Maîtres et Esclaves Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 19-01-2009 18:07

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Tags : Bourgeois, Business, Entreprises, Maîtres et Esclaves, Ouvriers, Travail


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Maîtres et Esclaves
 
« L’argent va à ceux qui l’aiment »
 
 
Pour compléter la page du grand drama : Koi ni Ochitara

Voici des extraits de réflexions tournant autour de l’argent, du travail et de l’exploitation des hommes, d’après l’excellent livre de Jean Coulonval : Synthèse et Temps nouveaux. Je mets ces extraits que je trouve essentiels, et pour prolonger la mémoire de Jean Coulonval.
En reprenant un peu la situation de Koi ni Ochitara, où un homme : Takayanagi Toru, grâce à son grand sens des affaires gagne une immense fortune et fonde une grande entreprise ; et où il apprend à un autre homme « le métier » des affaires, ou comment devenir riche. On sent deux classes différente, celle de Toru, et celle de Suzuki Shimao, celui qui veut devenir riche comme Toru. Nous ignorons d’où vient Toru, par contre nous savons que Shimao  est censé venir d’un milieu modeste, il est un génie de la programmation, il a repris à la mort de son père une petite fabrique de visserie et boulons. Il n’est pas vraiment issue d’un milieu modeste, mais par rapport à Toru, le voyant plutôt comme d’un milieu aisé et bourgeois, Shimao est donc le « complément » de Toru.

Ainsi Jean Coulonval expose bien ce problème de classe : maîtres-esclaves, riches-pauvres, ou bourgeois-ouvriers.
[Lettre n° 24, à Monseigneur Maziers, Arras, le 12 mai 1973]
...
- « En gros, on peut dire que le bourgeois est l’homme qui est psychologiquement régi par l’argent et pour qui le travail, la matière ouvrée, n’est que le moyen de le multiplier. Si c’est en empoisonnant le public qu’il gagne le plus d’argent, il le fera en toute sérénité. Inversement, l’ouvrier, le vrai, est psychologiquement régi par le goût de la matière ouvrée et, SECONDAIREMENT PAR L’ARGENT (c’est moi qui souligne). Heureusement, il y a beaucoup de faux bourgeois et, malheureusement, beaucoup de faux ouvriers, qui ne sont anti-bourgeois que par jalousie.
C’est une situation trouble, qui ne peut se résoudre que dans un système économique où se résorbera la dualité argent-travail. Le Communisme l’a tenté, n’a pas réussi et ne peut réussir. Cela reste à faire ».

- « Je suis né pauvre parmi les pauvres (il s’agit bien-sûr de Jean Coulonval) et je le suis encore. J’étais petit, loqueteux, tout indiqué pour subir toutes les brimades. Je ne pouvais pas participer aux jeux. Le pauvre est dur pour le plus pauvre. Cette enfance m’a éloigné de toute participation au jeu social et j’ai traversé la vie en spectateur (moi aussi).
Ma propre vie m’a été un spectacle (moi aussi). Je revois à la sortie de l’école primaire, au pied d’un étau-limeur où je taillais les ébauches de matrices pour les machines à clous. Je pesai 30 kg et, avec un plancher pour me rehausser, il me fallait encore lever le bras au-dessus de la tête pour atteindre la manivelle de descente. Je n’ai repris une plume qu’au régiment, pour rédiger la correspondance amoureuse des copains.
Un jour, j’ai été appelé chez le directeur de la fonderie, qui m’a proposé d’être apprenti dessinateur. J’avais la réputation d’un garçon intelligent et j’étais seul à l’ignorer. Mais cet apprentissage ne payait pas.  On est adulte quand on est responsable de sa peau. Moi, je l’étais à 13 ans. Aujourd’hui, les étudiants qui vivent aux frais de leurs parents et du contribuable se croient le droit de mettre partout le bordel, alors qu’ils ne sont pas encore secs derrière les oreilles. C’est de la canaille. Je ne demande pas qu’ils connaissent ce que j’ai vécu, mais au moins qu’ils prennent conscience de leur bêtise. Et encore, si j’ai commencé le travail à 13 ans, mes aînés ont commencés à 10 ans.
Ma mère, aussi, à 10 ans, travaillait à la forge de son père pour forger des clous (il n’y avait pas encore de machine). Mon père, lui, n’avait jamais mis les pieds dans une école.
À 8 ans il gagnait sa croûte et pourtant, comme ma mère, il écrivait le français aussi bien que certains bacheliers d’aujourd’hui, qui se croient des aigles. Il était forestier et forgeron ».

Ensuite Jean Coulonval au début décrit parfaitement le vrai ouvrier, le vrai artisan, et après il décrit l’ouvrier « vulgaire » :
- « ... certains artisans, ébénistes, céramistes, ferronniers ou maçons d’art, pour ceux, de plus en plus rares, qui peuvent avoir l’amour de leur métier, pour ceux qui communient avec la matière qu’ils œuvrent et, au travers d’elle, sentent l’esprit. Pour le commun des ouvriers d’usine, la matière est seulement quelque chose de dur, qu’il faut manipuler pour passer à la paye. On leur a appris que l’esprit, c’est l’affaire des intellectuels, et ils ne s’en mêlent pas. Pour eux, le mot « esprit » n’évoque que les activités scientifiques et ils sont victimes en cela de la confusion établie entre le spirituel et l’intellectuel. Victimes aussi de la dichotomie établie entre travail manuel et le travail intellectuel (par ceux qui travaillent dans des bureaux, la parenthèse est de moi). La grosse majorité des ouvriers ne lit jamais, si ce n’est des publications porno. Ils s’abrutissent avec la télé et le tiercé (on a maintenant la Française des Jeux, la parenthèse est de moi). Toute l’ambiance sociale et à l’usine les invite à penser que l’activité intellectuelle n’est pas leur affaire et ils en tiennent compte très volontiers ; ce qui en fait des amputés de l’âme.
À l’opposé, les intellectuels, qui ignorent le travail manuel, le sont tout autant. L’homme a une tête et des mains qui doivent marcher ensemble. Penser avec les mains et œuvrer avec la tête. Il faut beaucoup d’imagination pour parler d’une culture ouvrière. Pour une certaine bourgeoisie, qui réduit le temporel à des questions d’argent, il est difficile aussi de parler de culture. L’homme ne doit pas se couper en tranches : une part pour le Ciel, une part pour la Terre. On a séparé les choses de l’esprit et les choses de l’économie. L’impératif du rendement économique étouffe le spirituel et l’Occident en crève ».

- « Les Français laissent les emplois de manœuvre, les bas travaux aux émigrés, qui viennent remplir les vides en bas de la noria. Il est vrai que quand ils arrivent ils ne sont guère capable de faire autre chose, en particulier les Nord-Africains, qui sont des copieurs, mais incapables d’initiative dans l’exécution. Et pas très ardents au travail ».
...

M. R.
 

Dernière mise à jour : 19-01-2009 18:36

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