Accueil arrow News arrow Dernières news arrow Temps et mercantilisme
Temps et mercantilisme Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 30-05-2010 21:51

Pages vues : 1879    

Favoris : 157

Publié dans : Les News, Dernières news

Tags : Argent, Banques, Temps, Travail


campanula_latifolia_430.jpg
 
Temps et mercantilisme
Ou le « Temps c’est de l’argent »
Ou invention de l’usure et du temps de travail
D’où plus tard l’invention de la « propriété intellectuelle »
 
Pour gagner du temps, aller lentement.
Qui veut gagner du temps en perd.
Qui sait prendre son temps en gagne.
 
 
 
Déjà le mot travail indique : fatigue, tourment, peiner. Travailler indique : molester, tourmenter, importuner, souffrir. Travailler vient du latin tripaliare, torturer avec le tripalium (instrument de torture à trois pieux pour punir les esclaves rebelles). Le « travailleor » est celui qui fait souffrir, qui tourmente, c’est donc l’ennemi, dans le sens du français du 13è siècle.
 
« La chose la plus excitante que vous rencontrez dans le gouvernement relève de la compétence, parce que c’est tellement rare ». Le sénateur Daniel Patrick Moynihan.

Voilà un homme politique qui a tout compris, car la politique est de l’ordre du qualitatif, alors que le pouvoir économique est de l’ordre du quantitatif... Presque tous les politiques actuels mélangent les deux pouvoirs... on voit le résultat.

Pouvoir économique et pouvoir politique ont été côte à côte avec plus ou moins de bonheur, mais plus de malheur, depuis au moins 4000 ans.

En Occident, le Moyen-Age, nom inventé, pour certains historiens comme Jacques Le Goff et quelques autres, ils souhaiteraient faire s’étaler le Moyen-Age de la chute de l’Empire romain jusqu’à la Révolution française de 1789. Il y a de quoi, car cette Révolution déclencha avec ses horreurs : l’idée de création de la Nation (repris plus tard et déformé par un certain Theodor Herzl), de ville, de l’unification du temps (19è siècle avec les chemins de fer et les machines) et des mesures et donc du temps, de la personne, des banques, etc. Passage du travail-pénitence de la Bible au travail moyen de salut de l’ère industrielle du 19è siècle, selon Jacques Le Goff.
Mais cette période de temps baptisé évidemment arbitrairement Moyen-Age démarre peut-être à la fondation de Rome par Romulus, et nous ne sommes pas encore sorti du Moyen-Age... Ou bien il faut tout simplement supprimer 800 ans du Moyen-Age (an 600 à an 1400). Mais ce serait une erreur car cette période a particulièrement été imaginative, surtout vers l’an 1000 pour échapper à la censure de l’Église chrétienne.

Le Moyen-Age est une période « qui sent fort », et « qui crie », à cause de l’intensité de la vie à cette période ; qu’on regarde simplement les croisades, l’importance donné aux humbles, aux artisans et au peuple, aux bergers, aux enfants (avec Gilles de Rais). Paradoxalement, avec la soi-disant démocratie, c’est le contraire qui est en train de s’installer depuis 1789..
On ne pourra pas « supprimer 800 ans de moyen-Age », car ce fut un monde trop imaginaire, donc trop poétique et ayant trop le sens du merveilleux ; monde souvent étrange et mêlé de mélancolie comme d’emphase. Un monde si proche de l’enfance, si proche et déjà si lointain, à cause des aspects dit « primitifs ». Le monde de l’ombre et de la lumière, plutôt que bien plus tard le sinistre siècle dit « des lumières », d’où dérivera la Révolution de 1789. Le Moyen-Age, un monde du merveilleux, du surnaturel, et, du miracle... en violation des « lois » de la Nature... et qui dit miracle dit rareté, parce que selon quelques religieux, Dieu n’aime pas violer les lois qu’il a édictées. Hélas c’est déjà faire du sophisme en prétendant une quelconque pensée à Dieu.
Comme merveille par exemple, et peut-être découlant de l’Après-Vie chère aux Anciens Égyptiens, la mort n’était pas si terrifiante qu’on pouvait le croire. Ce que l’on craignait, c’était le châtiment dans l’Après-Vie, les tourments de l’enfer.
Ce Moyen-Age c’est nous, comme l’écrit Jacques Le Goff.

