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LES
VIERGES NOIRES
Si
à notre époque, on s’interroge encore sur le phénomène
des vierges noires, c’est le plus souvent parce que l’aspect
inhabituel et étrange de ces figurations de la vierge éveille
notre curiosité. A première vue, on peut dire qu’elles
sont un témoignage émouvant sur l’art et l’imaginaire
médiéval. Mais nous allons voir qu’elles comptent
parmi les formes les plus puissantes de l’Art Sacré, car
leur mystère ouvre l’esprit sur des réalités
insoupçonnables.
A travers les temps, elles ont suscité autant de fascination que
de haine et de violence quand par exemple au XVIème siècle,
la Réforme voulut imposer un ordre moral ou plus tard quand la
Révolution instaura une contre-religion rationaliste et scientiste.
C’est pendant les premiers siècles du deuxième millénaire
que nous voyons refleurir les vierges noires un peu partout en Europe
et particulièrement dans la France Méditerranéenne
et l’Auvergne. La France est désormais à l’abri
des grandes invasions. L’économie entre résolument
dans une phase d’expansion, le développement des surfaces
cultivées permet de nourrir une population toujours croissante.
Le commerce est prospère, l’Eglise joue dans cet épanouissement
un grand rôle spirituel mais aussi temporel. Partout foisonnent
des églises, des cathédrales, des monastères, la
foi se renouvelle. Pour tous, Dieu a créé le monde grâce
aux quatre éléments fondamentaux, terre et eau pour le domaine
manifesté, air et feu pour celui du ciel : cette forme n’ayant
ni commencement ni fin semblait être le symbole parfait de l’Éternel.
Ce Dieu aime ses créatures, même la femme qui reste pourtant
celle qui, tirée d’Adam, est responsable de sa chute. Elle
doit donc obéir à son époux et se consacrer à
sa maison et à ses enfants. Cependant, on la reconnaît comme
l’égale de l’homme au plan spirituel. Car comme nous
le dit Robert de Blois « Dieu a créé la femme
dans le Paradis ; il a voulu naître d’une femme et s’est
montré d’abord à des femmes lors de la résurrection »
Les grandes Saintes sont révérées, et surtout la
vierge Marie dont le culte se répand, d’où le nom
de Notre Dame donné aux chapelles et aux cathédrales et
une extrême diffusion des représentations de la Vierge Mère.
La religion prêche que le péché est partout et que
l’enfer après la mort est épouvantable. Pour se racheter
l’homme doit demander la protection des Saints. D’où
une véritable succession de spectacles, de mystères, de
processions à l’intérieur des églises qui attiraient
une foule de pèlerins visitant les reliques entreposées
sur les autels.
Tout naturellement, le culte marial va s’inscrire dans l’art
roman qui réunit dans un même ensemble tous les aspects de
la vie dans les mondes sacré, profane, et imaginaire pour que les
valeurs matérielles s’estompent et laissent place à
un livre ouvert où pourront lire les illettrés, où
pourront apprendre ceux qui cherchent à retrouver en eux l’équilibre
et l’harmonie de l’Unité.
Nous ne pouvons en aucune façon réduire le mystère
qui nous occupe à notre pays car depuis l’Ile de Pâques
jusqu’à nous, en passant par l’Asie Mineure, la Grèce,
la Crète, les grottes de Ténériffe, la terre est
truffée de ces statuettes extraites peu à peu de leur gangue
souterraine au cours des âges. Elles paraissent être le fruit
d’un éternel retour cyclique et rythmé d’un
temps qui avance, qui sépare et fait se rejoindre avant de séparer
à nouveau. Mort et Renaissance à l’infini, telle est
la loi de la nature terrestre. Nous ne pouvons pas non plus réduire
ce mystère à la période du Moyen-Âge car nous
verrons que leur origine se perd dans la nuit des temps. Si elles sont
restées fidèles à leur image et à leur symbolisme
primordial, c’est qu’elles portent en elles non seulement
le mystère mais encore le secret de la Vie.
Mais pourquoi des vierges noires quand des siècles de tradition
et d’iconographie chrétiennes nous ont accoutumé à
une Marie blanche et blonde. Pourquoi Isis en Egypte, Déméter
dans la Grèce Antique, Kali en Inde sont-elles noires ? Les
tentatives d’explications sont nombreuses et parfois farfelues.
