Le Lotus Bleu

Un des articles du Lotus Bleu de Juillet 2004

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LES VIERGES NOIRES

Si à notre époque, on s’interroge encore sur le phénomène des vierges noires, c’est le plus souvent parce que l’aspect inhabituel et étrange de ces figurations de la vierge éveille notre curiosité. A première vue, on peut dire qu’elles sont un témoignage émouvant sur l’art et l’imaginaire médiéval. Mais nous allons voir qu’elles comptent parmi les formes les plus puissantes de l’Art Sacré, car leur mystère ouvre l’esprit sur des réalités insoupçonnables.
A travers les temps, elles ont suscité autant de fascination que de haine et de violence quand par exemple au XVIème siècle, la Réforme voulut imposer un ordre moral ou plus tard quand la Révolution instaura une contre-religion rationaliste et scientiste.
C’est pendant les premiers siècles du deuxième millénaire que nous voyons refleurir les vierges noires un peu partout en Europe et particulièrement dans la France Méditerranéenne et l’Auvergne. La France est désormais à l’abri des grandes invasions. L’économie entre résolument dans une phase d’expansion, le développement des surfaces cultivées permet de nourrir une population toujours croissante. Le commerce est prospère, l’Eglise joue dans cet épanouissement un grand rôle spirituel mais aussi temporel. Partout foisonnent des églises, des cathédrales, des monastères, la foi se renouvelle. Pour tous, Dieu a créé le monde grâce aux quatre éléments fondamentaux, terre et eau pour le domaine manifesté, air et feu pour celui du ciel : cette forme n’ayant ni commencement ni fin semblait être le symbole parfait de l’Éternel.
Ce Dieu aime ses créatures, même la femme qui reste pourtant celle qui, tirée d’Adam, est responsable de sa chute. Elle doit donc obéir à son époux et se consacrer à sa maison et à ses enfants. Cependant, on la reconnaît comme l’égale de l’homme au plan spirituel. Car comme nous le dit Robert de Blois « Dieu a créé la femme dans le Paradis ; il a voulu naître d’une femme et s’est montré d’abord à des femmes lors de la résurrection »
Les grandes Saintes sont révérées, et surtout la vierge Marie dont le culte se répand, d’où le nom de Notre Dame donné aux chapelles et aux cathédrales et une extrême diffusion des représentations de la Vierge Mère. La religion prêche que le péché est partout et que l’enfer après la mort est épouvantable. Pour se racheter l’homme doit demander la protection des Saints. D’où une véritable succession de spectacles, de mystères, de processions à l’intérieur des églises qui attiraient une foule de pèlerins visitant les reliques entreposées sur les autels.
Tout naturellement, le culte marial va s’inscrire dans l’art roman qui réunit dans un même ensemble tous les aspects de la vie dans les mondes sacré, profane, et imaginaire pour que les valeurs matérielles s’estompent et laissent place à un livre ouvert où pourront lire les illettrés, où pourront apprendre ceux qui cherchent à retrouver en eux l’équilibre et l’harmonie de l’Unité.
Nous ne pouvons en aucune façon réduire le mystère qui nous occupe à notre pays car depuis l’Ile de Pâques jusqu’à nous, en passant par l’Asie Mineure, la Grèce, la Crète, les grottes de Ténériffe, la terre est truffée de ces statuettes extraites peu à peu de leur gangue souterraine au cours des âges. Elles paraissent être le fruit d’un éternel retour cyclique et rythmé d’un temps qui avance, qui sépare et fait se rejoindre avant de séparer à nouveau. Mort et Renaissance à l’infini, telle est la loi de la nature terrestre. Nous ne pouvons pas non plus réduire ce mystère à la période du Moyen-Âge car nous verrons que leur origine se perd dans la nuit des temps. Si elles sont restées fidèles à leur image et à leur symbolisme primordial, c’est qu’elles portent en elles non seulement le mystère mais encore le secret de la Vie.
