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Théosophie,
hier, aujourd’hui et
demain
Le
titre de cette causerie peut sembler ambitieux. En effet, il pourrait
ressembler à celui d’une causerie faite par un spécialiste
de la physique théorique qui aurait annoncé comme thèse :
« L’Univers et autres sujets ». Cependant,
je ne me propose pas de parler de l’univers théosophique
dans son ensemble, mais plutôt seulement d’une petite partie
de cet univers, c’est-à-dire de quelques réflexions
sur nos origines et de quelques spéculations sur le futur de la
Société Théosophique. Pour examiner le futur, comme
Alfred Lord Tennyson l’aurait fait dans son poème « Locksley
Hall », on doit d’abord tenir compte de nos origines
et de là où nous sommes aujourd’hui. D’où
mon titre. Tennyson écrivait au sujet de ses jeunes années :
Ainsi, je suggère que, jetant d’abord un regard sur le riche
passé théosophique qui repose derrière nous, et ne
nous attachant que légèrement à la promesse de notre
présent, nous plongions aussi loin que possible dans le futur pour
avoir une vision du merveilleux qui pourrait être réservé
à la Théosophie et à la Société
Premièrement, le riche passé. Les limites de notre regard
sur les siècles passés de la Théosophie dépendent
en partie de ce que nous entendons par le mot « Théosophie ».
Il a plusieurs significations parmi lesquelles, pour le propos d’aujourd’hui,
deux seulement nous intéressent.
La première d’entre elles pourrait s’appeler « la
Théosophie éternelle ». C’est une reconnaissance
des choses telles qu’elles sont. « Reconnaître »
une chose, c’est la connaître à nouveau – la
« re-connaître », c’est-à-dire
connaître une chose que nous avons connue auparavant. Platon disait
que toute vrai connaissance est anamnesis – « se rappeler
ce qu’on a oublié ». En tant que Monade, nous
connaissons tout ce qui vaut la peine d’être connu ;
mais comme personnalités individuelles, nous avons tout oublié.
Ainsi, nous devons le re-connaître, ou reconnaître.
Reconnaître, c’est aussi accepter quelque chose comme authentique
et valable. Une fois que nous aurons re-connu les choses comme elles sont,
nous les accepterons inévitablement comme authentique, car seul
le Réel est authentique et valable. La Bhagavadgita (XVII.23-7)
a un mantra « Om tat sat » qu’elle dit être
le commencement, le développement et la résolution de toutes
choses – c’est-à-dire l’hier, l’aujourd’hui
et le demain de toutes choses.
Comme
la plupart des mantras, il est difficile de le traduire dans une autre
langue. Om est plein de significations symboliques, mais n’a aucun
sens cognitif. Tat est le pronom démonstratif « cela ».
Et Sat est le participe présent du verbe « être »,
c’est-à-dire « étant ». Ainsi
une traduction possible du mantra serait « Om cela étant ».
Mais ce mantra indique des choses qui sont trop profondes pour être
exprimées par des mots. Comme je l’ai mentionné dans
un autre contexte dans la revue The Theosophist , un linguiste écossais,
Tom Mc Arthur, éditeur de la revue English Today, qui a aussi écrit
un excellent commentaire de la Gita, a proposé une traduction anglaise
qui, je pense, saisit son esprit aussi bien qu’une traduction puisse
le faire. Il traduit Om tat sat par « Bien, c’est ainsi
que cela est ».
« Ainsi, cela est » c’est ce que la Théosophie
éternelle reconnaît comme authentique et valable. Parce que
la façon dont les choses sont est une vérité éternelle ;
la Théosophie éternelle est la même hier, aujourd’hui
et demain. Mais si nous devons parler de Théosophie, nous devons
le faire dans le temps, et nous ne pouvons pas parler des vérités
éternelles directement, mais seulement indirectement, dans le langage
d’une époque, d’un lieu et d’une culture particuliers.