Pour le père jésuite Van Steen, au XVIème siècle,
c’est parce que les femmes de Palestine ont le teint bronzé.
Pour d’autres, les artistes qui auraient sculpté ces statues
étaient noirs ; ou encore on y voit la mélancolie du
Moyen-Âge, ou la destinée douloureuse de la Vierge. Pour
les chercheurs du XIXème siècle, le noircissement des statues
résulte de l’encrassement du matériau sous l’action
de la fumée ; mais on peut alors se demander pourquoi la fumée
ne s’attaquerait qu’aux représentations de la Vierge
et non à celles des saints. Bien évidemment, rien de cela
ne peut être valablement retenu, rien de physique ou de matériel
ne peut expliquer le pourquoi de la couleur noire. Il nous faut maintenant
entrer dans le domaine de la pensée symbolique pour apporter des
réponses à notre interrogation.
Le noir, contre-couleur de toute couleur, est associé aux ténèbres
primordiales, à l’indifférencié originel, et
dans toutes les traditions, il précède les origines. Pour
la Bible « avant que la lumière soit, les ténèbres
recouvraient la face de l’abîme » . La Doctrine
Secrète nous enseigne « au début de chaque aube
de création, la lumière éternelle, qui est obscurité,
assume l’aspect de ce qu’on appelle le chaos ».
Orphée chante « la nuit, mère des dieux et des
hommes, la nuit origine de toutes choses crées ». Une
pierre noire symbolisait la Magma Mater sur le Mont Palatin ; la
Kabba de La Mecque, en tant qu’Anima Mundi, est constituée
par un cube de pierre noire. Dans les cérémonies rituelles
en Egypte, Osiris était assimilé au limon fertile déposé
par le Nil, Kemi, la terre noire, ce qui donnera naissance au mot Alchimie.
Mais le but de l’Alchimie n’est-il pas de collaborer avec
la Nature et de l’aider dans une action qui est assignée
à l’homme dès son origine : retrouver en lui
un état parfait dans l’Unité de la matière
puis s’intégrer dans celle du Cosmos et comme conséquence
directe réaliser l’interdépendance de l’ordre
matériel et de l’ordre spirituel par l’intermédiaire
du subtil ?
Les vierges noires retrouvées au Moyen-Âge sont en bois.
Elles représentent symboliquement non seulement la matière
mais aussi la substance universelle, la Materia Prima. Par extension,
chez les Anciens, chaque Dieu avait son bois sacré où il
recevait les hommages et les prières. C’était un centre
de vie, une réserve de fraîcheur, d’eau et de chaleur
associés comme dans une matrice. Une vignette des textes des sarcophages
nous montre une Isis Hator faisant corps avec un sycomore ; la vierge
noire de Foggia en Italie est assise au milieu d’un arbre. « L’arbre,
précise Mircea Eliade, présuppose que la source de vie se
trouve concentrée dans ce végétal, donc que la modalité
humaine se trouve là, à l’état virtuel, sous
formes de germes et de semences. ». Le bois devient alors un
matériau sacré qui franchira la limite du manifesté
pour pénétrer dans le réfléchi et y introduire
l’inspiré. Quant à l’enfant, qui le plus souvent
est assis sur les genoux de sa mère, il nous rappelle que nous
sommes dans une symbolique d’innocence, de pureté, de spontanéité.
Nous avons à entrer dans une sorte d’état édénique,
antérieur à la faute, un état préalable, qui
seul pourra nous amener à la Connaissance.
Les auteurs qui ont écrit sur les vierges noires ont tous souligné
la parenté d’attitude entre les Déesses-Mères
de l’age préhistorique et les vierges romanes. L’installation
du christianisme n’a pas fait disparaître cette vision universelle
répandue sur tous les continents. Deux des sanctuaires les plus
renommés de la France médiévale, hauts-lieux de la
vénération portée aux vierges noires, conservent
en effet la trace d’une profonde influence celtique.
La vierge de Chartres passait au Moyen-Âge pour la plus ancienne
statue du royaume. Brûlée pendant la Révolution, elle
a été remplacée par une copie au siècle suivant.
