commentaires : “Étudie le cœur humain, afin de comprendre ce qu’est le monde dans lequel tu vis et dont tu fais partie. Observe la vie sans cesse changeante et mouvante qui t’entoure, car elle est constituée par les cœurs des hommes et à mesure que tu comprendras leur constitution et leur signification, tu deviendras capable par degrés, de percevoir le sens le plus large de la vie”. Ici également, l’étude de l’esprit et du cœur hu-main doit conduire non à une plus grande division mais vers la perception de l’unité dans la nature humaine.
En observant les comportements du mental, il est facile de montrer la boue et la lie chez d’autres en disant :”Il est mauvais” ou “il est méchant”. Se regardant soi-même, la description procède par les mots opposés, trouvant toujours quelque chose d’admirable, digne de respect et de reconnaissance. Ainsi, le processus de la division continue et l’aggravation du mal arrive dans le monde, car le monde entier agit ainsi et n’agit que de cette manière. Les nombreuses guerres de classes, de races, de religions, de familles, etc... se sont déclenchées par suite d’affirmations telles que “vous êtes cela” et “je suis ceci”. Le fait que l’homme pense en de tels termes, toujours facteurs de division et de séparation, montre de manière claire et simple à l’homme réfléchi, que le mental humain est le même dans tous, car partout il divise. La nature même de ce mental que nous partageons tous et qui appartient à tous, est telle qu’il fonctionne par des distinctions. Il crée l’image du “je”, construite à partir de nombreuses descriptions que l’on s’est données, fondées sur des mémoires du passé et sur l’identification soiconsciente de ces mémoires en un fil imaginaire unique. Comme l’a montré H.P.B. dans La Clef de la Théosophie, « M. Smith signifie en fait la longue série d’expériences quotidiennes rassemblées sur le fil de la mémoire, formant ce que M. Smith appelle ‘luimême’ », ce paquet d’expériences est ce que l’étude théosophique permet de réaliser, non seulement d’en parler, mais d’en prendre conscience comme de la fausse personnalité. “La perception consciente de sa personnalité sur terre n’est qu’un rêve évanescent” (14). La claire découverte que chaque personne s’attribue une fausse personnalité prise pour le vrai soi, s’accompagne de la connaissance qu’au niveau du mental aussi, il y a unité, parce qu’on a pu constater que n’importe où le mental agit, il agit de sa propre manière. Par conséquent, H.P.B. dit qu’il n’y a rien qui soit “ton mental” ou “mon mental”; il y a seulement le mental. Observer attentivement les cœurs des hommes et également son propre cœur, c’est voir l’illusion dans laquelle on est conduit par cette habitude perpétuelle de décrire, de nommer, de tirer des conclusions sur sa propre nature et celle des autres.
Selon l’enseignement de H.P.B., “l’homme est un microcosme. Puisqu’il est ainsi, toutes les hiérarchies des cieux existent en lui. Mais en vérité, il n’y a ni microcosme, ni macrocosme, mais l’Existence-Une. Grand et petit ne sont ainsi vus que par une conscience limitée” (15). Cette Existence-Une “transcende le pouvoir de la conception humaine. Elle ne peut être que diminuée par toute expression humaine ou toute similitude. Elle est au-delà du domaine de la pensée, et hors de sa portée”. Selon les termes de la Mandukya Upanishad, “Elle est inimaginable et indicible”(16). La Sagesse ou Théosophie est une attention religieuse, comme nous l’avons dit. Elle naît quand il y a la perception, même faible, que partout, dans toutes choses, l’Existence-Une est omniprésente. Nommer, décrire ses nombreuses manifestations, former des conclusions qui ne peuvent être que défectueuses parce qu’elles appartiennent à la pensée, c’est se ligoter dans un état d’illusion. L’étudiant véritable en Théosophie apprend à observer et à comprendre sans nommer, sans prétendre qu’il sait. Son observation conduit à reconnaître qu’essentiellement le mental humain est le même ; alors, apparaît une prise de conscience de l’unité.
Le progrès en Théosophie est le voyage de l’irréel au réel, de l’obscurité à la lumière, de la mort à l’immortalité. Le commencement de ce progrès se trouve dans la compréhension du fait que l’infini ne peut être connu par le fini. L’impérissable ne peut être trouvé par l’évolution dans le périssable et le composé. L’étude de la Théosophie dans le vrai sens, ce n’est pas seulement l’étude de la littérature théosophique ; c’est l’étude du livre de la vie, l’observation de la nature humaine, la contemplation de la Nature et des phénomènes du monde créé, de telle manière qu’il y ait un pressentiment de l’Existence-Une. Dans l’une des Upanishads, il est dit que la concentration, ou Dharana, est le flux constant du mental vers l’Unique. Il y a cet abandon de toute pensée qui sépare. Toute pensée, toute perception convergent dans un mouvement de la conscience se déversant dans le torrent de l’Unique, alors c’est Dharana.
La vie théosophique est ainsi une croissance natu-relle vers l’altruisme. La sagesse ne peut être obtenue par quiconque n’a pas l’amour de l’humanité, pour mieux dire, de toute la vie, dans son cœur. “As-tu accordé ton être à la grande douleur de l’humanité, 0 candidat à la lumière ? Tu l’as fait ? Alors, tu peux entrer”. Ainsi parle La Voix du Silence. L’amour ne peut pas naître dans un mental qui ne voit que la diversité. C’est seulement quand le mental a quelques aperçus de l’unité qu’il commence à se soucier. Alors il ne pourra se reposer tant qu’il n’aura pas trouvé la solution à la souffrance. Prendre conscience que la souffrance et le mal ne reposent ni sur les circonstances ni sur le cours de l’histoire, mais dans le mental humain et dans l’action humaine, conduit logiquement à l’investigation sur la structure et la source de la souffrance et du mal dans la psychologie de l’homme.
Le Seigneur Bouddha enseigne que la première vérité est la prise de conscience de la souffrance, et que l’examen de la racine profonde de la souffrance est le pas suivant. Ici commence ce travail de l’acquisition de la soi-connaissance. Elle est grandement différente de la recherche du soulagement aux difficultés personnelles. Un tel soulagement ne peut être obtenu, car là où il y a une fin égoïste, il ne peut y avoir sagesse, et sans sagesse il n’y a pas de soulagement. “L’aspiration la plus élevée pour le bien être de l’humanité se souille d’égoïsme si, dans l’esprit du philanthrope, se cache encore une ombre de désir d’un bénéfice personnel ou une tendance à l’injustice, même si cellesci existent inconsciemment pour lui... Ceci ne marchera jamais” (17). Ceci ne marchera jamais car seuls ceux qui ont une “faim non-égoïste” à son égard obtiennent la sagesse. (A suivre)

Radha Burnier
Blavatsky Lecture, 26 mai 1979


RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES

1. H.P. Blavatsky, La Voix du Silence
2. H.P.B., La Clef de la Théosophie
3. Les Lettres des Mahatmas à A.P. Sinnett, n°49
4. Lucifer, Vol. 3
5. H.P.B. La Clef de la Théosophie
6. Les Lettres des Mahatmas à A.P. Sinnet, n°11
7. Ibid., n°13
8. Ibid., n°14
9. J. Krishnamurti
10. Comment étudier la Théosophie selon Mme Blavatsky
11. Les Lettres des Mahatmas à A.P. Sinnet, n°1
12. Ibid., n°10
13. Ibid., n°16
14. Ibid., n°16
15. Comment étudier la Théosophie selon Mme Blavatsky
16. H.P.B. La Doctrine Secrète
17. Les Lettres des Mahatmas à A.P. Sinnet, n°2