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Maréchal de France Gilles de Rais - La rumeur Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 28-04-2010 00:29

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Tags : Argent, Banques, Crimes, Enfants, Inquisition, Martyr, Pouvoir, Religions, Rumeur, Temps


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Maréchal de France Gilles de Rais - La rumeur
 
Manger un fruit pour éviter de parler, car ce n’est pas si facile de s’abstenir de colporter des balivernes.
« Tel qui parle étourdiment blesse comme une épée. La langue des Sages guérit ». (Bible, Proverbes)
« Ce n’est pas ce qui entre dans la bouche qui souille l’homme, mais ce qui sort de sa bouche ». (Bible, Mathieu)

Page Gilles de Rais martyr
Page sur 1440, année de mort de Gilles



La Rumeur

Quand on regarde des enluminures ou des fresques ou des sculptures du Moyen Age, on se rend compte de la richesse de l’imaginaire, imaginaire hautement plus puissant et riche que le notre ; aussi il ne faut pas s’étonner que la rumeur ait facilité à condamner Gilles de Rais. De plus cette rumeur, comme les histoires, les images et les musiques étaient colportés de village en village par des colporteurs ou marchands ambulants.
 
Ne pas oublier qu’avant l’invention de l’imprimerie par Gutenberg en Europe vers 1440 (année de mort de Gilles !), et de la fabrication du papier, la langue orale était fondamentale, et pouvait se répandre à la vitesse du cheval... sinon des pieds du marcheur (pérégrination du voyageur).

Ainsi les rumeurs et autres murmures se propageaient. La rumeur était omniprésente dans les récits de ce temps (vrais, fausse ou sans fondement). Il y a aussi les rumeurs moqueuses, explicatives, accusatrices (dans le cas de Gilles de Rais). La rumeur était et reste la mère de l’émeute urbaine (on voit cela dans le problème actuel des banlieues), surtout quand elle se transforme en murmures. Aussi, déjà au Moyen Age, la rumeur est très surveillée : espionnage, bannissement des bavards impénitents. Elle joue contre le gouvernement ou contre les puissants, ceux qui ont le pouvoir et le fric.
Mais la rumeur est aussi l’arme des faibles. Variée : « certains disaient... et les autres affirmaient... », elle ne repose parfois sur rien (peut-être le cas de Gilles de Rais).
On s’effraie soi-même et on se monte la tête dans une sorte d’auto-hypnose. Et quand il se mêle à la rumeur la magie blanche ou noire comme pour le cas de Gilles de Rais, ça devient terrible. En plus si l’on y ajoute la torture : « certains accusés ont avoué... », aveux pouvant contenir n’importe quoi pour faire cesser le supplice, la rumeur coagule en preuve sans fondement !

Comme pour les colporteurs véhiculant oralement des histoires et des images, les « nouvelles » de l’époque et autres ordonnances royales étaient criées dans les rues, comme avec notre garde-champêtre et son tambour, et certaines ordonnances étaient affichées ; chaque exécution de personne est précédée de la lecture des motifs de la condamnation. Les paix, les traités et de nombreuses mesures administratives font aussi l’objet de proclamation.

Ainsi on peut comprendre la rumeur qui a entouré et détruit Gilles. Rumeur qui l’a sali, fait comparer à Barbe Bleue de Charles Perrault, rumeur qui en a fait un serial killer inspirant le dégoût, la répulsion ; évènement mystérieux tant il est incroyable, car cette rumeur ne concerne pas moins que l’un des plus célèbres et plus puissant seigneur du royaume de France.
Gilles était puissant dans bien des domaines : politique (s’est illustré avec bravoure près de Charles VII), compagnon d’arme de Jeanne d’Arc ; richesse immense ; doué dans la culture et les arts, aussi bien dans ceux de la guerre que dans la littérature et autres cultures de son temps.
Le roi Charles VII se sert de Gilles de Rais, de Jeanne d’Arc et de Jacques Cœur, trois grands personnages qui subiront des condamnations infamantes avant d’être plus ou moins réhabilités quelques années plus tard, mais pour Gilles il fallu attendre le 20è siècle pour avoir un semblant de réhabilitation. Si Jeanne d’Arc est canonisé en 1920, on peut attendre longtemps pour celle de Gilles...