Mais pourquoi des vierges noires quand des siècles de tradition et d’iconographie chrétiennes nous ont accoutumé à une Marie blanche et blonde. Pourquoi Isis en Egypte, Déméter dans la Grèce Antique, Kali en Inde sont-elles noires ? Les tentatives d’explications sont nombreuses et parfois farfelues. Pour le père jésuite Van Steen, au XVIème siècle, c’est parce que les femmes de Palestine ont le teint bronzé. Pour d’autres, les artistes qui auraient sculpté ces statues étaient noirs ; ou encore on y voit la mélancolie du Moyen-Âge, ou la destinée douloureuse de la Vierge. Pour les chercheurs du XIXème siècle, le noircissement des statues résulte de l’encrassement du matériau sous l’action de la fumée ; mais on peut alors se demander pourquoi la fumée ne s’attaquerait qu’aux représentations de la Vierge et non à celles des saints. Bien évidemment, rien de cela ne peut être valablement retenu, rien de physique ou de matériel ne peut expliquer le pourquoi de la couleur noire. Il nous faut maintenant entrer dans le domaine de la pensée symbolique pour apporter des réponses à notre interrogation.
Le noir, contre-couleur de toute couleur, est associé aux ténèbres primordiales, à l’indifférencié originel, et dans toutes les traditions, il précède les origines. Pour la Bible « avant que la lumière soit, les ténèbres recouvraient la face de l’abîme » . La Doctrine Secrète nous enseigne « au début de chaque aube de création, la lumière éternelle, qui est obscurité, assume l’aspect de ce qu’on appelle le chaos ». Orphée chante « la nuit, mère des dieux et des hommes, la nuit origine de toutes choses crées ». Une pierre noire symbolisait la Magma Mater sur le Mont Palatin ; la Kabba de La Mecque, en tant qu’Anima Mundi, est constituée par un cube de pierre noire. Dans les cérémonies rituelles en Egypte, Osiris était assimilé au limon fertile déposé par le Nil, Kemi, la terre noire, ce qui donnera naissance au mot Alchimie. Mais le but de l’Alchimie n’est-il pas de collaborer avec la Nature et de l’aider dans une action qui est assignée à l’homme dès son origine : retrouver en lui un état parfait dans l’Unité de la matière puis s’intégrer dans celle du Cosmos et comme conséquence directe réaliser l’interdépendance de l’ordre matériel et de l’ordre spirituel par l’intermédiaire du subtil ?
Les vierges noires retrouvées au Moyen-Âge sont en bois. Elles représentent symboliquement non seulement la matière mais aussi la substance universelle, la Materia Prima. Par extension, chez les Anciens, chaque Dieu avait son bois sacré où il recevait les hommages et les prières. C’était un centre de vie, une réserve de fraîcheur, d’eau et de chaleur associés comme dans une matrice. Une vignette des textes des sarcophages nous montre une Isis Hator faisant corps avec un sycomore ; la vierge noire de Foggia en Italie est assise au milieu d’un arbre. « L’arbre, précise Mircea Eliade, présuppose que la source de vie se trouve concentrée dans ce végétal, donc que la modalité humaine se trouve là, à l’état virtuel, sous formes de germes et de semences. ». Le bois devient alors un matériau sacré qui franchira la limite du manifesté pour pénétrer dans le réfléchi et y introduire l’inspiré. Quant à l’enfant, qui le plus souvent est assis sur les genoux de sa mère, il nous rappelle que nous sommes dans une symbolique d’innocence, de pureté, de spontanéité. Nous avons à entrer dans une sorte d’état édénique, antérieur à la faute, un état préalable, qui seul pourra nous amener à la Connaissance.
Les auteurs qui ont écrit sur les vierges noires ont tous souligné la parenté d’attitude entre les Déesses-Mères de l’age préhistorique et les vierges romanes. L’installation du christianisme n’a pas fait disparaître cette vision universelle répandue sur tous les continents. Deux des sanctuaires les plus renommés de la France médiévale, hauts-lieux de la vénération portée aux vierges noires, conservent en effet la trace d’une profonde influence celtique.
