Mr. Magoo’s Christmas Carol
 

Ecrit par Sechy, le 01-12-2008 22:08

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Publié dans : Présentation Dessins Animés, Dessins animés divers

Tags : Dessins animés, Mr. Magoo, Mr. Magoo’s Christmas Carol

 
Mr. Magoo’s Christmas Carol
Ou l’argent ne fait pas le bonheur... alors donnez-le !
 
 
Site sur la UPA (United Productions of America) : http://www.upapix.com/pages/history.htm
Site de Abe Levitow : http://www.abelevitow.com/index.php?option=com_content&view=article&id=56&Itemid=66

J’aime tant le personnage de Mister Magoo que je mets ici une page sur un de ses shows. Et puis du point de vue historique, je pense que l’époque du studio UPA a été importante, ou a même dépassée l’usine Disney.

En France, difficile de ne peut pas parler de l’UPA sans mentionner le livre de Robert Benayoun : Le dessin animé après Walt Disney (1961).
Voici ce qu’il dit de l’UPA et de Stephen Bosustow son directeur et l’un des trois fondateurs. (Le studio de dessins animés UPA fut fondé en 1943 par trois anciens animateurs de chez Disney).
Dans la mesure où Stephen Bosustow s’efface toujours devant ses collaborateurs, les laisse libres de leurs actes, leur attribue tout le crédit de ses nombreux succès, on serait tenté de le considérer comme une éminence grise, d’assimiler sa coquine moustache au sourire flottant de l’invisible chat du Cheshire. Et UPA, ce rendez-vous de l’intellectuel, ce carrefour des nouveautés plastiques nous y inciterait, par sa structure en mosaïque, par son ravaudage arlequin de disparates inventeurs (dandysme post-wildien de Paul Julian, la libido des nurseries chez Bob Cannon (Robert Cannon), ressemelage des matières chez John Hubley).
 
 
Et pourtant UPA c’est tout de même Stephen Bosustow, personne d’autre. Stephen n’a pas joui du coup de pouce [d’une production cinématographique nationalisée et donc] dénuée de problèmes. Il a dû imposer par ses propres moyens un système d’animation qui contrariait tous les standards occupant le pavé, il lui a fallu tirer d’une expérience amère de la grève [chez Disney] les principes d’une libre association de créateurs, vraie table ronde de la matière grise. Mais surtout il a dû effectuer la synthèse dynamique de toutes les tendances du dessin américain, ce bébé polyglotte, ce boing-boing d’un label esthétique dont l’animation jusqu’alors avait négligé le babil.
 
 
Stephen Bosustow et sa moustache à la Disney
 
...
Aux usines Disney de Burbank, un jeune Canadien originaire de Victoria travaillait à la chaîne d’animation de productions comme Blanche-Neige, Bambi, Fantasia. Stephen Bosustow, c’était son nom, eût volontiers appelé le patron par son prénom, s’il avait pu apercevoir une fois seulement ce populaire croquemitaine (1). Mais il n’eut jamais cette chance, puisqu’il travailla sept ans chez Disney sans jamais le rencontrer.
Peut-être vaut-il mieux ne pas regretter cette rencontre dont l’issue eût sans doute abrégé le séjour à Burbank d’un jeune homme aux diversions certes suspects : Bosustow aimait le jazz progressiste, lisait le magasine de Frank Ross et bourrait ses poches de ces Penguin Books qui sont sur la côte Ouest le signe de ralliement des intellectuels peu fortunés.
En dessinant à perte de vue les positions intermédiaire entre chaque geste d’une biche ventriloque ou d’un centaure brillantiné, Stephen Bosustow méditait les consignes baroques de Walt Disney : chaque animal devait porter une paire de gants blancs et quatre doigts seulement à chaque main. Toutes les lignes devaient être courbes : il rêvait du beau jour où il pourrait tracer un personnage qui soit carré, restangulaire ou en forme de triangle. Dans un laboratoire spécial, des chimistes dosaient, triaient et classaient les 1200 formules de pigments sur lesquels se fondaient les mélanges Technicolor : quel repos, songeait Stephen, si l’on se contentait d’opposer sur l’écran deux couleurs pures, ou trois au maximum !
 
 
Une consigne primait toutes les autres :
« N’oubliez pas que vous travaillez pour des enfants ! »
Et Bosustow, désabusé, attendait le jour où il travaillerait pour des adultes.
Ce fut la fameuse grève de 1941 chez Disney. Bosustow s’était-il distingué par son attitude subversive ? Il faut le croire puisque Disney le licencia avec treize autres employés, pour avoir réclamé l’aide des syndicats. Aussitôt, l’usine de Burbank tomba en léthargie. Sur les feuilles de celluloïd, les gambades de Mickey, les jurons de Donald s’immobilisèrent. Sur les murs, les grévistes griffonnèrent des versions cubistes de Dumbo et de Pinocchio. Il fallut bien que Walt capitulât, et reprenne bon gré mal gré ses quatorze têtes brûlées. Mais quand les choses se furent tassées, sous différents prétextes, il les remit discrètement à la porte.
...
[Après divers déboires] Bosustow rencontre Frank Capra qui l’engage pour une série de courts métrages didactiques, lesquels furent le baptême d’UPA.
 