Il y a deux périodes dans le vie de Gilles :

- L’art de la guerre auprès du roi et de Jeanne d’Arc,
- Après le supplice de Jeanne à Rouen le 30 mai 1431, Gilles cesse de combattre, et se retire sur ses terres pour s’y livrer à la culture comme nous l’entendons de tous temps. En 1435, pour réhabiliter Jeanne et honorer sa mémoire, il fait composer et jouer le Mystère du Siège d’Orléans. Il établit une collégiale, devient grand mécène en aidant divers artistes, comédiens et musiciens. Il a une immense bibliothèque avec principalement des auteurs latins. L’imprimerie n’est pas encore inventé.
Dans cette période de la vie de Gilles, on a écrit qu’il avait été disgracié. Or jusqu’à la fin de sa courte vie il perçoit sa pension de Maréchal de France, il entretient une armée qui sert Charles VII comme le prouve l’attaque du Mans conduite par la Fausse Pucelle.

La période où vécut Gilles est effrayante : Guerre de Cent, ondes de chocs des croisades qui ne sont pas loin, chevalerie qui a des hauts et des bas depuis les croisades où la spiritualité en prend un coup, et où la violence devient reine : on arrête, on séquestre, on torture, on pille. Le pays est écrasé de taxes, les grands seigneurs se querellent alors que le roi Charles VI est malade ; l’Église est déchirée et les schismes troubles les pensées. Il y a des élans de grande générosité extraordinaire mêlés de matérialisme digne de notre temps car on accapare le bien d’autrui sans aucun remord. Mais à cette époque, des choses qui nous paraissent révoltantes étaient vitales au Moyen Age.

L’Art alchimique est à son apogée, Nicolas Flamel est « mort » en 1418, l’attrait du pouvoir est hélas trop lumineux pour être honnête !
L’Alchimie est synonyme de pouvoir, à cause de l’Or, que maudissent nombres d’Adeptes, cet Or qui ne s’oxyde pas,  mais cause d’innombrable morts, autant sinon plus que l’opinion ! Gilles n’avait pas besoin de pratiquer le labour alchimique, il était une source d’Or à lui seul ; mais ses richesses étaient trop éclatantes, et c’est ce qui l’a perdu : le duc de Bretagne, le roi de France étaient jaloux. De plus, quand Gilles commence à dépenser sans compter, les membres de sa famille commencent à s’inquiéter ! Pour conserver leur patrimoine, ils demandent au roi Charles VII d’intervenir, en plus il y avait des enjeux de stratégie de places fortes ou citadelles qui étaient sur l’échiquier...
Le matérialisme, vitale à l’époque, allait bon train : des membres de riches familles allaient jusqu’à l’assassinat, et des mariages étaient conclus en bas âges, dans l’unique but bien paysan de réunir des terres.
Cette convoitise des biens est une des causes de l’arrestation de Gilles de Rais. Arrestation, procès, condamnation et exécution s’enchaînent à une vitesse étonnante pour l’époque, comme pour mettre fin à une chronologie. Gilles disparaît dans la gueule de l’Inquisition, à cause de sa propre confession si invraisemblable, et qui nous choque encore 570 après.

Comme le souligne Jean-Pierre Bayard dans son livre : Plaidoyer pour Gilles de Rais, dont je me sers comme documentation en grande partie, tous les clichés à l’emporte-pièce de l’Inquisition se retrouvent dans le procès de Gilles. Même système que pour les Templiers. Il n’y avait qu’à suivre le « manuel » établit, non pas par la CIA, ça viendra ! mais par son ancêtre : Bernard Gui vers 1321.
Ces procès de l’Inquisition sont des âneries basées sur des rumeurs, qui ont envoyés de nombreux pauvres bougres dont Gilles et Jeanne. Ces rumeurs ont prises des proportions invraisemblables et pendant des siècles, alors qu’on ne sait pas comment Gilles était physiquement, quelle était la couleur de ses yeux. Des auteurs se sont amusé à imaginer les « jeux pervers » de Gilles, et lui ont ajouté des crises d’épilepsie, le qualifiant de « dégénéré supérieur ». De rumeurs en rumeurs en passant par les déformations imaginaires, Charles Perrault se serait servi de Gilles pour son Barbe Bleue. Les chevaliers de l’époque de Gilles ne portaient pas de barbe en général.

