Toulon 1872 Félix Mayol
 

Ecrit par Sechy, le 27-05-2015 21:42

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Tags : Alchimie, Amour, Anarchie, Argent, Assassiner, Banques, Bombes, Bourgeois, Cacapitalistes, Chaos, Communisme, Complot, Chronologie, Cinéma, Crottasocialistes, Démocratie, Diable, Dictature, Dieu, Dragons, Dualité, Dynamite, Eau, Église, Esprit, Europe, Feu, Forêt, France, Gadlu, Gaule, Goulag, Gouvernement, Guerre, Haine, Hébreux, Homéopathie, Humain, Illusion, Image, Inquisition, Instant, Internet, Jardin, Justice, Labyrinthe, Laïcité, Libéralisme, Liberté, Lumière, Maffia, Magie, Manipulation, Médecine, Merde, Métaux, Monarchie, Mondialisme, Morale, Mort, Musiques, Nature, Obnos, Occulte, Oligarchie, Opinion, Pagan, Paradis, Pétrole, Peur, Pierre, Politique, Pouvoir, Prisons, Ptah, Pyramides, Religions, Renseignement, République, Révolution, Rire, Robot, Royauté, Russie, Sagesse, Satan, Science, Sécurité, Sexe, Silence, Spirale, Spirolution, Supplices, Synarchie, Tao, Télépathie, Temps, Ténèbres, Terreur, Terriens, Tétéphone, Thermodynamite, Touta, Tradition, Transformation, Transhumanisme, Vide, Volonté, Walt Disney, Yahvé, Yankee, Yokaï

 
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Toulon 1872 Félix Mayol
 
 
À Toulon, Faubourg du Pont-du-Las, au 1 de la rue d’Isly, de Julie-Marie-Joséphine Patin (modiste) et Félix-Antoine-Henry Mayol (premier canonnier de la marine) naît Félix Mayol. À cet Instant, un joueur d’orgue de barbarie se pointe à l’horizon, le père Mayol l’appelle : « Hé, l’homme, reste donc là, devant ma porte… Et tourne ta musique, mon bon, sans arrêt, jusqu’à ce que je te dise… que c’est fini ». Ainsi les premiers « bruits » entendus par le bébé Félix Mayol sont-ils de l’orgue de barbarie, si entraînant. On peut dire que la Fée orgue de barbarie s’est penché sur le berceau du petit Mayol. Orgue de barbarie si populaire dans ce 19è siècle déjà si mécanisé… comme cette musique mécanique de l’orgue de barbarie ancêtre des compact-disques et autres « microsillons ». Une musique mécanique dans le prolongement des anciens colporteurs et vendeurs ambulants, mâtinés d’autres annonceurs des bonnes et mauvaises nouvelles venant des autres contrées, quand le téléphone n’existait pas.
 
Félix Mayol se rappelait :
- Et tu ne voudrais pas que j’aime la chanson ? Mais il me semble que je n’ai jamais aimé qu’elle !
- Elle te l’a bien rendu !
- Un vrai mariage d’amour, quoi !… Nous devions être, sans trop le savoir, promis l’un à l’autre depuis toujours… Dès ma plus tendre enfance, du plus loin que je me le puisse rappeler, je ne me souviens d’avoir eu qu’une seule ambition : être « ARTISTE » !…
Non pas, seulement, pour la vaine et facile gloriole de paraître sur les « planches » ; je voulais devenir quelqu’un !
Comment, d’ailleurs, n’aurais-je pas eu ce goût dans le sang ? Mon père et ma mère chantaient tous les deux, amateurs il est vrai, mais fort bien…
Maman, quand les chapeaux lui laissaient quelque loisir, passait son temps à lire les pièces à succès de l’époque ; elle en rêvait !
Elle eut la grande joie de se produire, pour une soirée de famille, dans la troupe de la « Comédie Bourgeoise ». Elle y tenait les rôles « d’ingénue et de soubrette » ; j’ai conservé, pieusement, des coupures de journaux, où l’on disait d’elle : « Mlle Patin a l’air enjoué, le visage gracieux et expressif ; à sa grâce native, s’ajoutent une diction toujours parfaite, un geste sûr, sans emphase, et elle interprète ses divers personnages avec tout l’art d’une artiste consommée… »
- Hé, dis-moi, Félix, il semblerait que c’est de toi qu’on parle !
- Il est certain que j’ai dû hériter de ma mère la plupart des qualités qu’on a bien voulu me reconnaître depuis…

C’est dans une autre troupe : « Le Spectacle en Famille », qu’elle connut mon père… Le plus simple, le plus tendre des romans d’amour, qui se termina en février 1862, par un mariage…
- Ton père avait, lui aussi, le feu sacré ?
- « Bou Diou », je te crois ! C’était un fanatique de la scène ! À l’âge de quinze ans, il avait déjà déserté le foyer familial pour suivre une troupe de saltimbanques ! il fut vite rattrapé, tu penses !… Pour lui ôter l’envie de recommencer, on dut l’enfermer à Brest, chez les Mousses !
- S’en trouva-t-il vraiment guéri ?
- Une telle passion n’est-elle pas incurable ?
Lui, il jouait quand même, chaque fois qu’il en trouvait l’occasion, mais en cachette, car il n’ignorait pas que ses parents ne plaisantaient guère sur le chapitre de l’obéissance !… Le grand-père, surtout, était un irréductible ennemi de cette vocation : « Pas de saltimbanques dans la famille ! » avait-il décrété… Et cela amena, parfois des incidents tragi-comiques, dans le goût de celle-ci :
Un jour, pendant la Semaine Sainte, suivant la coutume d’alors - perpétuée d’ailleurs encore dans bien des campagnes - on donnait La Passion
Pas celle d’Haraucourt, bien sûr, ni même de Grand-mougin… Non, une Passion en patois du pays, revue, arrangée et augmentée par je ne sais combien de générations… Mon père, donc devait y tenir le rôle du Christ… Avant la représentation, on l’avait soigneusement maquillé, grimé, et on venait de l’installer sur la croix… Quand le rideau se lève, qu’aperçoit-il au premier rang ?… Son terrible aïeul !… Alors pris d’une peur épouvantable, soucieux avant tout d’échapper à la sévère correction que, déjà, il entrevoit, le voilà qui saute à terre, détale en bousculant la Vierge et Marie-Magdeleine ahuries, et bondit à toute vitesse hors de la scène, comme un fou !… Tu juges de l’effet dans la salle !… Les spectateurs, les uns très amusés, les autres éperdus d’effroi, criaient d’une seule voix :
« Oh ! le bon Dieu qui fout le camp ! »
Mon père, qui riait encore de l’aventure chaque fois qu’il me la racontait, a dû s’en souvenir quand je manifestai mes premières velléités artistiques…