 
Auprès de Bosustow vinrent se ranger ses complices en grève : David Hilberman (directeur artistique sur Bambi)(2), Zachary Schwartz (directeur artistique sur Fantasia), Ed. Gershman, Robert Cannon (animateur sur Mélodie Cocktail), John Hubley (directeur artistique sur Pinocchio, Fantasia, Dumbo), Bill Hurtz, Arthur Babbit (animateur sur Blanche-Neige, Coquin de Printemps ! ; metteur en scène de l’animation sur Pinocchio, Dumbo ; superviseur de l’animation sur Fantasia), Paul Julian, Pete Burness (animateur de Tom et Jerry pour la MGM), Abe Liss, Tee Hee (metteur en scène de séquence sur Pinocchio ; co-metteur en scène de séquence sur Fantasia ; adaptateur du scénario sur Victoire par les ailes ; scénariste sur La Boîte à Musique), Ted Parmelee, Jules Engel, Rudy Larriva (animateur sur Mélodie du Sud, Mélodie Cocktail), Sterling Sturtevant, et enfin Gene Deitch, Aurelius Battaglia (scénariste sur Pinocchio, Dumbo), Ernest Pintoff, et d’autres encore que j’ai tort d’oublier.
Les Productions Unies d’Amérique, sous un titre ronflant, furent dès le départ un compagnonnage d’artisans intellectuels, de novateurs. Bosustow instaurant dans ce cercle d’Or une forme souriant d’anarchie constructive, abolit les horloges pointeuses, la chaîne Taylor d’esclavages prénommeurs, et même le népotisme disneyien : il n’engagea aucun parent, aucun cousin, et refusa un « job » de secrétaire à sa propre femme. « Si quelqu’un a une bonne idée, déclare Stephen, il est libre de la réaliser ». On entendit des collaborateurs comme Frank Comstock, musicien de Magoo, avouer avec surprise : « Je n’ai pas de patron, je fais exactement ce qui me plaît ».
 
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Manière de construire un personnage
 
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Dès 1948 la UPA s’affiliat aux productions de la Columbia pour passer au récréatif, installait à Burbank, près du complexe Walt Disney, un studio de 175 excentriques en jeans, et après avoir pris la moustache de Walt, entreprenait de lui enlever sa clientèle, ses oscars, sa suprématie.

...

Les patrons de la Columbia s’inquiétèrent tout de même de tant de liberté de la part du studio UPA : « Tout cela est très bien, dirent-ils à Bosustow, mais si vous faisiez maintenant quelque chose de commercial ? ». Ce fut Mister Magoo. Ce gentleman très myope, qui prend les phoques pour des lords, un ring de catch pour un terrain de golf, la machine à laver pour un écran de télévision. Il est le sosie à  peine déguisé de W.C. Fields, emprunte sa voix bourdonnante au grand acteur de composition Jim Backus.
 

Feuille d'exposition image par image avec indication de dialogue,
empruntée au site de Abe Levitow
 
Le succès vient à UPA, et le studio installe une succursale en Angleterre à Londres.
L’influence de UPA se fit sentir chez Halas et Batchelor et les Cinéaste Associé à Paris.

La série de Mister Magoo, toujours selon le livre de Robert Benayoun, ne constitue pas le meilleur de la production UPA. Confié en général à Pete Burness, le moins doué des poulains Bosustow, elle souffre volontiers d’une anodine monotonie, mais rend justice au personnage. Lentement, sans éclats, il fait la conquête d’un public qui semble se satisfaire, plusieurs registres au-dessous des cartoons habituels, d’une familiarité de coin de bar envers ce monologueur invétéré.
L’aboutissement de Mister Magoo fut le long métrage : Magoo’s Arabian Nights, réalisé en 1959. On ne le trouve hélas qu’en VHS. Je me souviens l’avoir vu en salle et c’était un très joli dessin animé. Pourquoi ne peut-on le trouver en DVD ? mystères du business !
 
 
Mister Magoo's Christmas Carol est un dessin animé de long métrage (1962) et destiné à la télévision. C’est une adaptation d’un conte de Dickens : A Christmas Carol (1843). Jim Backus prête sa voix à Magoo. La réalisation est de Abe Levitow, dont on peut voir l’adresse du site en début de page. Graphiquement ça sent le design des années 1960 : lettres style Banco, ou Choc, de la Fonderie Olive, située autrefois au 28 rue de l’Abbé-Féraud à Marseille. Ça sent aussi le joli design d’Olivetti de l’époque.