Ainsi, nos efforts pour mettre en mots la Théosophie éternelle
donnent naissance à des formulations limitées temporairement,
localement et culturellement. Nous pourrions appeler de telles formulations
« La Théosophie temporelle ».
La
Théosophie temporelle est une description de la façon dont
les choses sont qui dépend, pour communiquer une vérité
éternelle, des habituels modèles de pensée, sentiments,
idiomes et caractéristiques d’une culture particulière.
Le riche passé a produit beaucoup de théosophies temporelles,
quelques-unes vraiment appelées « Théosophie »,
mais la plupart connues sous d’autres noms. En Chine, il y eut la
« Voie des Sages » ; chez les Juifs, la « Kabbale » ;
chez les Musulmans, le « Soufisme » ;
en Inde, « Brahmavidya » (les deux parties de ce
mot sont des équivalents étroits du terme « Théosophie »
- Brahma « theos » et vidya « sophia »).
Dans l’ancienne Alexandrie, les enseignements des Néoplatoniciens
ont donné naissance au terme « Théosophie ».
Le mystique allemand, Jacob Boehme, enseignait une sorte de Théosophie,
comme le fit plus tard le mystique suédois, Emmanuel Swedenborg.
Et il y en eut plusieurs autres. Mais la Théosophie temporelle
associée le plus souvent au mot « Théosophie »
est la façon de regarder les choses proposée par la Société
Théosophique, et par conséquent, nous pouvons l’appeler
la « Théosophie contemporaine ».
Toutefois,
même la Théosophie contemporaine n’est pas une seule
chose, mais une série de variations d’époque, commençant
avec H.P. Blavatsky et Henri S. Olcott, et continuant avec la seconde
génération de Besant, Leadbeater, Jinarajadasa, et après
eux jusqu’à nos jours. Tout ce qui est vivant croît
et se développe. Seules les formes mortes semblent relativement
non-changeantes, mais elles aussi changent en pourrissant et en disparaissant.
Être vivant, c’est changer. Ainsi, la Théosophie contemporaine
s’est développée au fil des années.
Sa vie, H.P.B. a modifié l’emphase qu’elle mettait
sur différents aspects de la Théosophie et la façon
dont elle en parlait. Ceci est clair, par exemple, pour ce qu’elle
a écrit au sujet des sept principes de l’homme, entre le
moment où il y était fait allusion dans quelques-unes des
Lettres de ses Maîtres spirituels et la fin de sa vie. Les sept
principes classiques, Sthula sarira, Linga sarira, Prana, Kama, Manas,
Buddhi et Atma, sont devenus, à l’époque des instructions
ésotériques d’H.P.B., Linga sarira, Prana, Kama, mental
inférieur, mental supérieur, enveloppe aurique et Buddhi.
Ils sont restés au nombre de sept, mais deux ont été
abandonnés, un a été doublé, et un ajouté.
Le principe général est resté le même, mais
les principes spécifiques ont changé.
L’histoire théosophique, comme la plupart des historiens,
a été enregistrée comme une chronique d’événements
et de personnes. Il y a toutefois une autre sorte de compte-rendu de la
Théosophie, connue comme une histoire intellectuelle ou l’histoire
des idées, qui n’a guère été écrite.
Et, parce qu’il y a si peu de tels écrits pour la Théosophie
contemporaine, tout ce qu’on peut faire ici est une ébauche
très grossière, incomplète et terriblement inadéquate,
du développement de la pensée théosophique à
l’époque récente.
Déjà, pendant la première génération
de théosophes, deux approches de la pensée théosophique
étaient apparentes : la comparative et l’ésotérique.
L’approche comparative cherchait à identifier les points
communs dans la pensée religieuse et philosophique au travers de
nombreuses cultures. L’approche ésotérique cherchait
à exprimer une tradition cachée de la vision, qui aurait
été autrement inexprimée. Bien que les deux approches
aient été souvent suivies par les mêmes personnes,
l’approche comparative a été spécialement identifiée
au Colonel Olcott, tandis que l’approche ésotérique
l’a été à Madame Blavatsky.