C’est à cette période que des gens scrupuleux se sont demandé s’ils pouvaient faire payer pareil, pour une même affaire mercantile, par celui qui ne peut pas payer tout de suite que par celui qui règle immédiatement. Bien-sûr que la réponse est oui, car si un marchand fait payer du temps, il commettrait une usure en vendant ce qui ne lui appartient pas. (Manuscrit cité par Jacques Le Goff).
L’usurier agit contre la loi naturelle universelle, car il vend le temps, qui est commun à toutes les créatures. [Note : extraordinaire d’avoir ici avant Carl Gustav Jung l’idée d’inconscient collectif] Augustin dit que chaque créature est obligée de faire don de soi ; le Soleil est obligé de faire don de soi pour éclairer ; de même la terre est obligée de faire don de tout ce qu’elle peut produire et de même l’eau. Mais rien ne fait don de soi d’une façon conforme à la nature que le temps ; bon gré mal gré les choses ont du temps. Puisque donc l’usurier vend ce qui appartient nécessairement à toutes les créatures, il lèse toutes les créatures en général, même les pierres d’où il résulte que même si les hommes se taisaient devant les usuriers, les pierre crieraient si elles le pouvaient ; et c’est une des raisons pour lesquelles l’Église poursuit les usuriers... (Extrait d’une note du livre : Un autre Moyen-Age, de Jacques Le Goff, page 49)
Merveille, ça rejoint l’absurde « propriété intellectuelle ».
A cette cette époque le Temps est comme on le voit associé à Dieu. Aussi pour les premiers chrétiens l’éternité est un temps qui se prolonge à l’infini. Le temps est donc linéaire, avec l’apport des idées grecques, le temps tend vers Dieu : la flèche du Temps. Toutes ces notions qui ont d’ailleurs rendues le temps de  plus en plus invention humaine, et naturellement de plus en plus incompréhensible ! Incompréhensible car intellectualisé, raisonné à la manière de ces emmerdeurs de Grecques comme Aristote... hélas très en vogue au Moyen-Age. Car la « science » est passé d’Athènes à Rome, puis en France, et ensuite à Paris où, des écoles urbaines va naître l’université et la scolastique, comme l’explique Jacques le Goff. Scolastique qui débouchera sur les écoles de Jules Ferry... ou triomphe du formatage.

Le temps naturel est le cycle des saisons, du jour et de la nuit impliquant un temps de travail, avant l’invention d’un quelconque éclairage. Dès qu’on commença à le mesurer à l’aide d’un cadran solaire, d’un sablier, le commerce et le mercantilisme et les pièces de monnaie s’en sont suivit.
Le temps commence à devenir chronologie, et donc personnalité et individualisme : Le gouverneur royal d’Artois autorise en 1355 les gens d’Aire-sur-la-Lys à construire un beffroi dont les cloches sonneront les heures de transactions commerciales et du travail des ouvriers drapiers. L’utilisation, à des fins professionnelles, d’une nouvelle mesure du temps y est indiquée avec éclat ; comme le précise J. Le Goff dans cet exemple frappant qu’il donne. Ainsi on retrouve le « Temps Philosophique » de l’Alchimiste du Moyen-Age. C’est le début de l’œuvre de Satan : ORGANISER : le travail et les horaires pour rentabiliser, pour arriver à notre folie industrielle, celle des cadences infernales et du dieu consommation et du tout jetable.

A propos de ce que les Couilles en Or veulent imposer : l’individualisme, et donc le consommateur, au Moyen-Age, la pauvreté était moins cruelle que maintenant.
La plupart des gens au Moyen-Age vivait dans une extrême pauvreté, comme en Russie ; mais il existait des relations de grande fraternité qui ont disparu depuis bien longtemps (voir la partie sur la Renaissance). La solitude du pauvre qui réussit à descendre sur les quais du métro parisien pour quêter n’existait pas bien-sûr ; mais personne ne se retrouvait totalement seul comme maintenant. Les gens, et en toute logique, vivaient en troupeau, en groupe. Vu la vie dure, les gens de la société médiévale étaient solidaires. Tout le monde était intégrer dans un groupe. Il n’y a qu’à voir l’épisode de la célèbre série de films : Angélique marquise des Anges, où on peut voir la formidable entre-aide dans la communauté de la Cour des miracles.