Dès l’introduction on trouve un Magoo chantant et se plantant à un carrefour. J’aime beaucoup l’animation simplifiée imitant le papier découpé, et allant ainsi à l’essentiel. Les actions sont structurées comme un morceau de musique. J’aime aussi les décors esquissés avec un cerne en camaïeu à peine finit. Ce qui compte beaucoup et est savoureux c’est la lip animation (voir en exemple ci-dessus une feuille d’exposition pour le tournage en banc-titre).
Plus le personnage est simple plus il pourra « respirer » dans son jeu essentiel, et s’accordant avec l’ensemble. Dans ce film de Magoo, le contraste couleurs chaudes et couleurs froides joue pleinement. les gammes générales de couleurs appartiennent bien au style UPA et sont équilibrées selon la loi des contrastes, ici en couleurs complémentaires. En tous cas les décorateurs n’ignorent rien de la roue chromatique ! Dans Magoo’s Arabian Nights la loi du contraste des complémentaire joue aussi, comme la fresque ci-dessous de Piero della Francesca (1410-1492), fresque d’Arezzo. C’est ça qui donne une force vibratoire étonnante, qu’on retrouve aussi chez Paul Grimault (3).
Je suis heureux au possible de réentendre la voix un peu cassée et grave de Jim Backus, et qui donne une si belle vie à Mister Magoo. Et comme c’est Noël en plus il chante.
 
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Salomon reçoit la Reine de Saba, de Piero della Francesca, fresque d'Arezzo.
 
 
Le Magoo de l’histoire est un méchant picsou qui ne fait que les compter, il laisse les enfants à la rue sous la neige sans une petite pièce, et laisse grelotter de froid son secrétaire. Magoo ne veut pas entendre parler de Merry Christmas ! Par la suite Magoo dans sa chambre est visité par un fantôme.
Au cours de la nuit précédant Noël, Mister Magoo « Ebenezer Scrooge » reçoit la visite du fantôme de son défunt associé Jacob Marley (dans le film, son secrétaire qui crève de froid) venu lui dire que son comportement actuel ne peut le rendre heureux. Plus tard dans cette même nuit, Magoo reçoit la visite successive de trois fantômes incarnant le Noël passé, présent, et futur. Chacun des trois fantômes lui fait revivre un moment de sa vie qui lui fait prendre conscience qu'il ne trouvera la paix qu'en se consacrant aux autres.

Comme l’écrivait Benayoun : Frank Capra qui dirigeait à l’époque les services cinéma de l’armée remarqua la simplicité de la démonstration, et engagea Bosustow pour une série de courts métrages didactiques.
On retrouve ce côté épuré, linéaire, proche des enluminures de notre Moyen-Âge.

Ah ! Mr. Magoo’s Christmas Carol est une œuvre charmante, joyeuse, de grande qualité, qui est à conserver précieusement dans sa vidéothèque.
Grand merci aux animateurs : John Walker, Hank Smith, Xenia, Casey Onaitis, Ed Solomon, Tom McDonald. Mr. Magoo a été créé ici sous la supervision de Stephen Bosustow.

Michel Roudakoff


Notes.
1. Dans quelques revues anciennes, notamment des années 1960-1980, il existe plusieurs passages d’articles mentionnant le comportement dictatorial de Walt Disney. De mémoire, j’en cite une, afin de montrer un aspect peu sympathique de potentat de tonton Walt, dont l’industrie concernait et concerne tout de même les enfants ! ou plutôt leur décervelage !
Au réfectoire du studio, Disney mangeait habituellement entouré d’une cour de lèche-bottes. Si un animateur ou un autre technicien avait besoin de l’accord de Disney sans passer par une interminable voie hiérachique, il suffisait de trouver une astuce (désolé je ne me rappel plus de laquelle) et tous les lèche-bottes, sur un claquement de doigts de tonton Walt, laissaient la place au demandeur pour quelques instants précieux qui débloqueraient la situation du requérant.
Même si ce n’est pas vraiment méprisant, et comme le mentionne Benayoun à propos de la grève des Studios Disney en 1941, Disney renvoyait et réembauchait qui bon lui semblait ; et s’apercevant de son erreur et sur les conseils des membres de sa cour, concernant telle spécialité du licencié, il réembauchait. On est même allé chercher un ancien animateur au chômage, et qui travaillait dans un enfer à mettre du charbon dans une chaudière...

2. Source : L’art du dessin animé, par Bob Thomas. (Livre précieux sur les Studios Walt Disney).

3. Avec deux couleurs complémentaires (orange clair et violet par exemple) on peut réaliser des tons de gris colorés particulièrement réussis. Voir la palette ci-dessous.
 
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[ Cliquez sur les vignettes, puis pour afficher l’image suivante : cliquez sur suivant ou précédent ou sur la partie droite ou gauche de l’image, ou utilisez les flèches du clavier ]
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Dernière mise à jour : 02-12-2008 00:24

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