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Taoïsme et croyances Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 08-04-2010 20:39

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Publié dans : Les News, Dernières news

Tags : Philosophies, Religions


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Taoïsme et croyances
 
 
Le Taoïsme est la plus mal connue des trois religions qui se sont disputé l'orientation de l'esprit chinois au cours des dix premiers siècles de l'ère chrétienne ; comme l'écrit Henri Maspero, dans le recueil : Le Taoïsme et les Religions Chinoises, auquel j'emprunte quelques parties. Je ne peux m'empêcher d'écrire que j'ai toujours été émue et par le travail et les énormes recherches de Henri Maspero, mais surtout par son destin tragique, nous privant de ses immenses connaissances
 
Le Taoïsme, qui peut se décomposer en partie philosophique, et en partie religion, est donc une religion de salut qui se propose de conduire ses fidèles à la Vie éternelle ; comme le Bouddhisme, l'Islamisme, le Christianisme, il tend à conduire ses fidèles, par delà le monde des accidents, à une éternité bienheureuse. Mais les Taoïstes dans la variation alchimique ne concevaient pas cette survivance spirituelle comme une âme continuant sa vie après la mort, et par des moyens appropriés, ils transformaient le corps mortel en un corps immortel, aux os et à la chair de jade. Jade vert d'ailleurs faisant parti des remèdes homéopathiques.

Que cette recherche d'immortalité soit physique par les transformations alchimiques, ou symboliques est le même "Labour" que les Alchimistes occidentaux, et la même recherche que tous mystiques. Qu'ils soient chrétiens, néo-platoniciens, musulmans, juifs, hindous, savants ou illettrés, constatent qu'on ne passe pas directement de la vie trépidante de tous les jours à une élévation spirituelle. La personnalité doit subir une longue transformation : le sentier à suivre, les portes et issues diverses des initiations des apprentissages : apprenti et sage.

Et qui dit sentier dit point d'arrivée : le Dao, lequel constitue dans le Taoïsme le degré ultime de la voie, du sentier, ce Dao étant comparable au "Point Focal" au Laya hindou.
Dao (que Max Kaltenmark appelle dans son livre : Lao-tseu et le Taoïsme), et Tao ont un sens proche. Mais le Tao est d’ordre universel, et le Dao permet des réalisations particulières, ce qui se comprend puisqu’il est point focal, mais AU REPOS, homogène et incapable d’agir, comme le Laya, dont je m’inspire de la fonction et de la description au Glossaire Théosophique de H.P. Blavatsky. Le Laya est à rapprocher de Fohat, terme tibétain indiquant une force vitale motrice universelle, à la fois moteur et ce qui en résulte, toujours en suivant le Glossaire Théosophique.

Toujours selon Henri Maspero, le Taoïsme est une tentative chinoise pour créer une religion personnelle (de la personne), qui joua dans le monde extrême-oriental un rôle analogue à celui de l'Orphisme (encore un isme) et des Mystères dans le monde grecque. Le Taoïsme est aussi proche du chamanisme, du spiritisme, et de l'Alchimie.

Le Taoïsme se développa dans l'empire des Han (- 200 + 200 environ), et atteignit son apogée sous les Six Dynasties (environ l'an 980), quand le monde chinois était en ébullition politique et religieuse ; un peu comme note époque en ce moment. Au VIIè siècle la paix des Tang (État de Nanzhao) lui fut fatale, en ramenant l'ordre confucéen dans les esprits comme dans l'administration. La concurrence du Bouddhisme l'usa également.

Comme pour les Japonais avec les Yôkai, les Taoïstes sont souvent confrontés avec les dieux à tout propos, et ils finissent par être familiarisé avec eux. Ils savent même comment les dieux s'habillent, s'amusent, etc. ; ils connaissent le pouvoir de chacun d'eux, et ils savent même que beaucoup de dieux peuvent avoir peur... comme les Yôkai.

On raconte qu'un vieillard s'étant démis la mâchoire en tombant, ses dents se mirent à claquer et à grincer sans arrêt, jour et nuit, éveillé et endormi. Or les grincements de dents sont dans le corps ce que les roulements de tonnerre sont dans le ciel, et le tonnerre, qui est l'arme avec laquelle le Seigneur d'en Haut (Roi des Yôkai) châtie les esprits coupables et les anéantit est la terreur des dieux et des esprits. Ainsi les dieux de l'intérieur du corps de ce vieillard n'osaient-ils pas sortir, terrorisés par le tonnerre de ces dents qui claquaient sans cesse. Le terme fixé à sa vie arriva sans qu'il mourût, les dieux ne pouvant quitter son corps ; en vain le Directeur du Destin envoya-t-il messager sur messager leur ordonner de sortir, le messagers parvenus auprès de cet homme reculaient aux aussi devant les éclats de ce tonnerre.
Les années et les siècles passèrent sans qu'il mourût. Il avait fini par se croire immortel, mais étant sorti un jour d'hiver il fut saisi par le froid de telle sorte que pendant un instant ses dents cessèrent de grincer : les dieux n'étant plus arrêtés par le tonnerre en profitèrent aussitôt pour s'enfuir hors de son corps et il mourût sur-le-champs. (Page 477 du livre de Maspero)