Le travail d’Olcott, dans le réveil du Bouddhisme, est bien
connu et a largement servi de référence à un chercheur
non théosophe, Stephen Prothero, dans sa thèse doctorale
publiée sous le titre The White Buddhist , ainsi qu’au
chercheur théosophe, le Dr C.V. Agarwal, dans son étude
des Mouvements Bouddhistes et Théosophiques. Mais Olcott fut aussi
une figure-clé dans le réveil du Zoroastrisme qui considérait
l’ancienne foi de la Perse d’un point de vue théosophique.
Une édition complète des écrits d’Olcott, dont
on a grand besoin, montrerait à quel point ses intérêts
furent nombreux et variés, et son influence largement ressentie.
Toutefois, Madame Blavatsky est la source de la pensée théosophique
contemporaine. A peu près toute la Théosophie contemporaine
a été développée à partir de ses volumineux
écrits. Ces écrits sont riches d’informations et de
visions, mais sont mal organisés. Ils inspirent et interpellent,
mais embrouillent. Ils contiennent un niveau profond de connaissance ésotérique,
mais sont impénétrables dans leur prolixité pour
de nombreux lecteurs. Ils sont hautement appréciés par les
théosophes, mais souvent très mal compris, même par
ceux-ci. Le poète du XVIIème siècle, John Dryden
disait, à propos de The Canterbury Tales de Geoffrey Chaucer, qui
décrit tous les niveaux de la société anglaise et
tous les aspects de la vie humaine, « Ici, c’est tout
Dieu ». De même, pouvons-nous dire de l’œuvre
de Blavastky, « Ici, c’est tout Parabrahm ».
Toute la Théosophie contemporaine est là, du moins en germe,
et plus encore.
Les deux approches de la pensée théosophique, associées
respectivement à Olcott et Blavatsky, se reflètent dans
le deuxième et le troisième buts de la Société
Théosophique. Le deuxième but est : « Encourager
l’étude comparée des religions, des philosophies et
des sciences. » On peut prétendre que le mot « comparée »
ne va pas seulement avec la religion, mais avec les trois sujets d’étude :
religion, philosophie et science. Ainsi, c’est l’étude
des trois qui est comparée, le troisième but, par contre,
est ésotérique : « Étudier les lois
inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents dans l’homme. »
L’inexpliqué et le latent sont des sujets ésotériques
et, en effet, à un moment de l’évolution de la formulation
des buts, le troisième fut associé particulièrement
avec l’École Ésotérique.
Il faut remarquer que les deux approches, la comparative et l’ésotérique,
sont subordonnées au premier et principal but : « Former
un noyau de la Fraternité Universelle de l’Humanité ».
Le deuxième et le troisième buts répondent surtout
aux intérêts des premiers membres de la Société
– ceux qui voulaient étudier les cultures anciennes (et pour
eux exotériques), et ceux qui voulaient explorer le côté
intérieur des choses. Le premier but est le seul que les vrais
Fondateurs spirituels désiraient que nous poursuivions. A leurs
yeux, le deuxième et le troisième buts semblaient être
essentiellement des moyens pour une fin, le premier but étant cette
fin elle-même.
L’histoire du panorama théosophique mondial, après
les géants de la première génération, a eu
tendance à fusionner en une seule les deux approches, comparative
et ésotérique, mais elles sont encore reconnaissables, même
de nos jours. Entre parenthèses, « génération »
dans ce contexte fait référence non à des personnes
mais plutôt aux stades par lesquels la Théosophie contemporaine
s’est articulée au long des décennies depuis la fondation
de la Société. Nous avons encore avec nous aujourd’hui
des représentants de toutes les générations :
ceux qui voudraient étudier seulement les œuvres de la première
génération (et souvent seulement une partie de ces œuvres),
ceux qui étudient seulement les œuvres de la deuxième
génération, et ceux qui apprécient les œuvres
de toutes les générations, mais qui savent que tout ce qui
est fait de main d’homme est sujet au changement.