Mais bien avant, on connaissait la légende de la Virgo Paritura
déjà honorée par les druides comme en témoigne
un manuscrit de 1027 à la Bibliothèque de Chartres.
La tradition celtique a sans doute encore plus de réalité
au Puy en Velais. La vierge d’origine, brûlée aussi
à la Révolution était en bois de cèdre avec
un visage typiquement byzantin presque abyssin. Le premier culte, gaulois,
a laissé place à un temple romain, puis au cinquième
siècle à une église primitive qui recelait la pierre
des fièvres et où s’accomplissaient des miracles au
cours de pèlerinages qui existent encore de nos jours. C’étaient
de véritables voyages initiatiques en Terre Sainte, au centre du
monde là où on peut le mieux côtoyer l’En-Haut
parce que s’y croisent d’importants nœuds de force magnétique
et cosmique de première grandeur. Des cérémonies
plus ou moins sacrées s’y déroulaient, rites de la
chasse et de la fécondité, rites magiques et hiérogamie
terre-ciel dans ces grottes, vastes utérus en relation avec la
terre maternelle, associée à l’eau selon un mode duel
transcendé par la notion d’Unité primordiale. Si la
terre correspond à la vie matérielle, l’eau est en
rapport avec la vie spirituelle et elle est un signe de renaissance, de
régénérescence. C’est pourquoi des sources,
des fontaines ou des puits sont toujours à proximité de
vie des Vierges Noires, évoquant une nécessaire transmutation
de l’être en cours de réalisation, un processus évolutif,
dynamique et créatif à coté de l’immobilité
apparente de la matière. L’eau est à l’origine
du monde « Le souffle de Dieu planait sur elles, se réfléchissait
en elles comme en un miroir, les adombrait comme une mère pour
en faire surgir la création entière » nous dit
la genèse. Pour la théosophie « la lumière
laisse tomber un rayon solitaire dans les eaux, dans l’abîme
mère ». L’alphabet hébraïque nous
entraîne à considérer les eaux d’en haut MI
et celles d’en bas MA qui, toutes différenciées qu’elles
soient, recèlent en elles la même force, la même présence.
A elles deux, inséparables, elles sont le symbole de la matrice
Mayim avec en son centre le Yod, le germe divin qui va préparer
à une nouvelle naissance, à un nouveau complexe énergétique.
Il paraît tout à fait certain que Marseille - Massilia -
comptoir grec en terre gauloise servit de tête de pont à
la pénétration des influences culturelles et religieuses
venues de l’autre coté de la Méditerranée.
Six cent ans avant notre ère, un navire parti de Phocéa,
cité ionienne d’Asie Mineure, accosta dans une calanque.
Il portait en ses flancs une réplique de la statue d’Artémis
d’Ephèse, la plus populaire déesse de Grèce
et des végétaux symboliques, du blé, de la vigne
et de l’olivier. Les mains, les pieds, le visage de cette Artémis
étaient taillés dans des bois sombres rendus encore plus
foncés par des onctions d’huiles pratiquées au cours
de rituels magiques. La déesse noire devint la divinité
révérée par la colonie phocéenne, son culte
se répandit en Provence et dans tout l’est, le sud de la
Gaule et de l’Espagne. A Marseille, Notre Dame de la Confession
est dans une crypte de l’Abbaye de Saint Victor depuis le XIIIème
siècle. A la Chandeleur, on brûle des cierges de couleur
verte, le vert est un symbole de vie personnifiant la nature, la végétation
et par extension la régénération de l’âme
entraînant une nouvelle naissance spirituelle. Les prophètes
parlent de trois sphères qui remplissent les trois cieux :
le premier est vert, puis vient le bleu et le rouge, et chacun correspond
à un degré de régénération. Colebrooke
au XIXème siècle reproduit cette thèse dans l’explication
de la syllabe mystique AUM dans son livre sur la philosophie des Hindous
« Si la dévotion est restreinte au sens indiqué
par un des éléments, l’effet ne va pas au-delà
de ce monde, si elle est bornée au sens indiqué par deux
éléments, l’effet s’étend jusqu’à
l’orbe lunaire d’où cependant l’âme retourne
à une nouvelle naissance. Si la méditation est plus compréhensible
et qu’elle embrasse le sens complet des trois éléments
du mot, l’ascension de l’âme va jusqu’à
l’orbe solaire d’où, étant purifiée de
tout péché et délivrée comme un serpent qui
a rejeté sa dépouille, l’âme parvient au séjour
de Brahmâ ».