La vierge de Chartres passait au Moyen-Âge pour la plus ancienne statue du royaume. Brûlée pendant la Révolution, elle a été remplacée par une copie au siècle suivant. Mais bien avant, on connaissait la légende de la Virgo Paritura déjà honorée par les druides comme en témoigne un manuscrit de 1027 à la Bibliothèque de Chartres.
La tradition celtique a sans doute encore plus de réalité au Puy en Velais. La vierge d’origine, brûlée aussi à la Révolution était en bois de cèdre avec un visage typiquement byzantin presque abyssin. Le premier culte, gaulois, a laissé place à un temple romain, puis au cinquième siècle à une église primitive qui recelait la pierre des fièvres et où s’accomplissaient des miracles au cours de pèlerinages qui existent encore de nos jours. C’étaient de véritables voyages initiatiques en Terre Sainte, au centre du monde là où on peut le mieux côtoyer l’En-Haut parce que s’y croisent d’importants nœuds de force magnétique et cosmique de première grandeur. Des cérémonies plus ou moins sacrées s’y déroulaient, rites de la chasse et de la fécondité, rites magiques et hiérogamie terre-ciel dans ces grottes, vastes utérus en relation avec la terre maternelle, associée à l’eau selon un mode duel transcendé par la notion d’Unité primordiale. Si la terre correspond à la vie matérielle, l’eau est en rapport avec la vie spirituelle et elle est un signe de renaissance, de régénérescence. C’est pourquoi des sources, des fontaines ou des puits sont toujours à proximité de vie des Vierges Noires, évoquant une nécessaire transmutation de l’être en cours de réalisation, un processus évolutif, dynamique et créatif à coté de l’immobilité apparente de la matière. L’eau est à l’origine du monde «  Le souffle de Dieu planait sur elles, se réfléchissait en elles comme en un miroir, les adombrait comme une mère pour en faire surgir la création entière » nous dit la genèse. Pour la théosophie «  la lumière laisse tomber un rayon solitaire dans les eaux, dans l’abîme mère ». L’alphabet hébraïque nous entraîne à considérer les eaux d’en haut MI et celles d’en bas MA qui, toutes différenciées qu’elles soient, recèlent en elles la même force, la même présence. A elles deux, inséparables, elles sont le symbole de la matrice Mayim avec en son centre le Yod, le germe divin qui va préparer à une nouvelle naissance, à un nouveau complexe énergétique.
Il paraît tout à fait certain que Marseille - Massilia - comptoir grec en terre gauloise servit de tête de pont à la pénétration des influences culturelles et religieuses venues de l’autre coté de la Méditerranée. Six cent ans avant notre ère, un navire parti de Phocéa, cité ionienne d’Asie Mineure, accosta dans une calanque. Il portait en ses flancs une réplique de la statue d’Artémis d’Ephèse, la plus populaire déesse de Grèce et des végétaux symboliques, du blé, de la vigne et de l’olivier. Les mains, les pieds, le visage de cette Artémis étaient taillés dans des bois sombres rendus encore plus foncés par des onctions d’huiles pratiquées au cours de rituels magiques. La déesse noire devint la divinité révérée par la colonie phocéenne, son culte se répandit en Provence et dans tout l’est, le sud de la Gaule et de l’Espagne. A Marseille, Notre Dame de la Confession est dans une crypte de l’Abbaye de Saint Victor depuis le XIIIème siècle. A la Chandeleur, on brûle des cierges de couleur verte, le vert est un symbole de vie personnifiant la nature, la végétation et par extension la régénération de l’âme entraînant une nouvelle naissance spirituelle. Les prophètes parlent de trois sphères qui remplissent les trois cieux : le premier est vert, puis vient le bleu et le rouge, et chacun correspond à un degré de régénération. Colebrooke au XIXème siècle reproduit cette thèse dans l’explication de la syllabe mystique AUM dans son livre sur la philosophie des Hindous «  Si la dévotion est restreinte au sens indiqué par un des éléments, l’effet ne va pas au-delà de ce monde, si elle est bornée au sens indiqué par deux éléments, l’effet s’étend jusqu’à l’orbe lunaire d’où cependant l’âme retourne à une nouvelle naissance. Si la méditation est plus compréhensible et qu’elle embrasse le sens complet des trois éléments du mot, l’ascension de l’âme va jusqu’à l’orbe solaire d’où, étant purifiée de tout péché et délivrée comme un serpent qui a rejeté sa dépouille, l’âme parvient au séjour de Brahmâ ».
