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Le Roi et l’Oiseau Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 30-11-2008 01:22

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Publié dans : Présentation Dessins Animés, Sommaire deux Maîtres

Tags : Dessin animé, Le Roi et l’Oiseau, Paul Grimault,



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Le Roi et l’Oiseau
(La Bergère et le Ramoneur)

L’argent donc le travail c’est l’enfer !
 
 
http://www.afca.asso.fr/spip.php?article217
http://www.afca.asso.fr/spip.php?article231
Dossier le Roi et l’Oiseau : http://www.objectif-cinema.com/horschamps/098.php
http://marnie.alfred.free.fr/

Site officiel des Films Paul Grimault : http://www.paulgrimault.com/paulgrimault.html

Dessin animé de long métrage, écrit par Jacques Prévert et Paul Grimault et réalisé par Paul Grimault. La Bergère et le Ramoneur, (tourné en Technicolor en Angleterre) date de sortie : 1953. Le Roi et l’Oiseau a été mis en route entre 1966-1967 et jusqu’en 1979, et avec une date de sortie : 1980.

L’histoire est une adaptation du conte La Bergère et le Ramoneur, de Hans Christian Andersen.
 
Résumé d’après Image et Son n°204 d’avril 1967.
Le Roi Charles V et III font 8 et 8 font seize de Takicardie se rend à sa partie de chasse coutumière. Il manque d’adresse et rate l’oiseau « encagé ». Furieux il retourne dans son palais où un artiste fait son portrait de roi qui louche. Mécontent le roi de Takicardie fait disparaître l’artiste dans les oubliettes et gagne ses appartements particuliers situés au 1999è étage. Le Roi se couche et s’évade en rêve mélancolique. La Bergère et le Ramoneur prisonniers dans leur cadre étroit s’animent et fuient la chambre du Roi par la cheminée. Le Roi lance sa meute de policiers à la poursuite de « la Bergère et d’un petit ramoneur de rien du tout » sur les toits, les canaux, dans le palais, dans la ville basse.
Le Roi met son robot en branle. La machine blindée détruit la ville basse et s’empare de la Bergère que le Roi va épouser. Le Ramoneur et l’Oiseau sont emprisonnés dans la fosse aux lions. L’Oiseau connaît le « langage lion » et convainc les féroces animaux de les épargner et de le suivre au palais royal où se déroule la cérémonie nuptiale. L’attaque se déroule comme prévu. Le Roi enlevant la Bergère se réfugie dans le robot. L’Oiseau s’empare des commandes du robot. La Bergère et le Ramoneur sont sauvés. Le robot détruit Takicardie.
Au bord de la mer un nouveau village s’est élevé : la Bergère et le Ramoneur vivent heureux au milieu d’un peuple libéré de l’étreinte d’un tyran.

 
En ces temps de problèmes économiques et de déséquilibre entre riches et pauvres, et qui entraînent par là même une privation de liberté : une étude de l’ONU a révélé que 2% d’adultes les plus riches du monde détiennent plus de la moitié de la richesse globale des ménages, Jacques Prévert était un champion de la liberté. Cela s’exprime à tous les plans du Roi et l’Oiseau.
 
 
Quelques extraits de l’article de Hubert Arnault, toujours d’après Image et Son n°204.
... L’oiseau... ils ont vu un oiseau. Je vous l’avais dit mes amis, nous sommes sauvés, le monde existe, le soleil brille et il y a aussi des oiseaux... La vie est belle... Nous verrons tout cela un jour... En avant la musique !
Jacques Prévert.

Château Haut et ville basse.
Privation de liberté par le travail forcé, ici pour un potentat local. Mais il n’y a pas de bien grandes différences avec la situation actuelle où on travaille pour engraisser de riches actionnaires. Je pense que Jacques Prévert serai d’accord avec moi.

- Le faste démesuré du royaume de Takicardie repose sur les fondations de la ville basse sans soleil. Telles des clochers et des minarets provoquants et orgueilleux, les tours s’élancent dans l’air pur. Visible alentours à cent lieux, la beauté architecturale de l’ensemble du royaume apparaît pour mieux faire disparaître la désolante réalité de la vie quotidienne, dérisoire, ombragée, des habitants de la sinistre ville basse. Le château séduit par ses façades, l’apparat gave les yeux. L’audace de l’architecture met en relief le talent des constructeurs et des artistes patentés. Elle symbolise aussi le travail forcé.
La richesse des intérieurs fait cohabiter le confort et le luxe. Des machines donnent la première place au progrès. Cet univers de choses est une façade aveuglante qui masque la vile réalité d’un monde organisé en labyrinthes obscures où l’on étrangle la liberté d’un peuple.
...
 