Dans cette époque de solidarité, il y avait la famille, le village, la seigneurie, qui fonctionnait un peu comme notre Sécurité Sociale, explique l’historien du Moyen-Age Georges Duby. Lorsque survenait une famine, le seigneur ouvrait ses greniers pour nourrir les pauvres. S’il y a une leçon à retenir, c’est celle-là : les hommes du Moyen-Age n’avaient pas perdu le sens de leur responsabilités à l’égard des autres, comme nous le voyons trop actuellement (voyez encore l’anecdote sur la poste) Il avaient le sens du collectif, du démocratique même. Des exclus, il y en avait tout de même : les Juifs, auxquels on a imposé au début du 13è siècle le port d’un insigne, et les lépreux, qui se déplaçaient en agitant une crécelle pour que les autres s’éloignent. La lèpre, le sida de l’époque... Peste et lèpre étaient considérées comme des punitions divines. Aussi le lépreux était enfermé, avec le même logique à la Aristote : péché de chair et d’ardeur sexuelle...

Notre terrible époque qui renforce encore plus la notion de temps la rendant de moins en moins compréhensible : fixation d’un moment par une fresque peinte sur un mur ; invention du portrait et donc d’une chronologie ; invention de la photo au 19è siècle, ou plutôt redécouverte, qui débouchera sur le cinématographe ; puis écriture d’histoires pour le cinéma selon la linéarité et la logique à la Aristote et sa scolastique ; prison et abrutissement de la télévision en un nombre toujours plus grand de chaînes (aux pieds !). Alors que c’est le contraire qui devrait se réaliser : « Retrouver l’Instant » ou « Temps sacré », et donc absence de temps vulgaire ou flux de chronologies ; ce qui a d’ailleurs débouché sur l’idée des univers parallèles, qui est peut-être encore une autre prison. Voir la symbolique contenu dans la série des films Cube.

Tout est cyclique et recommencement : l’idée des quanta et de discontinuité est déjà présente chez les « atomistes de l’Antiquité » et ensuite chez les Arabes.
Longtemps l’unité de temps était lié à la fonction : le paysan et bien d’autres professions lié au levé et couché du Soleil, d’où le mot « campagne » : du latin campania, mais surtout de « campane » : la cloche : campanier : le clocher. La fleur campanule est bien en forme de cloche (photo du haut), celle qui rythme les heures d’une journée. Mais évidemment, dans le contexte solaire et religieux, le travail de nuit était sacrilège !
Cette association campagne et temps se trouve dans l’inconscient collectif, puisqu’il suffit de regarder par exemple le célèbre Angélus du peintre Jean-François Millet, peint presque au milieu du 19è siècle à la naissance du chemin de fer. Inconscient collectif renforcé par le grand nombre de reproductions de l’Angélus sur beaucoup de supports.

La demi-journée va être inventée au 14è siècle. Déjà en 1315, des maîtres drapiers et des valets font des réclamations pour un temps de travail plus long afin de gagner plus...
L’Église chrétienne, qui voudrait échapper au temps vulgaire, n’échappe aux mesures du temps : invention de l’emploi du temps avec : Mâtines, Laudes, Prime (6 h), Tierce, Sixte, None (9 h), Vêpres, Complies... Ceux qui sonnaient les cloches avec du retard étaient à l’amende ! Dans quelques monastères le retard à la prière était punit de 50 psaumes ou 50 coups...
Tout ça va s’amplifier, se rationaliser, avec l’invention de l’horloge mécanique ; véritable prémisse du monde binaire de l’informatique préhistorique telle que nous la connaissons à ce jour. Et aussi véritable départ de l’unification du temps : même comptage partout dans le monde, du moins en Europe.
La mécanisation, l’industrialisation remonte bien-sûr au 19è siècle, mais surtout derrière le catalyseur que fut la Révolution française de 1789. L’invention du chemin de fer a imposé des horaires strictes (en principe, voir la SNCF actuelle !). Les voyages en bateaux à vapeurs ont imposés les fuseaux horaires. Comme tout s’accéléra, il fut nécessaire d’inventer la minute et la seconde, et encore plus petit maintenant...

Au début, l’horloge mécanique a des ratées, telle une machine a voyager dans le temps. Elle est né de la « bourgeoisie donneuse d’ouvrage », soucieuse de rentabilité et donc de mesurer le temps afin de faire plus de profit ! C’est pourquoi il existe nombre de légendes comptant les aventures de diaboliques horlogers ayant signé un pacte avec Satan le Grand organisateur...
En 1370 Charles V ordonne que toutes les cloches de paris se règlent sur l’horloge du Palais Royal qui sonne les heures et les quarts d’heure. Le temps nouveau devient affaire d’État et d’autorité. Ce roi, lecteur du funeste Aristote, encore lui... a domestiqué le temps devenu rationalisme. Il en découla bien-sûr un ébranlement spirituel.

