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Une monnaie pour le SERVICE de TOUS Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 07-03-2009 18:38

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Publié dans : Les News, Dernières news

Tags : Argent, Dictature, Économie, Monnaie pour Tous, Or, Terrorisme


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Une monnaie pour le SERVICE de TOUS
 
Par Philippe Derudder © 2009

Article du journal NEXUS n°61 de mars - avril 2009
 
anipucsac1.gifVoir aussi la page America’s Fiscal Collapse
 
Cette crise nous place une nouvelle fois face à deux questions fondamentales dont la réponse conditionne la réalité démocratique : d'où vient l'argent ? Qui en a la gouvernance ? Quelques lignes sur le sujet vont nécessairement être insuffisantes.
Aussi nous contenterons-nous de résumer les traits principaux afin que chacun puisse se faire une idée plus claire de cette clé essentielle au dénouement de la crise.
 
Nous portons en nous l'image héritée du passé, d'une monnaie métallique ou garantie par de l'or; en quantité limitée par nature et donc ayant une valeur intrinsèque. C'est pourquoi nous ne sursautons pas quand on nous dit que les caisses sont vides... Mais ce que peu savent, c'est que de nos jours, plus aucune monnaie n'est adossée à une valeur matérielle quelconque. Seul le dollar US était encore convertible en or à la suite des accords de Bretton Woods en 1944, convertibilité qui fut abandonnée en 1971. Depuis, la monnaie n'est que pure convention sociale fondée sur la confiance. Ainsi toutes les monnaies s'apprécient les unes par rapport aux autres dans le jeu de l'offre et de la demande.
Mais puisque ce n'est plus l'extraction d'or qui conditionne la quantité de monnaie, d'où vient-elle ? Du crédit consenti à la société. D'un côté une demande, celle des ménages, des entreprises et des collectivités, de l'autre une offre, celle des banques. La banque ne tire pas l'argent qu'elle prête d'une réserve, elle le crée à partir de rien - ex nihilo. Elle a le privilège de créer la monnaie scripturale (90 % de la masse monétaire) par « monétisation d'actifs ». Il suffit à la banque de faire signer un contrat par lequel l'emprunteur reconnaît lui devoir une somme, qui va être inscrite à l'actif du bilan de la banque, la contrepartie se retrouvant au passif. Ce privilège est exclusivement bancaire (les banques mutuelles et les institutions financières comme les assurances, organismes de crédit ne l'ont pas, et doivent au préalable drainer de l'épargne).

Le destin des peuples aux mains des banques
Même si ce schéma explicatif est simplifié, il n'est pas utile d'aller plus avant, le but n'étant pas de décrire les ramifications d'un mécanisme dans lequel les spécialistes euxmêmes se perdent. Vous aurez noté que c'est la banque, entreprise privée, qui détient le pouvoir de création monétaire. La finalité de toute entreprise privée est d'assurer le plus haut profit financier à ses actionnaires. Cela revient à mettre la destinée des peuples et la gestion des ressources naturelles entre les mains des banques puisque ce sont elles, en fin de compte, qui décident d'accorder tel ou tel prêt sur des critères exclusifs de solvabilité et de rentabilité. Au lieu que l'argent soit au service du développement humain, c'est l'humanité entière et la planète qui sont mises au service de l'argent pour l'intérêt de quelques-uns.
La cerise sur le gâteau, c'est que, prisonnières de la monnaie privatisée, les nations elles-mêmes doivent emprunter leur propre monnaie sur les marchés financiers et payer pour cela un intérêt. La dette publique, toujours mise en avant pour justifier le démembrement progressif des services publics et des prestations sociales, n'existerait pas si les États, par le biais d'un organisme public, pouvaient émettre la monnaie nécessaire au bien commun. Nul besoin dans ce cas d'augmenter les impôts, une simple émission de monnaie suffit ; nul besoin de s'endetter non plus et de payer de l'intérêt. Ce dernier, dans le système actuel, revient à ponctionner la richesse publique pour la redonner aux plus nantis. De plus, il est facteur d'inflation pour la simple raison qu'il faut toujours s'endetter plus pour être capable de payer l'intérêt, qui lui, n'a pas été créé et mis sur le compte bancaire de l'emprunteur.

Reprendre le pouvoir de création monétaire
La faillite de la gestion privée de la monnaie, maintenue sous respiration artificielle par le soutien des États, (donc des contribuables - privatisation des profits et mutualisation des pertes !) devrait nous inciter à repenser le système monétaire dans sa globalité, en commençant par rendre au public le pouvoir de création monétaire. Non seulement il serait alors possible de sortir de la crise financière avec les moindres dégâts, mais aussi de se donner les moyens de faire face rapidement aux défis écologiques et humains de notre temps. Thomas Jefferson n'écrivait-il pas en 1802 au secrétaire au Trésor Albert Gallatin : « Si le peuple américain permet toujours aux banques privées de contrôler l'émission de sa monnaie, d'abord par l'inflation, puis par la déflation, les banques et les sociétés qui se développeront autour de lui les priveront de tout bien jusqu'à ce que ses enfants prennent conscience des sans-abri sur le continent conquis par leurs pères. Le pouvoir d'émission devrait être repris aux banques et rendu au peuple à qui il appartient ». Le peuple que nous sommes doit se faire entendre.