Sur l’obélisque de Paris, Amon le soleil spirituel, le verbe divin est qualifié de Dieu seigneur des trois roues. Quant à Saint Paul, il nous parle des intelligences angéliques divisées en trois ordres, l’essence, la vertu et l’action, le rouge, le bleu et le vert.
La similitude des sociétés initiatiques actuelles avec celles des temps anciens nous fait mesurer combien le symbolisme est une langue universelle d’où se dégage par une même signification chez tous les peuples et à toutes les époques, une grande unité. C’est pourquoi nous allons continuer avec lui notre exploration. Sans entrer dans l’extrême complexité de la Kabbale, nous pouvons dire en schématisant que du chaos, dont l’idée même échappe à notre entendement, va émaner le Un qui contient tout en lui. Son énergie va se déverser en Hochmah, puissance mâle et active, la force cosmique et en Binah l’intelligence, la puissance féminine, qui vont devenir les racines de toute existence phénoménale. C’est par Binah que va se manifester la vie. Éternellement vierge, c’est d’elle que toute forme va procéder. Pour mieux comprendre le parcours de l’énergie, le parcours du Un, pensons à un vase qui déverserait le surplus de son contenu dans des vases successifs. Le contenu est toujours le même, Binah est noire et sombre et stérile mais devient resplendissante quand elle est fécondée et doit transmettre. Chaque sphère est ainsi bisexuée, à la fois passive et active. Mais il n’y a aucune séparation entre l’impulsion dynamique et la passivité ; bien au contraire, il y a renforcement, alliance, nécessité absolue de complémentarité, l’un des pôles ne pouvant fonctionner sans l’autre. Comment nommer autrement que Père primordial et Mère primordiale ces deux pôles de la même émanation qui vont permettre la création du mouvement et le développement de l’involution. Nous retrouvons dans la Théosophie à peu prés les mêmes schémas. Au début d’un Mavantara, Parabrahma, la racine sans racine, se manifeste. De cette cause non révélée émane une pensée encore latente, avant la différenciation, esprit–matière coexistant, aucun des deux ne pouvant exister seul.
A l’image du Logos cosmique, notre Logos solaire comporte trois aspects d’une Unique Divinité, le Père–Mère supérieur développe un type d’énergie mâle et femelle, centrifuge et centripète, qui, lors de leur différenciation, produiront la balance, l’équilibre et l’harmonie.
Nous voyons ainsi se dessiner dans les traditions les plus anciennes, une nature qu’il nous faut bien nommer féminine, indispensable à l’involution. D’abord la Materia prima, la substance universelle, puis la forme archétypale primordiale émanée de la précédente et enfin l’incarnation terrestre de la matière. La vierge noire n’est pas le dehors mais le dedans. Elle est la substance unique, l’être en soi, qui se subdivise et se différencie par la suite. C’est elle qui descend dans tous les cycles de la vie ; c’est par elle que le divin se manifeste en chacun de nous. Elle attend dans le triangle du haut de l’arbre de vie que vienne à elle la vierge blanche incarnée qui se tient dans le triangle du bas. C’est le mystère de l’assomption : deux triangles se fondent l’un dans l’autre en une seule étoile.
La vierge noire contient la plénitude, clé
de voûte de l’édifice macroscopique, elle va déclencher le processus de la manifestation universelle. Sa couleur sombre, nous l’avons dit, est l’image de ce qui n’est pas manifesté, de ce qui reste caché «  Ténèbres plus que lumineuses » selon Denys l’aéropagiste. C’est la Maha-Devi de l’Inde, Kali la noire qu’on salue en ces termes « Tu es l’image de tout, la mère de tout. Avant le commencement des choses, tu existais sous la forme d’une obscurité qui est au-delà de la parole et de la pensée et, de toi, par le désir créateur du suprême Brahmâ, est né l’univers entier ».