Mais le temps n’existe pas, sauf des cycles, et encore si on les observent... Alors le temps n’est qu’une création de l’esprit humain, ni plus ni moins... Avec l’invention de la montre individuelle, ça s’aggrave ! Quand sera-t-il dans quelques décennies avec le téléphone portable et autre outil informatique, de plus en plus plat et miniaturisé... mais toujours en binaire ! Ces miniaturisations renforcent et emprisonnent dans un individualisme outré, augmenté par une État qui considère maintenant tous ses « serfs » comme des vaches à lait, des vaches à consommer et à fabriquer du fric comme des fromages. (Voir la page sur ma surprise dans une poste à Paris)

Ne pas oublier que l’époque qui suivit le Moyen-Age : la Renaissance, ce furent les « grandes découvertes » en Amérique, la boussole, l’horlogerie, l’imprimerie, l’invention du canon et du fusil à rouet, invention de la perspective, le passage du géocentrisme à l’héliocentrisme, la Terre tourne. Tout cela bouleverse les humains pour aborder ce que nous appelons : modernité. Et nous le devons en partie à Aristote et à sa logique à la con... En effet, selon la définition aristotélicienne du temps, le temps est le nombre du mouvement (sic)... mais un auteur souligne que cette définition ne concerne pas la chose, mais est une définition selon le nom ! Encore un mauvais point pour l’élève Aristote ! C’est-à-dire qu’on a encore à faire à un arbitraire, à une convention « point de repère ».

Mieux vaut comprendre le temps comme le Temps sacré : l’Instant. C’est ce que fait Saint Bernard.

Le temps est un don de Dieu et ne peut donc être vendu. Hélas, le tabou du temps que le Moyen-Age a opposé au mercantilisme est levé à l’aube de la Renaissance. Le temps qui n’appartenait qu’à Dieu est désormais devenu la propriété de l’humain. Ce fut une nouvelle chute du Paradis, il est important de le noter. Le temps de la Trinité : un temps pour la prière (oratore), un temps pour la guerre (bellatores), un temps pour le travail (laboratores), s’est transformé en une terrible dualité : un temps pour la guerre et les guerriers, et un temps pour le travail et les travailleurs... Il est bien connu que toute division, donc tout BINAIRE divise... Même le Yin et Yang des Chinois... La société bipartie pose de gros problèmes. Il ne faut pas oublier, comme avance Jacques Legoff dans un article de Télérama qui lui est consacré (Télérama n° 2884), que de l’invention du confessionnal qui servait à maintenir un certain équilibre mental de la société, il suffit de basculer le confessionnal à l’horizontal pour qu’il devienne le divan du psychanalyste...

Rappel :
le mot LABOR indique le fruit de toute activité acquise avec ses mains et son esprit, par rapport au contraire : un patrimoine hérité.
Laborer indique travailler, cultiver la terre, fabriquer. Laborage indique le travail en général le produit du travail, la culture de la terre. Labor indique le travail pénible, la fatigue, la peine. Le laboreor est le travailleur, l'ouvrier, le cultivateur.

Gianozzo : Il y a trois choses que l’homme peut dire lui appartenir en propre : la fortune, le corps...
Lionardo : Et quelle est la troisième ?
Gianozzo : Ah ! une chose extrêmement précieuse. Ces mains et ces yeux ne sont pas autant miens.
Lionardo : Merveille ! Qu’est-ce que c’est ?
Gianozzo : Le temps, mon cher Lionardo, le temps, mes enfants.

Texte de Leon Battista Alberti, I libri della famiglia, livre premier. L’horloge devient la référence de la Sapience. Mais dans l’extrait qu’en donne Jacques le Goff, bien prêter attention à la fin : « mes enfants ». Cela indique que le temps appartient à tous mais est aussi une vue de l’esprit humain...
 
Rappel :
Il y a deux sous-temps dans le temps profane :
A) DYNAMIQUE : économie de temps = accélération vers la vieillesse.
B) STATIQUE : perte de temps = ralentissement du temps, état de jeunesse prolongé.
 
M. R.
 
 

Dernière mise à jour : 31-05-2010 00:06

Citer cer article dans votre site Favoured Print Envoyer à un ami Articles associés

Commentaires utilisateurs  Fil RSS des commentaires
 

Evaluation utilisateurs

 

Aucun commentaire posté



mXcomment 1.0.8 © 2007-2014 - visualclinic.fr
License Creative Commons - Some rights reserved
< Précédent   Suivant >