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Légende de la Tour de Babel Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 26-03-2009 22:42

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Publié dans : Langage du cinéma, Scénario

Tags : Écriture, Égypte, Langage, Légende, Parole, Symboles, Tour de Babel


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Légende de la Tour de Babel
 
Grâce au Tore trinitaire synchroniseur de chronologies, je suis en mesure de vous raconter d’où provient la véritable légende de la célèbre Tour de Babel.

Cette légende s’appuie d’abord sur la catastrophe du passage de la parole au stade de l’écriture, et non pas comme on le prétend à tort d’un mélange des langues sous la colère d’un soi-disant dieu. Certes le mot Babel possède le sens de confusion, mais il s’agit plutôt de confusion de symboles, de confusion entre des associations de la redoutable analogie. Cette légende reflète bien le danger d’un totalitarisme, d’une mondialisation d’écoulant d’un trop grand flot de verbiage en tous genres et donc d’opinions se mangeant les unes les autres, et se rapprochant d’une sorte de « faute collective ».
Mais voici le récit de Pakhroef, qui par la suite est devenu prophète (c’est une autre histoire).
 
Nous sommes donc en l’an 30 du règne de sa Majesté Djeser (Vie, Santé, Force), le troisième mois de l’inondation au Pays de l’Abeille et du Jonc. Or Pakhroef avait décidé de fuir.

Au moment où on avait envoyé chercher les enfants royaux qui étaient à la suite de l’armée de sa Majesté, un appel fut adressé à l’un d’eux.
- Or me trouvant là, j’entendis la voix de celui qui voulait le trône de Sa majesté. Il parlait au loin mais j’étais assez proche pour tout entendre, et soudain mon cœur se troubla, mes bras se détachèrent de mon corps, un tremblement s’étant abattu sur tous mes membres.
Je m’éloignai d’un bond pour me chercher une cachette : je me plaçai entre deux buissons afin de me tenir à l’écart de quiconque marchait sur le chemin.

Je me dirigeai vers le Sud. Je traversais les eaux du lac Mariout, dans le voisinage du pays du Sycomore, et je fis halte à l’île de Snéfrou (au Nord-Ouest du Delta du Nil). J’y passais la journée, à la lisière des terres cultivées, et je repartis ensuite dès qu’il fit jour.
Ayant faim, cela faisait déjà presque une course de Ré que je marchais, je décidai de me construire un instrument de musique avec du bois de Sycomore. Il me fallait trouver les cordes, et par chance à l’endroit où je me trouvais, pas loin miroitait sous la lumière de Ré une étendue d’eau claire. Je réussis a attraper plusieurs poissons, je mangeais le plus tendre aux dents, puis avec la peau des autres poissons je tressais des cordes pour ma harpe. En jouant un peu de musique, je pourrais sûrement avoir quelques pièces de cuivre pour me payer une galette et du miel.

Vers le soir j’arrivai en vue de Petni. Il était temps, car une attaque de soif m’assaillit, de sorte que j’étouffais et que ma gorge était desséchée ; je me dis : « C’est le goût de la mort ! ». Mais je relevai mon cœur et rassemblai mes membres après que j’eus entendu le mugissement d’un troupeau et aperçu au loin des Bédouins. Un cheikh qui se trouvait là, et qui avait été autrefois au Pays de l’Abeille et du Jonc, me reconnut. Aussitôt il me donna de l’eau, puis il me fit cuire du lait et m’invita chez lui.