 
 
Oppresser pour régner.
Le monde serait trop beau, si les mauvais n’occupaient toujours les meilleures place. Le pauvre (celui qui dérange, NDMR) qui ne demande qu’a vivre avec sa liberté de vivre est continuellement soumis à des forces artificielles d’oppression engendrées par l’organisation de la société avec ses hiérarchies omnipotentes de grade, de droit et de profit. Il subit ainsi diverses agressions continues.

Aussi, dans le livre de Naomi Klein : La Stratégie du Choc, elle décrit l’oppression du capitalisme de l’École de Chicago :
- En Chine, malgré une croissance économique fulgurante, l’écart de revenus entre les citadins et les 800 millions de pauvres qui vivent dans les campagnes a doublé au cours des vingt dernières années. En 1970, les 10% des Argentins les plus riches gagnaient 12 fois plus que les pauvres ; en 2002, ils gagnaient 43 fois plus. La « réussite politique » du Chili a véritablement été mondialisée.
En 1980, aux USA les PDG gagnaient 43 fois plus que les travailleurs moyens ; en 2005 les PDG touchaient 411 fois plus !
Depuis le lancement du néolibéralisme de l’économie de cette École de Chicago à travers le monde entier, la « croisade » économique avait réussit à conserver un vernie de respectabilité et de légalité. Hélas aujourd’hui, ce qu’on découvre, ce sont les inégalités grossières érigées en système et souvent rendues possibles par une criminalité grotesque.

On retrouve la « libre entreprise » dans la Bergère et le Ramoneur, mais déguisée, puisque tout converge vers le Roi qui s’en met plein les poches afin de cultiver son idolâtrie.
 
 
Toujours d’après l’article d’Hubert Arnault :
Ces profiteurs de guerres, des désastres, qui montent des multinationales de la sécurité et des services sont admirablement symbolisé par un autre chef-d’œuvre de Paul Grimault : le Petit Soldat : le malheur de la guerre fait sourire et danser le diable profiteur. La paix revenue, c’est la désolation de la destruction, les blessures du cœur et la même arrogance des profiteurs.
L’injustice toujours en pleine santé pour établir son règne, continue de peser sur le monde avec ses sordides pièges des cages à oiseaux, des oubliettes, des prisons sans soleil et l’obstination à imposer aux gens le culte d’une personnalité, celle du Roi. L’oppression trouve toujours ses agents et ses serviteurs dévoués.
La meute des flics qui hante le royaume des fondations du château au sommet des tours, accomplit sa besogne avec l’élégance servile des faibles d’esprit (qu’on élimine sans scrupule, comme on jette un papier aux ordures). Des savants mettent au point « l’arme absolue du pouvoir » le robot. Tout est prévu pour ne pas perdre. Comme rien n’est absolu en ce bas monde, la machine peut se détraquer... l’espoir subsiste.
...
 
 
Le Roi de Takicardie n’est pas sûr d’être le maître de son monde. Harcelé constamment par les vexations de l’Oiseau, il révèle les faiblesse morales et physiques du monarque absolu. Le Roi louche, son visage est disgracieux, il règne par la terreur. Insensible, dénué de tout esprit, il conduit son royaume comme il respect son chien : à la baguette. Toute incorrection engendre une punition. Dans un tel contexte, la « popularité » du monarque ne peut être qu’artificielle. Les places publiques, les squares, les musées officiels regorgent de statues et d’effigies célébrant sa Majesté.
Maniaque des oubliettes surprises, le Roi se moque royalement de la vie des autres. Comme il a un cœur qui bat tout de même, il se préoccupe de sa descendance, et c’est pour cela qu’il veut épouser la Bergère.
 
 
Paul Grimault et le travail de l’animateur.
L’animateur est comme le comédien, il donne vie à son personnage. Paul Grimault étant le metteur en scène, c’est lui qui dirige les acteurs et par conséquence les animateurs. Grimault indique qu’il faut garder l’essentiel de l’attitude du mouvement. Respectant le caractère global de chacun de ses personnages, Grimault les dote uniquement des activités utiles. (Ce n’est pas le cas par exemple de Gullivers’s Travels).