Sur l’obélisque de Paris, Amon le soleil spirituel, le verbe
divin est qualifié de Dieu seigneur des trois roues. Quant à
Saint Paul, il nous parle des intelligences angéliques divisées
en trois ordres, l’essence, la vertu et l’action, le rouge,
le bleu et le vert.
La similitude des sociétés initiatiques actuelles avec celles
des temps anciens nous fait mesurer combien le symbolisme est une langue
universelle d’où se dégage par une même signification
chez tous les peuples et à toutes les époques, une grande
unité. C’est pourquoi nous allons continuer avec lui notre
exploration. Sans entrer dans l’extrême complexité
de la Kabbale, nous pouvons dire en schématisant que du chaos,
dont l’idée même échappe à notre entendement,
va émaner le Un qui contient tout en lui. Son énergie va
se déverser en Hochmah, puissance mâle et active, la force
cosmique et en Binah l’intelligence, la puissance féminine,
qui vont devenir les racines de toute existence phénoménale.
C’est par Binah que va se manifester la vie. Éternellement
vierge, c’est d’elle que toute forme va procéder. Pour
mieux comprendre le parcours de l’énergie, le parcours du
Un, pensons à un vase qui déverserait le surplus de son
contenu dans des vases successifs. Le contenu est toujours le même,
Binah est noire et sombre et stérile mais devient resplendissante
quand elle est fécondée et doit transmettre. Chaque sphère
est ainsi bisexuée, à la fois passive et active. Mais il
n’y a aucune séparation entre l’impulsion dynamique
et la passivité ; bien au contraire, il y a renforcement,
alliance, nécessité absolue de complémentarité,
l’un des pôles ne pouvant fonctionner sans l’autre.
Comment nommer autrement que Père primordial et Mère primordiale
ces deux pôles de la même émanation qui vont permettre
la création du mouvement et le développement de l’involution.
Nous retrouvons dans la Théosophie à peu prés les
mêmes schémas. Au début d’un Mavantara, Parabrahma,
la racine sans racine, se manifeste. De cette cause non révélée
émane une pensée encore latente, avant la différenciation,
esprit–matière coexistant, aucun des deux ne pouvant exister
seul.
A l’image du Logos cosmique, notre Logos solaire comporte trois
aspects d’une Unique Divinité, le Père–Mère
supérieur développe un type d’énergie mâle
et femelle, centrifuge et centripète, qui, lors de leur différenciation,
produiront la balance, l’équilibre et l’harmonie.
Nous voyons ainsi se dessiner dans les traditions les plus anciennes,
une nature qu’il nous faut bien nommer féminine, indispensable
à l’involution. D’abord la Materia prima, la substance
universelle, puis la forme archétypale primordiale émanée
de la précédente et enfin l’incarnation terrestre
de la matière. La vierge noire n’est pas le dehors mais le
dedans. Elle est la substance unique, l’être en soi, qui se
subdivise et se différencie par la suite. C’est elle qui
descend dans tous les cycles de la vie ; c’est par elle que
le divin se manifeste en chacun de nous. Elle attend dans le triangle
du haut de l’arbre de vie que vienne à elle la vierge blanche
incarnée qui se tient dans le triangle du bas. C’est le mystère
de l’assomption : deux triangles se fondent l’un dans
l’autre en une seule étoile.
La vierge noire contient la plénitude, clé de
voûte de l’édifice macroscopique, elle va déclencher
le processus de la manifestation universelle. Sa couleur sombre, nous
l’avons dit, est l’image de ce qui n’est pas manifesté,
de ce qui reste caché « Ténèbres plus
que lumineuses » selon Denys l’aéropagiste. C’est
la Maha-Devi de l’Inde, Kali la noire qu’on salue en ces termes
« Tu es l’image de tout, la mère de tout. Avant
le commencement des choses, tu existais sous la forme d’une obscurité
qui est au-delà de la parole et de la pensée et, de toi,
par le désir créateur du suprême Brahmâ, est
né l’univers entier ».