Bien-sûr en bon rationaliste on peut rire de ce conte, mais le travail au niveau symbolique ne sera pas pareil en passant par un "raisonnement", et le "mort" s'en portera plus mal.
Comme il faut un équilibre en tout, la trop grande familiarité avec les dieux, à été, selon Henri Maspero, une de causes de la décadence du Taoïsme, (tout au moins à certaines époques). Cette trop grande familiarité avec les dieux paraissait ridicule aux yeux des Chinois, elle fait qu'à l'époque d'Henri Maspero les temples Taoïstes ne comptaient guère de fidèles, près de 2000 ans après son avénement vers 200 ans avant l'ère chrétienne. Selon Maspero, à trop rapprocher les dieux avec les humains les maîtres Taoïstes ont rendu les communications trop faciles : ils ont mis les dieux trop près de l'homme.
Je ne suis pas d'accord avec Maspero, et parle-t-il de la partie religieuse ou de la partie philosophique du Taoïsme ? Car au Japon il existe un nombre énorme de Yôkai, ce qui n'empêche pas un profond animisme avec un esprit dans une foule d'objets. Au-dessus des Yôkai, comparables à nos Élémentals en Europe, se trouvent un grand nombre de Kami 神, 神様 (Kami-sama) divinité shintoïstes.

Il faut savoir que les Chinois ne séparent pas l'esprit de la matière, et comme les Orientaux voient l'ensemble, à l'inverse des Occidentaux qui divisent ! Pour les Chinois, et l'exemple du Livre des Transformation ou Yi King en est une preuve, le monde est comme une onde continue, qui passe sans interruption du vide et de l'invisible aux choses visibles et solidifiées, fixées.
La matière, le corps humain est un microcosme pareil à macrocosme que constitue le cosmos. Il est lui aussi peuplé de divinités. La vie y pénètres avec le Souffle, lequel descend dans le ventre par la respiration, s'y unit à l'Essence enfermée dans le Champ de Cinabre inférieur, et leur union produit l'Esprit, qui est le principe dirigeant de l'humain, le fait agir bien ou mal, lui donne sa personnalité. Mais cet esprit est temporaire, il est anéanti quand l'union du Souffle (extérieur) et de l'Esprit (intérieur) est rompu au moment de la mort. Par des pratiques spéciales on renforce cette union.
Les exerces respiratoires comme le régime diététique ont donc une grande importance dans la pratique du Taoïsme, tout ça pour essayer d'atteindre l'immortalité ; pour que le Directeur du Destin raye votre nom du Livre des Morts et l'inscrive sur le Livre de la Vie (Après-Vie, et espace des futurs immortels). Il existerai donc deux Livres à la naissance.

Ainsi "nourrir l'Esprit" consiste surtout a entrer en relation avec les dieux par la Vision Intérieure afin de les faire entrer à l'intérieure du corps (ce sont des sortes d'énergies). C'est tout ce qui est nécessaire pour obtenir l'Immortalité. cependant, il est nécessaire de dépasser ce stade pour atteindre à l'Union Mystique, ce qui correspond au sept degrés de la monade ou unité selon Rudolph Steiner : corps physique, corps éthérique, corps astral, conscience du moi, âme ou Moi spirituel, Esprit de Vie, Homme Esprit ou Atma. Ce septième degré correspond au Dao, but suprême de la carrière de l'Adepte tout court. Mais Dieu vient à l'homme et non l'inverse ! c'est-à-dire que la volonté tueuse, et la connaissance de diverses techniques ne suffisent pas. Et puis le chemin est jonché d'obstacles : celui qui après 1199 bonnes actions en fait juste une seule mauvaise perd toutes les bonnes actions antérieures et doit tout recommencer. Mais il existe des rituels de pénitence pour amortir les déboires.
Il paraît que les pupilles des yeux des Immortels sont carrées.

Le monde selon les Taoïstes a un commencement et une fin identique (involution et évolution), c'est le Chaos, d'où tout sort et où tout retourne (cycle). Toutes choses sont faites de Souffles qui ont subi, à divers degrés, une modification que l'on exprime par les mots : nouer, coaguler (terme typiquement alchimique), et dont le résultat est de la matérialiser de plus en plus (comme en Alchimie).
Les Taoïstes, comme on peut le voir dans les sentences du Yi King, croyaient comme les Chinois que le monde se gouverne parfaitement tout seul, et qu'il n'y a aucun besoin que les dieux s'en mêlent.
Comme pour la devise alchimique : Savoir, pouvoir, oser, se taire, le dernier terme est essentiel. Aussi les dieux, les saints, les Adeptes et grands Immortels se gardent bien de déranger les affaires du monde et de son Prince ! Leur rôle est tout autre : ils sont tous, du plus petit au plus grand, des instructeurs.