J’étais donc installé dans le quartier Edouma de Petni, dans la petite pièce aux murs en stuc peint de la maison du cheikh. Je réussis à m’endormir de fatigue. À mon réveille un chat dormait proche de mes pieds. Peu de temps après, la porte s’ouvrit en grinçant, poussée par un jeune garçon habillé d’un pagne orné de dessins et d’une tunique sans manche. Il avait le visage mutin avec un regard langoureux et clair, complété d’un menton volontaire avec au-dessus une bouche désabusée, presque dure.
Le garçon examina l’endroit. Il repéra tout de suite la harpe et voulu s’en saisir lorsque le chat se mit a miauler. A peine éveillé je saisis le garçon par le poignet.
- Tu ne saurais pas t’en servir ! lui dis-je. Qui est-ce qui t’envoie ?
- Personne Seigneur. Je m’appelle Aïq.
- Pakhroef est mon nom. A part ma harpe, qu’est-ce que tu veux ?
- Mon père ma dit que tu as joué le jour passé ; veux-tu jouer pour Aïq ?
- Méfie-toi Aïq (il rit, car Aïq veut dire pénétrer). La harpe de Pakhroef ne laisse pas indifférent.
A ce moment là le chat miaula et se sauva.
- Au lever de Ré, tu devrais déjà être en train d’aider ton père. Je suis bien épuisé maintenant.
- Oh joue pour moi, juste quelques notes, joue pour moi.
Après l’avoir bien examiné je lui chantais ceci en m’accompagnant sur cette harpe rudimentaire mais possédant une jolie sonorité :
- Brillant de sa jeunesse, le teint clair,
- Avec un regard doux et perçant,
- Avec des lèvres s’ouvrant doucement,
- Il ne dit jamais un mot de trop.
- Nez dessiné, menton volontaire,
- Il a chevelure de vrai natron.
- Sa démarche est noble quand il s’avance,
- Il ravit mon coeur avec ses gestes.
Aïq sautilla de joie et il trouva que les paroles le décrivaient à merveille.
- Je voudrai me divertir avec toi ; mon père n’en saura rien, dit Aïq.
- Mes bras et mes jambes sont encore brisés de fatigue ; mon cœur est près de toi mais ne saurai aller plus loin.
 
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Dans le Tore trinitaire ici il y a une rupture chronologique. Ainsi on saute au passage le plus important : la Maison de Bière. On retrouve Pakhroef et sa harpe directement à Pithom, petite ville à l’Est du Pays de l’Abeille et du Jonc.

En me rendant à Pithom, et sous l’indication d’un homme un peu simplet qui avait peur de son ombre, et dont j’avais fais la connaissance, je me remémore maintenant tous les drames qui vont découler de mon action. L’homme simplet s’appelait Oukhaou, il avait deux frères qui lui faisaient faire toutes sortes de corvées. Un jour qu’il se disait poursuivit par son ombre, ses frères lui cassèrent la figure. A la suite de bien des misères qu’ils lui faisaient, il réussit à voler un magnifique cheval et a se débarrasser de ses frères. Pour cette idée du vol du cheval, il m’expliqua avoir eu une poussée de bon sens en errant un jour dans une contrée inconnue attiré par une musique inhabituelle. Trop perturbé par le son de cette musique, il n’a jamais pu savoir d’où elle provenait, mais il m’a expliqué qu’après ça, son bon sens s’est éveillé. Comme je lui demandais des précisions, il m’indiqua une direction tellement vague, que je me demandais si ça valait le coup de chercher.

Je faisais tous mes efforts pour tenter de trouver l’endroit indiqué par Oukhaou, car la musique est mon élément depuis que je ne me sépare plus de ma harpe. Avant de éventuellement trouver l’endroit, je pris la précaution de me boucher les oreilles avec de la mie de galette. Lorsque j’arrivais près d’un plan d’eau, je vis une lueur vive derrière un olivier. M’approchant doucement je vis un être étrange, de petite taille, avec de grands yeux ouverts comme Chou et Tefnout. Il était devant une petite construction qui m’était inconnue mais qui brillait plus que notre cuivre. C’est d’elle qu’émanait la lumière et aussi la musique. Je voulu tout de suite lui jouer de la harpe en guise de salutation. Et curieusement j’avais oublié d’enlever la mie de galette de mes oreilles, mais j’entendais des mots, des phrases même, qui ne venaient pas de mon imagination, j’en suis certain. D’ailleurs le petit être n’ouvrait pas sa bouche, qui était très étroite. Dans ma tête je voyais des signes associés à des sons, et comme à ma ceinture pendaient des bouts de Sycomore, avec mon ongle, je gravais quelques signes et les montraient à l’être. Il éleva les bras au ciel et semblai agité. Dans ma tête ce fut un flot de signes tous plus étranges les uns que les autres. Trouvant déjà un sens en associant deux ou trois signes entre eux, je fus pris de joie et voulu montrer ma gratitude au petit être en lui jouant de ma harpe, mais le temps que je me prépare, l’endroit brusquement était devenu désert. Le petit être et la construction bizarre à ses côtés avait disparu, et en plus sans aucune musique... ou aucun bruit.

