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Manipulation mentale et Médias Suggérer par mail
 

Ecrit par Sechy, le 02-01-2009 02:14

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Publié dans : Les News, Dernières news

Tags : Cerveau, Manipulation mentale, Médias, Télévision


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Abusés, frustrés, dépendants : pourquoi ?
  (Un article du journal NEXUS n° 60 de janvier-février 2009, sur la manipulation mentale par les médias)

 
Dans son livre 150 Petites expériences de psychologie des médias pour mieux comprendre comment on vous manipule, le docteur en neurobiologie Sébastien Bohler retrace, à travers des expériences effectuées en laboratoire, les méthodes utilisées par la presse pour manipuler les masses. En voici quelques-unes. Concernant la crédulité induite par la télé, trois psychologues de l'université du Texas, Daniel Gilbert, Romin Tafarodi et Patrick Palone ont réalisé une expérience auprès de deux groupes de volontaires dont l'un devait lire des informations le plus vite possible sans en perdre la compréhension.
L'expérience leur a permis de mettre en évidence le mécanisme cognitif suivant : la nécessité de comprendre rapidement une information dense pousse l'individu à supposer cette information vraie. « Ainsi, lorsque le flux de l'information se déroule vite, nous avons tendance à céder à ce présupposé de vérité, pour mieux assimiler le sens. Ce phénomène s'applique bien entendu à l'information télévisée. La télévision est spécialiste de l'information rapide. Dans ces conditions, ce "biais de crédulité" joue à fond : vous devez vous accrocher au flux rapide du discours et des images pour suivre le propos et le comprendre. Dans ce contexte, le réflexe du cerveau est de croire l'information vraie. Conclusion : le flux rapide d'information est un piège pour l'esprit critique. Le cerveau humain est vulnérable aux situations où il faut comprendre rapidement.

Pour ce qui est de la dépendance à la télévision, Bolher relate l'expérience menée par deux psychologues Robert Kubey et Mihaly Csikszentmihalyi : des volontaires portaient un boîtier sur lequel on pouvait les biper à n'importe quel moment de la journée. « La collecte des données a révélé que, en moyenne, les participants décrivaient des états émotionnels plus relaxés lorsqu'ils étaient en train de regarder la télévision. (...) Lorsque les téléspectateurs doivent s'extraire du petit écran, leur organisme doit faire face à de nouvelles tensions liées à la gestion de la réalité (...) » Une autre expérience a montré les ressorts de cette relaxation artificielle : celle menée par le psychologue américain Byron Reeves qui a mesuré les variations du rythme cardiaque sur des sujets en train de regarder la télé. « Les programmes comportaient des changements de plans intervenants à différents intervalles de temps (...) B. Reeves a constaté, dans tous les cas, que les changements de plans (...) s'accompagnent d'une baisse du rythme cardiaque. Cet effet se nomme "réflexe d'orientation" et comporte toute une série de modifications à l'intérieur de l'organisme : une contraction des vaisseaux sanguins à l'intérieur des muscles, et, au contraire, une dilatation des vaisseaux dans le cerveau. Le réflexe d'orientation serait une adaptation naturelle aux milieux visuels changeants : le ralentissement du rythme cardiaque et l'afflux de sang au cerveau entraîneraient notamment une mobilisation de l'attention vers la nouveauté. » Devant des changements d'environnements visuels très rapides, comme dans les clips ou les pubs notamment, « le réflexe d'orientation est activité en permanence et maintient un état artificiellement relaxé » dont il est particulièrement difficile de s'extraire. Là où l'on peut commencer à parler de dépendance, c'est lorsque le besoin de retrouver cet état devient compulsif.

La frustration et tous ses exutoires complètent le syndrome d'aliénation télévisuelle. Bolher souligne par exemple ce besoin paradoxal de consommer des sucreries ou autre « junk food » après avoir vu un programme mettant en valeur des femmes ou des hommes aux silhouettes parfaites, pulsion qui a justement pour effet de nous éloigner de ces modèles. Il cite des études mettant en évidence que les femmes exposées à des publicités parues dans des magazines féminins en concevaient une intense « insatisfaction corporelle » et « une humeur dégradée », frustration qui constitue pour le cerveau une préparation à recevoir une consolation ou récompense sous forme de sucrerie. Le couple minceur-plaisir constitue pour Bohler « un ticket gagnant pour la consommation, mais pas forcément pour l'équilibre psychique des citoyens ». Autre type de frustration, tout aussi paradoxale, repérée dans le comportement de l'homo télévisus et qui relève de la psychologie des choix : celle dont s'accompagne le zapping. Citant une étude menée par Sheena lyengar, de l'université de Columbia et Mark Lepper de l'université de Stanford, Bohler souligne que cette frustration est d'autant plus intense que le choix des programmes est important. Il décrit ainsi le mécanisme à l'oeuvre : « Il semble que les choix plus variés engendrent une frustration liée à la conscience que nous avons des choix que nous n'avons pas pris ». C'est ce que les psychologues appellent les « coûts d'opportunité ». C'est aussi pourquoi, devant notre télévision, nous zappons en permanence : nous voulons réduire les coûts d'opportunité en nous donnant l'illusion de voir tous les programmes. Mais ce comportement est contre-productif, car le fait de zapper annule le plaisir procuré par le programme en cours, qui requiert un minimum de suivi et de suspense pour apporter une quelconque satisfaction. Au bout du compte, nous en retirons un plaisir.., nul ».
[Source : 150 Petites Expériences de psychologie des médias pour mieux comprendre comment on vous manipule, Sébastien Bohler, 2008, Éd. Dunod]
 

Dernière mise à jour : 02-01-2009 02:32

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