Si les vierges noires sont la représentation la plus cachée de nos origines, leur apparition au moyen Age fut l’œuvre conjointe de l’intuition séculaire du peuple nourrie par les souvenirs des anciennes déesses et de la théologie supérieure des moines les plus éclairés qui ont soutenu et répandu ce type d’images qui disaient à qui savait le comprendre ou du moins le pressentir ce que la liturgie ne laissait qu’entrevoir. Nous avons assisté pendant les XIème et XIIème siècle à une entreprise générale prodigieuse de restauration de la tradition celtique greffée sur le christianisme dans le domaine social, politique, intellectuel et religieux. Ce qui se fit alors n’est rien de moins que la constitution définitive, après les soubresauts du premier millénaire, de la véritable société chrétienne dans un esprit parfaitement en harmonie avec la tradition sacrée universelle. Ces vierges noires exhumées peu à peu n’annoncent-elles pas le jaillissement d’une conscience nouvelle en laquelle l’humanité commençait à découvrir que chaque être humain en sa personne propre a vocation de Vierge Mère ? Car si la divinité absolue qui n’a pas de nom, demeure inaccessible en soi, ce même absolu, engendrant dans la Mère Universelle toutes les forces et toutes les formes, pénètre par elles sa manifestation, coexistant avec elles jusqu’à son revêtement le plus grossier, y compris la matière la plus dense.
Nous savons déjà que le Un est entier dans le multiple. Mais par un élargissement de conscience, grâce à la mise en action de notre intuition spirituelle, une vérité incontournable va s’imposer à nous : il existe au delà des religions formelles et dogmatiques une force supérieure niant toute limitation, toute dimension, et unificatrice parce qu’impersonnelle. La reconnaissance de cette force peut éveiller en chacun de nous les principes spirituels encore latents, tels Budhi et Atma.
Les vierges noires, archétype suprême de l’Éternel Féminin, sont capables de révéler Dieu à l’homme et de l’y ramener dans un dynamisme ascendant.
Pourquoi donc si souvent la malédiction est-elle tombée à la fois sur la nature terrestre, sur le corps physique et sur la présentation humaine de la grande génératrice qu’est la femme ? Je pense que la raison en est l’interprétation matérialiste qui fut faite de l’ancien et du nouveau testaments, lesquels, entièrement allégoriques, ont un sens spirituel et ne doivent être lus et compris que conformément à ce sens, tandis que la question de lieux, de personnes, d’évènements physiques n’est pas essentielle. Ils servent de support à une vérité éternelle, supra-mentale, qui est la clé de tous les mystères, la réalisation du Un dans l’Homme pour qu’apparaisse l’Humain, car dans l’état actuel de l’évolution, l’Humain n’est pas encore né. Il est seulement en formation : la fusion du couple Père–Mère doit se constituer et se manifester en équilibre harmonieux, d’abord en chacun de nous, puis à l’extérieur pour que puisse se réaliser un des buts de la Société Théosophique : la Fraternité Universelle. Mais tout ceci est d’une telle plénitude que nous ne devrions en voir que progressivement la portée. Déjà, l’ère du Verseau dans laquelle nous entrons à peine, favorise la croissance de l’intuition spirituelle, ce sixième sens grâce à quoi chacun de nous s’épanouira dans sa recherche personnelle. Mais il reste beaucoup de chemin à parcourir avant que l’humanité ait pris conscience que, comme l’a écrit Goethe dans Faust, « l’Éternel Féminin nous attire vers le haut ».
C’est pourquoi dans les grottes, dans les cryptes ou ailleurs dans la nature, les vierges noires continueront à jouer leur rôle de Mère Initiatrice. Car, c’est en nous interpellant qu’elles nous introduisent à l’intelligence des mystères, mystère du monde, mystère de la nature, mystère de la vie, mystère de la profondeur de l’être, mais aussi mystère de l’infinitude d’où tout est sorti et où tout doit retourner.

Gilberte GRAND

   
       
La Vierge de Sous-Terre de Chartres, disparue à la Révolution.
Gravure du XVIIème siècle.