Si les vierges noires sont la représentation la plus cachée
de nos origines, leur apparition au moyen Age fut l’œuvre
conjointe de l’intuition séculaire du peuple nourrie par
les souvenirs des anciennes déesses et de la théologie supérieure
des moines les plus éclairés qui ont soutenu et répandu
ce type d’images qui disaient à qui savait le comprendre
ou du moins le pressentir ce que la liturgie ne laissait qu’entrevoir.
Nous avons assisté pendant les XIème et XIIème siècle
à une entreprise générale prodigieuse de restauration
de la tradition celtique greffée sur le christianisme dans le domaine
social, politique, intellectuel et religieux. Ce qui se fit alors n’est
rien de moins que la constitution définitive, après les
soubresauts du premier millénaire, de la véritable société
chrétienne dans un esprit parfaitement en harmonie avec la tradition
sacrée universelle. Ces vierges noires exhumées peu à
peu n’annoncent-elles pas le jaillissement d’une conscience
nouvelle en laquelle l’humanité commençait à
découvrir que chaque être humain en sa personne propre a
vocation de Vierge Mère ? Car si la divinité absolue
qui n’a pas de nom, demeure inaccessible en soi, ce même absolu,
engendrant dans la Mère Universelle toutes les forces et toutes
les formes, pénètre par elles sa manifestation, coexistant
avec elles jusqu’à son revêtement le plus grossier,
y compris la matière la plus dense.
Nous savons déjà que le Un est entier dans le multiple.
Mais par un élargissement de conscience, grâce à la
mise en action de notre intuition spirituelle, une vérité
incontournable va s’imposer à nous : il existe au delà
des religions formelles et dogmatiques une force supérieure niant
toute limitation, toute dimension, et unificatrice parce qu’impersonnelle.
La reconnaissance de cette force peut éveiller en chacun de nous
les principes spirituels encore latents, tels Budhi et Atma.
Les vierges noires, archétype suprême de l’Éternel
Féminin, sont capables de révéler Dieu à l’homme
et de l’y ramener dans un dynamisme ascendant.
Pourquoi donc si souvent la malédiction est-elle tombée
à la fois sur la nature terrestre, sur le corps physique et sur
la présentation humaine de la grande génératrice
qu’est la femme ? Je pense que la raison en est l’interprétation
matérialiste qui fut faite de l’ancien et du nouveau testaments,
lesquels, entièrement allégoriques, ont un sens spirituel
et ne doivent être lus et compris que conformément à
ce sens, tandis que la question de lieux, de personnes, d’évènements
physiques n’est pas essentielle. Ils servent de support à
une vérité éternelle, supra-mentale, qui est la clé
de tous les mystères, la réalisation du Un dans l’Homme
pour qu’apparaisse l’Humain, car dans l’état
actuel de l’évolution, l’Humain n’est pas encore
né. Il est seulement en formation : la fusion du couple Père–Mère
doit se constituer et se manifester en équilibre harmonieux, d’abord
en chacun de nous, puis à l’extérieur pour que puisse
se réaliser un des buts de la Société Théosophique :
la Fraternité Universelle. Mais tout ceci est d’une telle
plénitude que nous ne devrions en voir que progressivement la portée.
Déjà, l’ère du Verseau dans laquelle nous entrons
à peine, favorise la croissance de l’intuition spirituelle,
ce sixième sens grâce à quoi chacun de nous s’épanouira
dans sa recherche personnelle. Mais il reste beaucoup de chemin à
parcourir avant que l’humanité ait pris conscience que, comme
l’a écrit Goethe dans Faust, « l’Éternel
Féminin nous attire vers le haut ».
C’est pourquoi dans les grottes, dans les cryptes ou ailleurs dans
la nature, les vierges noires continueront à jouer leur rôle
de Mère Initiatrice. Car, c’est en nous interpellant qu’elles
nous introduisent à l’intelligence des mystères, mystère
du monde, mystère de la nature, mystère de la vie, mystère
de la profondeur de l’être, mais aussi mystère de l’infinitude
d’où tout est sorti et où tout doit retourner.
Gilberte
GRAND |
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