La note tonique de la deuxième génération, après
le « tout Parabrahm » de Madame Blavatsky, était
la simplicité. Besant et Leadbeater ont essayé d’énoncer
de façon claire, cohérente et inclusive, la vision théosophique
des choses. Leur idéal était en fait celui d’une théorie
scientifique : que la vision théosophique des choses devait
être énoncée de façon logique (sans aucune
contradiction interne), adéquate (sans omettre aucune partie significative
de notre expérience du monde) et simple (sans détails ou
complexités inutiles). Être logique, adéquat et simple
n’était pas les qualités pour lesquelles Madame Blavatsky
s’était battue. Ses grandes qualités furent d’un
tout autre ordre. Pourtant, l’une des diverses raisons de la très
grande expansion de la Société au milieu des années
vingt fut l’attrait éprouvé par de nombreuses personnes
pour la formulation claire et convaincante de la vision théosophique
du monde de la deuxième génération.
Après
la deuxième génération, une diversité de vue
commença à se manifester. Nous sommes peut-être toujours
dans la troisième génération, c’est pourquoi
il est plus difficile de l’examiner historiquement. Néanmoins,
certains courants sont identifiables. L’un d’eux est associé
particulièrement avec I.K. Taimni, qui a combiné les approches
comparative et ésotérique dans ses études des différentes
formes hindoues de spiritualité et qui a basé ces études
sur une articulation de la Théosophie essentiellement de deuxième
génération. Un autre courant est associé particulièrement
à Sri Ram dont on peut dire qu’il a insisté davantage
sur le premier but que sur le deuxième et le troisième.
L’articulation de la Théosophie selon Sri Ram mettait l’accent
sur la pratique, la transformation et l’éthique. Il a surtout
souligné la nécessité pour chacun de faire un examen
indépendant de toutes choses, incluant les enseignements théosophiques,
plutôt que de se contenter d’accepter ce qui a été
dit.
Qu’en est-il du présent ? Le rapport annuel de la Présidente
à la Convention de 2003 donne une vue d’ensemble de la Société
Théosophique d’aujourd’hui aussi bonne que nous puissions
l’espérer. En parlant du présent, nous essayons d’avancer
dans le fleuve d’Héraclite. Nous ne pouvons pas marcher dans
le même fleuve, même une seule fois, parce que le fleuve est
toujours en train de couler, et lorsque nous y faisons un pas, il change.
Le présent est une ligne imaginaire séparant le passé
du futur. C’est un point évanescent sur une partie du continuum
de la durée. C’est simplement le passé le plus récent
et le futur le plus proche. Tournons-nous donc vers le futur.
Au moment où nous plongeons dans le futur, aussi loin que nos yeux
puissent voir, nous pouvons être sûrs d’une chose :
la Théosophie continuera. Si nous tous et tous ceux qui connaissent
la Théosophie devaient mourir, si tous les livres de toutes les
bibliothèques du monde devaient brûler cette nuit, la Théosophie
ne disparaîtrait pas du monde. Elle réapparaîtrait
demain, parce que les vérités sont enchâssées
dans l’esprit et le cœur humains. Ces vérités
peuvent être exprimées sous différentes formes à
des époques différentes, mais elles sont archétypales
et éternelles.
Toutes les organisations humaines vont et viennent. Cependant, la Société
Théosophique continuera certainement longtemps dans le futur, car
son travail n’est pas encore achevé. Je ne citerai que quelques
points à ce sujet. Ces points ne sont pas des prédictions
mais des propositions, pas des anticipations mais des aspirations. Ce
ne sont que des sujets à prendre en considération pour trouver
comment la Société Théosophique d’aujourd’hui
pourrait le mieux servir la Théosophie éternelle.
