Le Lotus Bleu

Un des articles du Lotus Bleu de Décembre 2004


Radha BURNIER
Présidente de la
Société Théosophique

Le journal Le Lotus Bleu est en vente par abonnement aux Éditions Adyar :
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Tout est pour le bien

La tradition occulte dit que, lorsqu’un aspirant se tourne sincèrement vers un Maître dans un moment difficile, le Maître ne lui refuse pas de l’aide – mais l’aide peut ne pas prendre la forme attendue par le suppliant. C’est parce que le suppliant manque de compréhension et que sa perception est limitée, qu’il demande de l’aide sans réaliser ce qui lui fera du bien. D’où le dicton : « Quand les dieux veulent punir quelqu’un, ils exaucent sa prière ». Spirituellement, ce qu’une personne considère comme un trouble peut être une opportunité, même une sorte de grâce. D’un point de vue matériel, le bien semble consister en certaines choses qui arrivent au niveau physique, mais d’un point de vue spirituel, ces choses peuvent n’avoir que peu de signification. Seul est vital un changement de l’égocentrisme à l’altruisme.
Dans les Upanishads, une distinction est faite entre preyas (l’agréable) et srejas (le bon). La plupart des gens croient que ce qui est agréable est bénéfique, et attachent de l’importance à l’argent et au confort. Mais ces choses peuvent être en fait un obstacle au vrai progrès. Avoir de l’argent n’est en soi ni bien ni mal, mais notre attitude envers l’argent est importante. Par exemple, au cas où il y a une utilisation généreuse de la richesse pour des besoins publics, l’argent peut être bon, mais si l’attitude est égoïste, et si l’argent augmente l’égoïsme chez une personne, il lui fera du mal et peut-être aussi aux autres.
Connaître la Théosophie signifie réfléchir sur certains enseignements essentiels et les rendre réels pour nous. Ces enseignements ne doivent pas être simplement des mots, écrits ou prononcés par quelqu’un d’autre, mais doivent en venir à faire partie de notre propre compréhension. Alors nous commençons à voir et à affronter la vie différemment. Par exemple, quand nous faisons l’expérience d’une séparation, cela ne nous blesse pas. Il y a différentes formes de séparation – la mort, l’éloignement et ainsi de suite. Pour le mental ignorant, la séparation est tragique ; les gens se lamentent et pleurent pendant de longues périodes, et parlent de leur solitude avec des expressions d’apitoiement sur soi-même. Mais d’un point de vue supérieur, le cours de notre vie se déroule selon la bénéfique Loi de Karma, et aucun de nous n’est exempt de cette expérience de séparation – du mari ou de la femme, de l’enfant ou du père, du frère ou de la sœur, ou même d’un animal favori.
L’expérience de la séparation est basée sur l’illusion que la vie peut être séparée. Quand une relation particulière semble spéciale et puis prend fin, seules les formes à travers lesquelles la vie se manifeste sont séparées. La vie elle-même ne peut pas être séparée, pas plus que l’espace. On peut mettre une boîte ici et un vase là, qui tous les deux contiennent de l’espace, mais l’espace est un tout, même si les contenants sont brisés. L’inséparabilité de la vie est une vérité fondamentale.
Dans le Diagramme de Méditation de Madame Blavatsky, elle indique que par la méditation sur la Réalité Une, la réalité des réunions et des séparations s’évanouira, car cela fait partie d’une vision illusoire de la vie. Quand nous nous réjouissons d’une rencontre, c’est seulement la découverte d’une relation de l’unité déjà existante. Les gens spirituellement éveillés ne font pas tant d’histoires sur les personnes particulières qu’ils rencontrent et ne disent pas : ce sont mes amis. Ils rencontrent tout le monde avec joie et amour parce qu’ils font tous partie de la merveilleuse existence-une. La séparation n’est aussi qu’un phénomène temporaire.
Même si nous ne pouvons pas connaître cet état idéal, nous pouvons, au moins intellectuellement, nous rendre compte que la souffrance de la séparation est causée par nos propres déficiences mentales et que les séparations feront obligatoirement partie de notre expérience dans les mondes matériels jusqu’à ce que l’âme saisisse pleinement la vérité de la non-séparativité. Les corps physiques et subtils sont destinés à se désintégrer, car toutes les formes matérielles doivent se briser, mais la vie est immortelle et indivisible. Avant que ceci ne soit absolument clair dans la conscience d’un individu, la séparation causera souffrance et affliction d’incarnation en incarnation. Les leçons ne sont répétées que parce que l’apprentissage n’est pas achevé.
Ainsi, quand quelqu’un prie et dit : « j’ai besoin d’aide, ma femme est morte, et ainsi de suite », les Êtres Illuminés n’interfèrent pas dans la Loi du Karma, même s’ils avaient le pouvoir de le faire. Ils suivent scrupuleusement la Loi, parce qu’ils savent que les lois de l’univers amènent ce qui est spirituellement bon. Tout le déroulement de la vie est dans la direction du bien (sreyas). Les sages n’offrent aucune échappatoire, peut-être même aucune consolation ; ce qu’ils pourraient faire dans le cas d’un chercheur non-égoïste serait de lui donner la force intérieure de se mouvoir vers une plus profonde réalisation de l’inséparabilité et de l’unité, à travers toutes les expériences de séparation.
L’amour spirituel est l’état du mental qui réalise la suprême joie de l’unité. Dans cette réalisation, tout ce qui est bon est inclus – la paix, la joie, l’amour et d’autres états ultimes inexprimables. On peut donner d’autres exemples de la façon dont l’âme apprend qu’une expérience apparemment déplaisante est en fait une bonne expérience, car elle incite l’âme à apprendre la vérité. On dit que le Yogi n’est affecté ni par la louange ou le blâme, ni par la soi-disant victoire ou la soi-disant défaite. C’est l’attitude d’une personne chez qui il n’y a ni image de soi, ni orgueil. Une personne haut placée, avec de l’argent et des serviteurs, vivant sur un grand pied, peut perdre tous ses biens et déchoir dans la vie. Elle peut se sentir humiliée de vivre dans une petite maison, et d’être obligée de s’occuper des corvées de la vie quotidienne. Mais l’orgueil est élagué d’incarnation en incarnation jusqu’à ce que se fasse jour la vérité qu’être quelqu’un aux yeux des autres n’est qu’un fantasme. La Lumière sur le Sentier dit : « Désire le pouvoir avec ardeur ». Mais quel est ce pouvoir que l’on doive désirer ? Non pas d’être assis sur un trône, ou d’en imposer à de larges audiences, mais le pouvoir de « paraître rien aux yeux des hommes ». Les Saints ne cherchent pas à être appréciés, à être sur le devant de la scène, ou à être reconnus comme des personnes illuminées. Ils se contentent de vivre et d’agir, inconnus du monde. L’orgueil est un sérieux obstacle au progrès ; c’est un intense sens du moi qui s’use lorsque nous regardons l’image de nous-même et que nous en voyons la fausseté.
Les leçons données par de telles expériences, comme d’être déchirés ou humiliés, cessent d’être nécessaires quand un changement se produit dans notre nature. Si nous sommes obtus, nous continuons à attiser les flammes de l’illusion. Mais quand nous sommes plus conscients et saisissons le sens caché de notre expérience, le progrès spirituel devient plus rapide, et nous sommes mieux préparés à servir les autres. L’étude des enseignements fondamentaux de la Théosophie est d’une grande aide pour comprendre l’exposé raisonné des processus de la vie.

Radha BURNIER
The Theosophist
Septembre 2004