Vers une monnaie mondiale ?

Lors des accords de Bretton Woods, J.-M. Keynes avait déjà émis l'idée d'une monnaie mondiale, le « bancor ». Mais ce fut la proposition américaine qui fut retenue. C'est ainsi que le dollar devint la monnaie de réserve et des échanges internationaux car, à l'époque, les États-Unis détenaient 70 % des stocks d'or mondiaux. Le système, adossé à l'or, représentait une « valeur sûre ». Si la convertibilité du dollar a été abandonnée en 1971, c'est que tout l'or des États-Unis est sorti de Fort Knox pendant les trente glorieuses. Le statut privilégié de devise internationale permit au dollar de devenir « as good as gold » (aussi bon que l'or). Fabuleux atout ! Plus besoin d'un étalon matériel, le dollar « vaut » par lui-même.
Ainsi, depuis 1971, les monnaies s'apprécient les unes par rapport aux autres sur le marché des changes. Le dollar n'a jamais perdu la confiance des investisseurs. Son statut de devise internationale lui confère la spécificité d'être nécessaire partout puisqu'en particulier le pétrole se négocie en dollars, ainsi que la majorité des échanges à l'international. Les États-Unis n'ont qu'à l'émettre, contrairement aux autres, qui doivent se le procurer sur le marché des changes ou en vendant des biens... Et c'est le problème. Car la balance commerciale américaine est devenue largement déficitaire pour la raison que les États-Unis ont abandonné à la chine la production de leurs biens de consommation courante, et parce que l'État américain n'a cessé de creuser le déficit budgétaire, principalement pour financer sa croisade contre le terrorisme. Ainsi la dette américaine s'est-elle envolée jusqu'à atteindre à ce jour près de 50 000 milliards si l'on additionne la dette des entreprises, des ménages, du secteur financier et de l'État. Comment est ce possible ? Tout simplement parce que le reste du monde accepte encore d'acheter des dollars ou des bons du Trésor américains. En réalité la monnaie américaine ne vaut absolument plus rien, mais tout le monde est ficelé dans un jeu de « je te tiens, tu me tiens par la barbichette ». Car si le dollar s'effondre, ce sont les « économies » du monde entier qui s'évaporent puisque les réserves des États sont majoritairement constituées en dollars. Là-dessus surviennent la crise hypothécaire ; la faillite du système bancaire ; sa tentative de sauvetage à grands coups de centaines de milliards eux-mêmes empruntés ; et d'autres dettes encore à prévoir pour éviter l'effondrement total de l'économie...

« Poing fermé » ou « main ouverte » ?
La question de la révision du système monétaire ne peut plus être évacuée, et c'est elle qui va être bientôt au centre des débats à Londres. Qu'en sortira-t-il ? L'idée d'une monnaie mondiale de référence qui se constituerait sur le modèle de l'euro, à partir d'un panier de plusieurs monnaies représentatives, fera-t-elle son chemin ? Les choses seront loin d'être aisées car cela suppose que les États-Unis acceptent de perdre un atout qui a largement contribué à leur suprématie. Tout dépendra de la façon dont l'organisation du monde va être pensée ; soit nous irons vers une monnaie du « poing fermé », soit vers une monnaie de la « main ouverte ».
Le «poing fermé », c'est la volonté de maintenir en place les pouvoirs dominants actuels, le refus de vouloir considérer l'idéologie capitaliste libérale comme inadaptée à relever les défis de notre époque. Tout cela se traduirait par le maintien d'une gouvernance privée de la monnaie par le biais d'un cartel de banques privées (une super FED). Bien sûr, des contrôles ne manqueraient pas d'être introduits de ci, de là, on chercherait plus de transparence... mais quand les autorités sont juge et partie et que le monde reste dirigé par le profit financier et la recherche de la satisfaction d'intérêts particuliers, alors il est fort à craindre que la dérive ouvre la porte au totalitarisme : une monnaie privée, sur fond de crise économique mondiale, à laquelle se superposent les conséquences de la crise écologique, peut facilement conduire à l'instauration progressive d'un système totalitaire justifié par l'état d'exception créé par ces crises. Des peuples tenus en laisse par un système totalitaire qui sait convaincre du bien-fondé de son existence, et une gouvernance de la monnaie qui permet de décider qui aura et qui n'aura pas, voilà qui a le mérite d'être simple et efficace, non ?
La « main ouverte », c'est comprendre qu'aucun individu. aussi fortuné, aussi puissant socialement soit-il, ne peut être heureux et ne pourra lui-même survivre si nous ne respectons pas la Vie - possible sur cette minuscule planète d'exception - et si nous ne prenons pas en compte d'abord l'intérêt commun - pas seulement au niveau de la nation, mais au niveau planétaire. La main ouverte, c'est mettre tout en oeuvre pour que tous les êtres humains aient une vie digne et épanouissante sans tarder. Inspirée de la sorte, une monnaie mondiale pourrait représenter une bénédiction.