Complètement étourdit par ce qui me tourbillonnait dans la tête, je me décidais a raconter ma découvert au plus grand nombre. C’est ainsi que je me rendis à la Tour de Babel de Pithom.

La Tour de Babel est une taverne ou Maison de Bière, construite par l’homme le plus riche du pays, maintenant décédé, où effectivement se croisent beaucoup d’étrangers.
Le bâtiment de la Tour de Babel est assez vaste, construit en belles pierres appareillées savamment, avec quelques décorations sommaires de cobras, et une abondante végétation sur la terrasse en toiture. Lorsque je pénétrais il faisait claire, grâce aux nombreux chandeliers, qui curieusement ne dégageaient aucune fumée. Beaucoup de clients discutaient, et je ne comprenais pas ce que certains disaient, leurs langues m’étaient inconnues. Je me rappel bien d’un couple d’hommes dont l’un faisait la femme. À leurs pieds se trouvait un petit chien ravissant. Je m’assis à une table auprès d’eux, et pour me remettre un peu du tourbillon qui était toujours aussi violant dans mon crâne, je les écoutais, comme pour me réveiller.
- Alors mon frère, tu as pleuré cette nuit ! ? dit l’homme-mari.
- Frère, j’ai pleuré ma chance en train de dormir sous un buisson en chemise de fête. Elle ne fait rien ni le jour ni la nuit, sauf de dormir !
- Mon frère, et il embrasse l’autre sur la joue, attends que je m’occupe d’elle. Je vais me tailler un solide bâton et...
Je n’ai pas pu entendre la suite, car le petit chien s’est soudain mis a courir vers un chapelet de saucisses qui pendait vers les fourneaux plus loin, puis une grosse femme s’est mise a crier en faisant tomber une cruche de vin rouge. Le couple d’hommes s’est ensuite levé et a rattrapé le petit chien.
Dans la confusion, j’ai ajouté la mienne, en expliquant à la serveuse au moment de payer ma bière, mon miel et une galette, qu’il lui serait facile de mémoriser ses commandes, puis ses sommes de cuivre sur un support, et je lui ai parlé du Papyrus qui pousse si abondemment dans nos régions. A ce moment là toutes les personnes qui comprenaient ma langue se sont agitées et voulaient en savoir plus sur les signes que je traçais sur la table tout en les chantant, et même ensuite en m’accompagnant avec ma harpe. Un homme dont je compris plus tard qu’il était prêtre de mon pays, proposa d’appeler ses signes, des Hiéroglyphes. Tous crièrent de joie.

Par la suite je fus installé dans une maison de fils royal qui renfermait des richesses. Il y avait là une salle fraîche et des images divines de l’horizon, peintes sur les parois de pierres recouvertes d’un fin enduit. Mes cheveux furent peignés, la vermine fut abandonné au désert, et les vêtements grossiers aux Coureurs des sables. Vêtu désormais de belles étoffes de lin et oint d’huile fine et dormant sur un lit, je laissai le sable à ceux qui y vivent. On me donna même une maison de campagne, avec un grand jardin, tout cela construit par de nombreux ouvriers.

Les signes issus du Tore trinitaire s’arrêtent là. Mais il est facile de voir que Pakhroef s’est trompé : il a confondu, écrire sur un morceau de Papyrus, avec transmission de pensée ! Or juste avant la perte des signaux du Tore trinitaire, dans les indications il est bien question de transmission non locale (directe), et pas d’écriture sur un quelconque support. Cela suppose même que le cerveau d’un simple individu n’est pas LE SEUL RÉCEPTACLE DE SIGNAUX. Ainsi après le passage de la parole à l’écriture, la liberté s’enfuit. C’est le début des mots/maux.
[Précision : ceci est un conte]


© Copyright Michel Roudakoff
 
 
 

Dernière mise à jour : 26-03-2009 23:28

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