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La passion et ses variations Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 13-01-2009 21:36

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Publié dans : Les News, Dernières news

Tags : Ambition, Collectionneur, Passion, Souffrance


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La passion et ses variations

La passion, ou l’amour du manque d’objet !
 
 
Tournant autour du livre de Clément Rosset : L’École du Réel, j’en extrait des parties importantes qui peuvent surprendre, du chapitre consacré à la PASSION, et à ses variations. J’aime beaucoup citer cet auteur car il exploit admirablement les contraires... et les croisements. Hors il me semble, qu'on ne peut rentrer dans la tentative de comprendre un peu le réel, que par les croisements et les contraires, les uns étant liés aux autres.
 
Première variation : l’ambition.
L’ambition sociale ou politique est en quête d’un objet réel, qu’il peut arriver d’obtenir à force d’efforts, de manœuvres et de réussite. mais, continu Clément Rosset : « Sans doute ; mais cette réussite ne dure pas parce que l’objet qui en était l’enjeu est très vite dévalorisée. Sitôt obtenu, cet objet est immédiatement annulé, c’est en quoi il est irréel, ne parvenant pas à « prendre de la durée »...
L’ambition véritable est inapaisable, comme l’est par exemple la passion du jeu (et d’ailleurs toute passion) : qu’on gagne ou qu’on perde, rien ne l’apaise et il faudra toujours recommencer, sans pouvoir jamais obtenir ce qu’on cherche (en fait on ne cherche rien, même si l’on trouve parfois quelque chose, comme un gain qu’on remettra éternellement sur le tapis jusqu’à la disparition totale des fonds engagés).

Deuxième variation : le collectionneur
Tout au long de son analyse C. Rosset aborde donc la passion du vrais collectionneurs, c’est-à-dire  ceux qui s’intéressent beaucoup moins aux objets qu’ils collectionnent qu’à la pensée du caractère complet de la série d’un certain type d’objets qu’ils s’efforcent de rassembler. Chacun de ces objets, considérés isolément, ne présente au fond pas d’intérêt réel pour le collectionneur, que passionne en revanche l’idée qu’il les possède tous, qu’ils sont là, et que tourmente inversement l’idée qu’ils pourraient ne pas être tous présents à l’appel, « qu’il pourrait en manquer un ». Le collectionneur veut avoir l’exclusivité de sa série...

Ne pas oublier qu’un but dont la réalisation serait possible cesserait du même coup d’être passionnel.
C. Rosset cite le film de William Wyler : L’Obsédé (1965)
L’exemple de C. Rosset est parfait puisque le héros, joué par Terence Stamp, non seulement est collectionneur de papillons, mais nourrit une passion pour les jolies femmes (comme les jolies papillons !). Comme l’écrit C. Rosset : cet obsédé fou est en réalité un collectionneur qui n’a fait que pousser sa passion un peu plus loin. Il emprisonne les papillons, les piques dans des boîtes en carton... il enlève une jeune fille qu’il cloître. Celle-ci lui fait remarquer qu’il n’aime pas les papillons puisqu’il ne s’y intéresse qu’une fois ceux-ci tués et épinglés dans une boîte, tout comme est dans une boîte ou prisonnière la jeune fille. On en déduit aisément qu’il n’aime pas les filles, mais l’idée abstraite de la femme.

Pour le collectionneur il y a la variation de « l’objet unique », celui ou personne ne peut me disputer l’exclusivité de cet objet.
C. Rosset poursuit : « L’amateur d’objet unique ainsi que le collectionneur ont en tête l’idée d’un même triomphe imaginaire : le premier de posséder l’exemplaire unique d’un certain objet.... et le second de même, d’être le seul à posséder une certaine collection, et peu importe s’il ne s’agit que d’objets sans intérêt ni valeur ».
Bref il s’agit pour le collectionneur « de se faire mousser », comme s’il y avait un dégoût ou inintérêt pour le réel et un intérêt pour l’irréel... ou le vide, ou l’idée fixe, mais idée fixe coagulée !

Troisième variation : l’hystérie
Toujours selon l’étude de C. Rosset, l’élément commun de la passion est le malheur, car cette recherche d’objets conduit à une soif non étanchée du style du supplice de Tantale.
De deux choses l’une :
- ou bien l’hystérique est insatisfait, et ça ne va pas ;
- ou bien l’hystérique est satisfait, et ça ne va pas non plus.
La plainte hystérique en veut au réel ; la passion va plus loin : elle l’ignore ! C’est pourquoi l’hystérie s’attaque à des objets réels, pour mieux les accuser ; la passion s’attaque à des objets irréels, pour être sûre de ne jamais les rencontrer.

Pour terminer l’étude de C. Rosset, je cite encore : « Le passionné se condamne à éternellement s’abstenir, à « faire tintin »... Aussi la passion constitue une souffrance dans les deux sens du mot (le passionné souffre d’être « en souffrance » de l’objet qui lui fait toujours défaut), comme le suggère l’étymologie gréco-latine du mot : paskô, pathos, patior.... »
Passion vient effectivement de souffrance : passium « passion du Christ », en français du Moyen-Age on a le verbe passioner : causer des souffrances... Mal passion indique l’épilepsie. Et que dire du « crime passionnel » !

M. R.
 

Dernière mise à jour : 13-01-2009 21:58

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