Le NON-AGIR.
Ce "Non-Agir" (Wuwei) est l'essence du Taoïsme. Tout ce qui se fait spontanément est supérieur à ce qui est fait volontairement. On peut le comprendre par l'emploi précédent du mot Prince, le Prince de ce monde : Satan, qui en sumérien indique un administrateur ! Dans la technique de la méditation, l'extase qui laisse "l'esprit libre" sans lui imposer de sujet de méditation est supérieure à la concentration (déjà matérialiste) par laquelle on lui impose la vision des dieux et des esprits pour les surveiller ou pour entrer en relation avec eux et leur demander quelque chose.
Dans l'extase le corps est comme un morceau de bois mort, le cœur est comme de la cendre éteinte, l'esprit est complètement vide, les choses extérieures n'y parviennent pas. L'Adepte voit alors en esprit le Dao (Point ultime), Réalité suprême toujours présente et à chaque Instant.
Là encore la comparaison avec le Soi Supérieur de Ramana Maharshi est évidente : l'Adepte sait enfin qui il est : Le « Je », à l’état pur, la Réalité, l’absolu Être-Conscience-Félicité.

L'Adepte devenu un avec le Dao est en toutes choses comme le Dao lui-même ; c'est pourquoi on dit qu'il n'a pas de connaissance, car la connaissance implique une distinction entre sujet et objet connu, la non vision globale de la TRINITÉ alchimique : contenant, contenu, feu. L'Adepte est la Réalité, masquée par le monde des accidents.
En ce qui concerne la vie mystique, elle n'a jamais été de pratique courante dans le Taoïsme ; même mes ascètes et les ermites paraissent s'être livrés surtout à la diététique, aux exercices respiratoires, ou avoir fabriqués des drogues. Cette vie mystique n'attira que quelques rares esprits, et ce fut malheureusement les pratiques les moins élevées et les recettes tordues qui séduisirent la plupart des fidèles... Des Alchimistes se plaignent aussi de ces dérives, c'est donc une constante universelle !

Les temples et églises Taoïstes étaient de deux groupes : les Adeptes taoïstes (doashi), travaillant à se sauver eux-mêmes ; et le peuple taoïste (dao-min), attendant d'autrui son salut. Le peuple formait la grande masse des fidèles.

Les rituels.
Un peu comme les Derviches tourneurs, la lassitude des gestes répétitifs et fatigants à la longue car renouvelés indéfiniment, par la monotonie apparente des longues prières répétées interminablement, où la peine serait le prix à payer pour son salut, on fait ressentir le corps physique. Mais dans le Taoïsme, les fidèles devaient sortir brisés des longues séances, où il fallait se prosterner des milliers de fois, selon ce qu'en décrit Henri Maspero. Les fidèles devaient se prosterner d'abord lentement, puis de plus en plus vite : « une journée et plus se passe à tourner en rond en se prosternant plusieurs fois par minute. Les hommes agenouillés se jettent le front à terre, se relèvent, et recommencent sans avoir un instant de repos ; les reins rompus par ces prosternations incessantes, ils sont couverts de sueur et de poussière, à demi asphyxiés par les vapeurs d’encens, assourdis par les gongs, les tambours et la musique, la bouche sèche à force de répéter les prières, l’esprit vidé par le bruit, le mouvement, la fatigue, la faim, la soif ». Ces tortures doivent ébranler leur esprit. A se demander si ce n’était pas un électro-choc archaïque !
Cette description de cérémonies rythmiques évoquent la répétition, mais aussi la Lapalissade.

H. Maspero précise un point important et étonnamment contemporain : le Taoïsme eut le mérite d’appuyer le désir de salut de la personne pour elle-même : « Mon destin est à moi, il n’est pas dans le ciel », comme l’affirme le Livre de l’Ascension en Occident : Xisheng jing, cité par H. Maspero, et composé au début de notre ère.

Autre précision de H. Maspero, parmi tant d’autres tellement ses sources sont riches, le Taoïsme a joué un grand rôle dans l’histoire religieuse de la Chine aux début de notre ère, même par rapport au bouddhisme. Selon Maspero, le succès du Bouddhisme en Chine est étonnant, car très opposé au mysticisme de l’Inde. Aucune idée et sentiment communs, on voit donc mal comment les missionnaires ont réussit à faire passer leur croyance et doctrine.

Comme tous les ismes, c’est encore un risque de prison ! comme tout système qui impose, dont faut partie la spécificité française dogmatique et quasi religieuse : la laïcité.

Pour plus de précisions sur le Taoïsme, la référence me semble être le livre de H. Maspero : Le Taoïsme et les Religions Chinoises, éditions Gallimard, mai 1990.

M. R.
 
 

Dernière mise à jour : 09-04-2010 18:23

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