Premièrement, nous devons nous efforcer de donner à la Société
un caractère international et de le lui conserver. La Société
Théosophique ne doit pas être une organisation indienne,
ni américaine, ni italienne, ni brésilienne, ni australienne,
ni d’aucune autre nationalité. Le premier but de la Société
est de former un noyau de fraternité universelle, sans distinction
de race, credo, sexe, caste ou couleur et, pourrions-nous dire, sans distinction
de nationalité ou de culture. Nous ne pouvons avoir une Société
internationale qui soit limitée ou caractérisée par
une quelconque nation ou culture. Dans son rapport annuel, la Présidente
a éloquemment abordé le problème de l’esprit
de clocher, mais il y a aussi un problème d’impérialisme
– intentionnel ou non-intentionnel. Les sections qui sont les plus
grandes, ou qui ont les plus grandes ressources, tendront à dominer
la Société. Le remède à une telle domination
potentielle d’une seule nation ou d’une seule culture, ne
consiste pas à rabaisser ou à appauvrir les grandes Sections
ou celles qui disposent de ressources abondantes, mais plutôt à
aider les Sections qui sont plus petites parce qu’elles sont jeunes
ou parce que le nombre de leurs membres et leur énergie ont décliné
pour diverses raisons. Une telle aide ne peut se faire de façon
centralisée à partir d’Adyar. Elle ne peut se faire
que par le travail dévoué de ceux qui sont sur le terrain.
Ainsi, c’est un défi pour nous tous.
Deuxièmement, pour développer une Section ou une organisation
nationale, la quantité est moins importante que la qualité.
Un grand nombre de membres apathiques et mal informés peut faire
moins qu’un petit nombre de membres engagés. La Société
Théosophique n’a jamais été une organisation
importante, et elle n’était pas destinée à
être un mouvement de masse. Cependant, ses effets sur le monde –
beaucoup d’entre eux n’étant pas reconnus, même
par les Théosophes – sont hors de toute proportion avec le
nombre de ses membres. Madame Blavatsky notait ce fait en 1889, et c’est
encore plus vrai aujourd’hui qu’alors. Notre premier but est
de former un noyau, et les noyaux ne sont pas de grosses choses. Pourtant,
en dépit de leur petite taille, les noyaux ont un effet profond
sur les cellules dans lesquelles ils se trouvent. Ainsi, en a-t-il été
de la Société Théosophique. Et, si nous croyons ce
qu’a dit le Mahachohan sur l’intention de la fondation de
la Société, un effet plus grand nous attend dans le futur
– si nous voulons le réaliser. Mais la réalisation
de ce futur potentiel requiert un noyau de membres dévoués.
Troisièmement, il faut trouver les moyens de s’assurer l’aide
de travailleurs à la fois à Adyar et ailleurs de par le
monde. Toutes les Sections de la Société doivent constamment
se rappeler qu’elles sont des « Sections »,
c’est-à-dire des parties de ce tout qu’est la Société internationale.
Et Adyar est le cœur symbolique de la Société, choisi
pour ce rôle par les fondateurs extérieurs, et utilisé
comme tel par les Fondateurs intérieurs. Cependant, le cœur
n’est pas le seul organe qui sert le corps ; le plan entier
d’un corps est encodé dans chaque cellule. Dans la vie actuelle,
il est difficile pour beaucoup, avec leurs propres svadharma ‘s,
de venir à Adyar pour de longues périodes de temps. Alors,
si de tels « Mohamed » ne peuvent pas venir à
cette montagne, peut-être la montagne peut-elle venir à eux.
Les développements contemporains dans la communication permettent
d’accomplir certaines fonctions ailleurs. Ce faisant, il serait
possible de recruter plus de personnes pour le travail international et
d’aider davantage de membres de la Société de par
le monde à s’identifier avec le travail international, plutôt
que simplement avec le travail national ou local. Pour que cela se produise,
il suffit que des travailleurs proposent leurs services, à Adyar
ou ailleurs.