Petit neveu de Du Guesclin, Gilles est le premier enfant d’une famille angevine immensément riche, qui descend de Brumor de Laval, alliées aux Montmorency-Laval, Machecoul. C’est là que l’on découvre le nom de Craon, une des plus anciennes baronnies d’Anjou. Les Craon sont alliés aux Plantagenets, souverains d’Angleterre. Jean de Craon mourra le 15 novembre 1432 à Champtocé, à l’âge canonique pour l’époque de 77 ans.
C’est ce Jean de Craon qui aurait éduqué Gilles, et qu’on a accusé d’immoralité et autres tares ayant déteintes sur Gilles. Mais il est très difficile de trouver la logique et façon de penser de l’époque, et juger avec notre mental de maintenant ! D’autant qu’en ce qui concerne le passé de l’époque de Gilles, on ne dispose que des actes notariés, quelques lignes sans aucune chaleur humaine. Difficile alors de porter un jugement sur ces lointains Français.
A cette époque les intérêts primes avant tout. Rois et nobles envisagent dès les naissances des unions profitables à leur maison et les territoire. C’est ainsi que Gilles à l’âge de 13 ans est fiancé le 14 janvier 1417 à Jeanne Peynel, âgé de 4 ans ! Riche futur mariage car cette Jeanne apportera en dote des pâturages de Normandie... Mais Jeanne ne se mariera pas : entrée au couvent, elle meurt après Gilles.
Si chaque grandes familles étaient un petit état dans l’État, les seigneurs de ces familles y faisaient leur propre justice... Le roi donne simplement l’exemple : la loi, non établie, varie selon le bon vouloir du roi ou de celles des grands seigneurs.
Le domaine de Retz, Rais, est envié. La baronnie de Retz dépend du duché de Bretagne, et s’étend jusqu’à l’océan Atlantique, face à l’île de Noirmoutier

Gilles de Rais devait être un enfant doué. Il triomphe dans le métier des armes que voulait sa triste époque chaotique, mais en même temps il est un grand seigneur lettré, chose assez rare, car nombre de seigneurs n’avaient rien à faire du latin et de la poésie ! Gilles a donc une importante bibliothèque et fait relier de cuir ses ouvrages qu’il emporte lors de ses chevauchées. Selon certains auteurs, la bibliothèque de Gilles comportait les Métamorphoses d’Ovide, Suétone, Saint Augustin, et des ouvrages sur le théâtre, qui passionnait beaucoup Gilles.
L’éducation de Gilles enfant fut somptueuse : en plus de l’art de la guerre,par génie ou par nécessité, il se lança dans la littérature, la science et les arts. Les historiens s’accordent à le considérer, du moins dans son côté positif ou lumineux, comme l’un des homme les plus instruits de son temps. Ils s’accordent même à voir en lui l’une des plus belles intelligences de son siècle, sinon l’une des mieux équilibrées ; selon ce qu’en refait vivre l’Abbé Brossard, un des auteurs important sur Gilles de Rais.
Ainsi, Gilles possède à la fois la violence et la fermeté du guerrier et la souplesse et la légèreté des arts ; tout ceci étant du domaine physique, faire du théâtre, peindre un tableau, même si Gilles n’aurait peint aucun tableau, c’est toujours du domaine physique... dans la subtilité.
Si Jean de Craon a éduqué Gilles, à voir le résultat, il est difficile de lui coller sur le dos un esprit vicieux et débile ayant déteint sur Gilles.

- Journal d’un Bourgeois de Paris : année 1410

... Fin août, que chacun en droit soi amena tant de gens d’armes autour de Paris, qu’à 20 lieues environ était tout dégaté (ravages de guerres) ; car le duc de Bourgogne et ses frères amenèrent leur puissance de devers Flandre et Bourgogne, mais ils ne prenaient que vivres ceux au duc de Bourgogne ni à ses aidants, mais trop largement en prenaient. Et les gens de Berry et de ses aidants pillaient, robaient (volaient), tuaient en église et en dehors église, spécialement ceux du comte d’Armagnac et les Bretons, dont si grande charté (cherté) s’ensuit de pain, que plus d’un mois, le setier de bonne farine valait 45 francs (20 francs), dont les pauvres gens de la ville comme au désespoir fuyaient ; et leur firent plusieurs escarmouches et en tuèrent moult.

On voit l’époque troublée, et 1410 fut une année de mauvaises récoltes et de disette générale. A Paris la situation fut encore aggravée par la guerre.

À suivre...

[Photo du haut : Charles VII peint par Jean Fouquet]
 
 

Dernière mise à jour : 28-04-2010 01:26

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