Ce qui est beau dans l’œuvre de Grimault c’est la schématisation des personnages, leurs formes sculpturales ; nous ne sommes plus du tout dans l’animation « chewing-gum » de Gulliver’s Travels. Et pourtant la « loi » de la ligne ondulatoire est respectée, sinon l’animation serait saccadée. Les visages, les corps des personnages de Grimault semblent des jouets, des poupées, avec leurs caractères propres qui déterminent leur mouvement. Par exemple les flics du Roi et l’Oiseau ont des mines standardisées à la moue expectative, et ils se déplacent lourdement. Tout le temps confus, ils font la révérence d’acquiescement et de renoncement. Leur rire de lèse-majesté est gros.
Les acteurs de Grimault tirent leurs racines dans la réalité quotidienne, c’est en cela que ses films donnent au cinéma d’animation une dimension adulte originale que l’on trouve vainement dans la plupart des films d’animation qui se complaisent dans la curiosité du trait et de son mouvement (comme Gulliver’s Travels), et laissent échapper la grande liberté d’expression qui leur est offerte au profit d’un amusement intellectuel décevant dans le temps.
 
 
La Bergère et le Ramoneur ont les cheveux blonds et les yeux bleus. Ils sont la vraie vie. Nouveaux venus dans la ville basse, ils représentent l’espoir de voir le monde changer, c’est-à-dire exister comme il le doit NATURELLEMENT. Ils ont vus le soleil, les étoiles, les oiseaux. Ils redonnent courage aux habitants écrasés de la ville basse inhumaine, et qui finissaient par croire que le monde n’existait plus.

Forces vitales de la révolte, le ramoneur et l’oiseau multicolore sont unis pour aller à la victoire de la liberté. Prisonniers et esclaves du travail forcé dans l’entreprise générale des sculptures officielles et royales, reconnue d’utilité publique, ils ne tardent pas à passer à l’action. Le petit ramoneur sabote les portraits du roi qu’il fabrique. Jeté dans la fosse aux lions, l’oiseau soulève les fauves contre le méchant loup.
 
 
Comme on peut s’en apercevoir dès son premier court métrage : Go chez les oiseaux, le décor est important, il est une minutieuse création de l’ambiance, et non un simple support comme dans Gulliver’s Travels.
Décors, personnages, couleurs et angles de prises de vues sont autant d’éléments qui collaborent entre eux pour parvenir à une expression globale. Le mouvement est une composante qui doit obligatoirement s’harmoniser avec l’ensemble (ce qui n’est pas le cas de Gulliver’s Travels !). L’ensemble de l’œuvre de Grimault me fait penser aux fresques de Piero Della Francesca, avec une perspective aérienne, légère et lumineuse. (Voir plus bas la fresque). Par exemple dans le Roi et l’Oiseau, l’équilibre entre décor et personnage est parfait.
 
 
Enfin, comme l’écrivait Hubert Arnault :
- Ayant donné au dessin animé français une talentueuse réalité, Grimault s’est trouvé victime de cette réussite (1). Éloigné par les hommes d’argent de la possibilité de poursuivre son œuvre, il a été condamné au silence. On ne mesurera jamais combien la perte est grande pour le cinéma d’animation, le cinéma tout court.
 

Michel Roudakoff
 

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Salomon reçoit la Reine de Saba, de Piero della Francesca, fresque d'Arezzo.
 
 
 
Note.
1. Entre 1953 et 1970 date de réalisation du court métrage Le Diamant, Grimault n’aura réalisé que La Faim dans le Monde (1957). Il y a donc comme une traversée du désert, non seulement de Grimault, mais de tout le dessin animé français. Grimault aurait dû faire au moins un deuxième dessin animé de long métrage. Seul la télévision d’État, alors ORTF, propose à Grimault un travail somptueux de création, en la création de décors dessinés au fusain et agrandis photographiquement, pour le film de télévision de Pierre Prévert, le frère de Jacques : Le Petit Claus et le Grand Claus (1965). Hélas il n’y a pas eu de suite, on se demande d’ailleurs pourquoi, tant les qualités du spectacle étaient parfaites.
Je suis allé voir Paul Grimault plusieurs fois dans son atelier situé au fond d’une cour, au 92 rue Bobillot à Paris 13è. Je me souviens aussi d’une exposition des décors de Grimault à la Galerie de la Seita, rue Surcouf à Paris, dans les années 1990. Décors somptueux d’environ 55 cm par 40 cm, à la gouache, technique si difficile.
 
 
 
 
 
 
 
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Dernière mise à jour : 02-12-2008 00:00

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