Quatrièmement, notre présentation de la Théosophie
contemporaine doit être faite dans un langage contemporain, et celui-ci
change constamment. La littérature classique de la Théosophie
doit être préservée dans la forme sous laquelle elle
a été publiée à l’origine, pour des
raisons historiques, d’érudition et finalement de piété.
Pourtant, nous ne pouvons pas continuer à répéter
le passé, en n’exprimant la Théosophie éternelle
qu’avec le style des temps passés. La Vérité
éternelle ne peut être saisie que lorsqu’elle est exprimée
de façon opportune. Il y a plus d’un demi-siècle,
C. Jinarajadasa (The Theosophist – Nov. 1950) commentait ainsi son
livre First Principles at Theosophy (L’Évolution Occulte
de l’Humanité) : « Chaque manuel de Théosophie
devient démodé et dépassé avec le temps, parce
que le monde et les besoins des hommes changent constamment. J’espère
toujours qu’un autre auteur écrira un meilleur livre qui
intéressera un plus large public. » La littérature
ancienne a besoin à la fois d’être préservée
et d’être rendue contemporaine.
Cinquièmement, nous devons aborder des préoccupations d’actualité.
Le frère Raja continuait ses remarques sur l’opportunité
en observant : « Plus encore que cela, nous avons besoin
de plusieurs types différents de présentation. »
En parlant de « différents types de présentation »,
il pensait aux orientations vers divers intérêts qu’ont
les gens, donnant comme exemple le commerce et l’économie.
Ceci, bien sûr, est encore vrai : nous devons appliquer la
Théosophie aux questions du jour. Celles-ci incluent la santé
de la planète, une justice sociale pour tous, l’égalité
des sexes, la santé et l’éducation des enfants, le
bien-être animal, la folie meurtrière de la technologie,
le terrorisme rampant, l’abus du pouvoir politique, les cultures
en conflit, le fondamentalisme croissant, et beaucoup d’autres questions.
La Théosophie n’a pas de réponses toutes prêtes,
mais elle apporte un point de vue à partir duquel les questions
peuvent être posées de façon plus convaincante et
leurs réponses cherchées plus intelligemment, plus intuitivement
et avec plus de tolérance.
Sixièmement,
les moyens de communication avec lesquels nous présentons la Théosophie
doivent être ceux qu’utilisent aussi bien les jeunes générations
que les plus âgées. Traditionnellement, les Théosophes
comptaient sur les conférences et les livres, et ces moyens qui
existent depuis longtemps nous ont été bien utiles. Ma vie
d’enseignant et de chercheur a été consacrée
à des conférences et à des livres, aussi sont-ils
haut placés sur ma liste personnelle de moyens préférés.
Mais, de nos jours, il y a les cassettes-audio, la radio, la télévision,
la vidéo, les films, les DVD, le Lower-Point, les CD-Roms, l’Internet
et le Web. Si nous continuons à compter seulement ou principalement
sur les conférences et les livres, nous allons nous retrouver hors-jeu
par la révolution actuelle dans les moyens de communication. La
technologie n’est pas deus ex machina pour solutionner tous les
problèmes, mais elle fournit des outils, et les travailleurs doivent
utiliser les meilleurs outils disponibles. Comme l’a dit la Présidente
dans son rapport annuel, Adyar étend ses activités dans
ces nouvelles directions, comme le font plusieurs Sections nationales,
mais nous devons mieux considérer ces nouveaux moyens de communication
(qui changent constamment), et une certaine coordination internationale,
afin de ne pas gaspiller nos ressources en refaisant chacun le travail
de l’autre.