À quelles conditions ?
• Elle devrait être « publique et non privée » - émise et gouvernée par un organisme annexe de l'ONU par exemple, où seraient représentées toutes les nations de façon démocratique, sans droit de veto.
• Elle ne circulerait pas. Ce ne serait qu'une monnaie de référence échangée exclusivement entre l'organisme évoqué ci-dessus, et les banques centrales des différents pays et zones monétaires. Chaque pays continuerait d'utiliser sa propre monnaie, qui aurait une parité fixe avec la monnaie mondiale.
• La monnaie mondiale aurait deux fonctions :
- Elle serait la seule devise utilisable pour les échanges internationaux. Les acteurs économiques, y compris les États, seraient débités ou crédités en monnaie nationale au cours en vigueur.
- Elle serait l'outil de financement de certains projets nationaux et internationaux, et serait pour ce faire émise ex-nihilo, sans nécessité d'emprunt et sans intérêt. Ainsi pourrait-on mener à bien rapidement des chantiers pour :
• aider chaque nation à atteindre le plus haut niveau d'autonomie possible,
• convertir les modes de productions agricoles et industrielles, de transport, d'habitat, d'énergie, afin de les rendre compatibles avec les exigences écologiques,
• soutenir la recherche,
• financer les opérations exceptionnelles d'ordre humanitaire.
Mises à part les opérations humanitaires qui demandent une intervention immédiate, les autres projets d'intérêt collectif devraient en premier être votés démocratiquement dans les pays concernés puis agréés par une commission internationale ayant pour objectif de vérifier le coût écologique et la compatibilité du projet avec les grandes orientations de la politique mondiale en termes d'amélioration de la qualité de la vie. Après adoption, les fonds en monnaie mondiale seraient mis à disposition dans la ou les banques centrales du ou des pays concernés et les acteurs intervenants réglés en monnaie nationale, créée à équivalence au cours en vigueur. Sauf exception, les fonds ne seraient pas confiés aux États bénéficiaires afin d'avoir la meilleure traçabilité possible de leur utilisation.
Outre le fait que l'on se doterait ainsi au niveau mondial d'un outil financier permettant de relever les défis de ce siècle, la limite des possibilités se situant au niveau de nos connaissances, de nos technologies et des ressources humaines disponibles, ce dispositif permettrait :
• De répondre à l'urgence humanitaire, sociale et écologique.
• De donner à tous une activité rémunératrice qui ait du sens, éliminant de facto la pauvreté et les effets secondaires destructeurs consécutifs au chômage, à la marginalisation et à l'exclusion.
• De supprimer la spéculation sur les monnaies.
• De court-cicuiter les paradis fiscaux en obligeant les transactions internationales à se faire par voie bancaire en monnaie mondiale (les banques établies dans les paradis fiscaux ne pourraient pas être intermédiaires).
• D'affranchir l'économie et ses acteurs de l'obligation de « croissance ». En effet, plus besoin de constituer des réserves pour se mettre à l'abri ou financer son « développement social » puisqu'il deviendrait possible de trouver le financement auprès d'une banque mondiale, sans s'endetter et sans lever d'impôts supplémentaires.
Ce ne sont là que quelques grands traits. Le but ici était de faire ressortir combien une monnaie mondiale pourrait être un outil adapté si elle reposait sur cette volonté d'ouvrir la main. Si nous les citoyens sommes animés par cette volonté et le faisons savoir, alors cela s'incarnera à terme, car aucun pouvoir ne saurait longtemps résister à la volonté des peuples.

À propos de l'auteur
Son expérience de chef d'entreprise a conduit Philippe Derudder à s'interroger sur les contradictions du système. Il a démissionné et partage mointenant le fruit de ses recherches et expériences dans ses livres, conférences et ateliers. il est l’auteur de La  Renaissance du plein emploi ou la forêt derrière l'arbre, paru chez Trédaniel en 1997 ;  Les Aventuriers de l'abondance prix spécial 2000 Christian Vidol pour une alternative de vie, sorti chez Yves Michel ; Rendre la création monétaire à la société civile, également paru chez Yves Michel et, co-écrit avec André-Jacques Holbecq : Les 10 plus gros mensonges sur l'économie, pour les éditions Dangles en 2007 ; La Dette publique, une affaire rentable, qui vient de paraître aux éditions Yves Michel. Il anime aussi l’association AISES - Association Internationale pour le Soutien aux Economies Sociétales, http://www.aises-fr.org
 

Dernière mise à jour : 07-03-2009 20:54

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