- Dès l’âge de six ans ?
- Hé oui !… Bien qu’on n’ait fêté que tout récemment mes « trente ans de caf’conc’ », il y a en réalité, comme tu le vois, cinquante années que j’ai fait mes vrais premiers débuts… Comme le temps passe !
Je jouais, naturellement, un rôle d’enfant : Gugusse, dans les Mystères de l’été… au Grand Théâtre de Toulon…
- Gros cachet ?
- Heu, pas encore !… À l’œil, oui ! maman se contentait de quelques billets de faveur… et puis les débutants, tu sais, on les exploite toujours un peu…
mais, enfin, j’(aurais mauvaise grâce à me plaindre : n’ai-je pas ainsi réalisé, dès qu’il se trouva formulé, mon premier désir ? Car il me tenaillait terriblement, tu sais !…

Dans la maison que nous habitions alors, il y avait une pension d’artistes. Plus d’une fois, tout gamin, il m’arriva de m’y glisser et de m’emparer des robes des danseuses, ou de n’importe quelle pièce de costume. Je m’en vêtais joyeusement et j’allais ensuite, ainsi paré, danser autour du kiosque de la Place d’Armes, tandis que la musique des Équipages de la Flotte jouait devant des milliers de Toulonnais…  Crois-tu que je l’avais, hein, la vocation ?
Je l’exprimais déjà, dans une de ces réponses enfantines qui font la joie, et le naïf orgueil, de maintes familles. Quand on me demandait (je juge maintenant dangereusement téméraire de poser de semblables questions à un bambin) : « Qui préfères-tu, papa ou maman ? » Je répondais invariablement - peut-être parce que j’avais remarqué que les bonnes gens en riaient - « Moi ? J’aime mieux le théâtre ! ». J’ai souvent entendu raconter la même anecdote, avec cette différence que le sens artistique n’y tenait aucune place, et que c’est le goût des choux à la crème qui l’emportait sur le sentiment filial… J’aurais pu aussi répondre dans le même sens, car je dois avouer que j’ai toujours été fort gourmand.

Évidemment, mon extrême jeune âge - heureuse époque ! - ne me permettait pas d’espérer un engagement sur les scènes locales, mais on m’y demandait dès que s’en offrait l’occasion : vers la fin de 1882, je tins un rôle déjà important dans la Roussotte, mais cette fois, je touchais 5 francs par cachet ! Tu vois que l’avancement, s’il n’était pas des plus rapides, demeurait cependant appréciable.
- Tu recevais tout de même des billets de faveur ?
- Parbleu ! Qu’eût fait sans cela ma brave maman, elle qui adorait le théâtre !…
Pauvre mère… aujourd’hui encore, chaque fois que je chante, chez nous, au Grand Théâtre, c’est toujours avec la même émotion que mes regards se portent sur le « parterre », à la place qu’elle occupa si longtemps : fauteuil 143… Et je l’y revois toujours, enveloppée dans son grand châle à carreaux noirs et blancs, comme on en mettait alors…

Une des plus grandes joies que je lui donnai fut le vif succès que je remportai à une représentation enfantine organisée par le patronage. On ne voyait que moi là-dedans, un rôle dans le grande pièce du début, un autre dans le « Dialogue » de la fin, et au milieu, pour me reposer, je paraissais quatre fois dans la partie de concert ! Avec la belle inconscience du jeune âge, j’y arborais tous les genres : chansonnette, scène dramatique, fable, monologue comique, que sais-je encore ! Du moment que j’étais sur le tréteau, je ne le quittais pas facilement. Ah ! je l’avais déjà le feu sacré !…
Entre-temps, on commençait à organiser pour les amateurs, des concours de chansonnettes, à Toulon et dans sa banlieue ; j’y récoltai plusieurs prix, qui variaient entre 20 et 30 francs ; et je me produisais dans les salons, dans quelques concerts de sociétés…
Je progressais, quoi !

[En référence à : Les mémoires de Mayol, recueillies par Charles Cluny de septembre 1928 à janvier 1929, entre Nesle, Toulon et Paris]


Les grands ancêtres de l’ordinateur et Fée de Félix Mayol ! À la différence de l’ordinateur : les orgues sont VIVANTS, par L’AIR (R)… Le souffle la vibration… Le son si particulier de l’orgue de barbarie ne pouvait indiscutablement qu’avoir apporté l’Étoile de la simplicité qui se reflète dans toute la vie et l’art de Mayol.
Ici le Festival International d’Orgues de Barbarie de Wintzenheim 2013.
Autre curiosité.
Splendide ici à Sarreguemines 2013.
Ici Festival de Musique mécanique de 2008.
 
 
 
 
 
 

Dernière mise à jour : 27-05-2015 22:10

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