Septièmement, la plupart de ce que nous avons mentionné
jusqu’ici est plutôt appareillage que but – moyens plutôt
que fin. La vocation de la Société, comme à la fois
les Fondateurs intérieurs et les fondateurs extérieurs l’ont
bien précisé, est de contribuer à favoriser l’évolution
de l’individu et de l’humanité collectivement. En ce
qui concerne l’individu, nous pouvons indiquer le chemin de la soi-transcendance.
La Société peut faire office de ce qu’Annie Besant
appelait les parvis du temple (The outer court) c’est-à-dire
qu’elle peut aider l’individu qui est appelé à
entrer dans le Sentier. Nous pensons souvent à la Théosophie
comme à un ensemble d’idées sur les plans et les principes,
les rondes et les races, le Karma et les incarnations. C’est cela,
bien sûr, mais de telles idées sont aussi des appareillages
utiles seulement pour ce que nous pouvons en faire. Et ce que nous pouvons
en faire est de les utiliser pour montrer le chemin vers une transcendance
du soi personnel et une reconnaissance de l’unique Soi en nous tous.
Cela peut être vu comme la signification intérieure de notre
troisième but : étudier les lois inexpliquées
de la nature et les pouvoirs latents dans l’homme. Le plus grand
pouvoir latent en nous est la prise de conscience de notre unité
fondamentale.
Huitièmement, c’est aussi la vocation de la Société
Théosophique de favoriser l’évolution de l’humanité.
Les cultures humaines ne se développent pas accidentellement ou
par hasard, mais selon un plan. Chaque culture doit contribuer à
l’évolution de notre espèce. Une culture met en valeur
la connaissance, une autre l’harmonie, une autre la liberté,
une autre l’obédience. Chacune des religions et des cultures
du monde accorde la plus haute valeur à une qualité particulière.
Et toutes ces qualités sont effectivement nécessaires pour
que l’humanité soit parfaitement développée.
Cependant, tout bien exagéré peut devenir un mal ;
une certaine culture peut pousser à l’extrême sa valeur
caractéristique au point de la dénaturer en un vice. La
Société Théosophique peut montrer que toute qualité
culturelle est bonne en elle-même et que, en équilibrant
une qualité par une autre, nous pouvons compenser la tendance à
considérer une culture particulière comme la seule bonne.
Ceci peut être considéré comme la signification intérieure
de notre deuxième but : encourager l’étude comparée
des religions, des philosophies et des sciences. C’est seulement
en sachant comment pensent les autres que nous pouvons nous-mêmes
penser librement, sans conditionnement culturel.
Neuvièmement et enfin, la Société Théosophique
se compose de ses membres, et son futur sera celui que nous lui donnerons.
Si nous adhérons aux idéals qu’elle propose, nous
pourrons de ce fait garantir qu’elle restera fidèle au travail
pour lequel elle a été fondée. Pour résumer
quelques-unes des dernières paroles de H.P. Blavatsky, nous pouvons
dire que « seule la réalisation pratique de la Théosophie
peut sauver le monde occidental (et aussi oriental) du sentiment égoïste
et anti-fraternel qui divise actuellement les races et les nations, en
le libérant de cette haine de classes et de ces distinctions sociales
qui sont la malédiction et le fléau des peuples »,
qu’ils soient Chrétiens, Musulmans, Hindous, ou d’une
tout autre religion ou culture séparée. C’est la signification
de notre premier but : former un noyau de la fraternité universelle
de l’humanité, sans distinction de race, credo, sexe ou couleur,
et c’est cela la Théosophie – hier, aujourd’hui
et demain.
John
ALGEO
The
Theosophist – Février 2004
Poème
Ici j’ai
erré sur la plage, nourrissant une jeunesse sublime
Des contes de fées de la science et du long produit du temps.
Quand les siècles, derrière moi, reposaient comme un pays
fertile,
Quand je m’accrochais au présent tout entier, pour la promesse
qu’il contenait,
Quand je plongeais dans le futur aussi loin que permet l’œil humain,
J’eus la Vision du monde, et de toute merveille à venir.
Tennyson
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